Des relents de Knysna

En écartant définitivement Karim Benzema de la sélection nationale, Didier Deschamps fait surgir de bien mauvais souvenirs, ceux de Knysna, quand des joueurs refusèrent de s’entraîner après l’éviction d’un des leurs lors de la coupe du monde 2010. On le pensait pourtant bien différent d’un Domenech…

Jeudi 18 : conférence de presse de Didier Deschamps en direct (14h) © Fédération Française de Football
Lors de sa conférence de presse, il ne prononça pas le nom de l’attaquant du Real Madrid. Alors qu’au début de l’affaire de la sextape de Valbuena, en 2015, il défendait encore son joueur en l’appelant affectueusement « Karim ». Ses mains et son sourire trahirent sa crispation et sa gêne, et le terme de « pitoyable » lâché à propos d’une vidéo plus drôle que méchante montre assez comme il a perdu le sens de l’humour. Deschamps a pris la mauvaise décision en 2016 en ne retenant pas Benzema pour des raisons non sportives et, par orgueil, il ne veut pas donner l’impression de s’être trompé – pire, de s’être couché face à la pression politique du ministre des sports d’alors et de Manuel Valls qui pensait sa fonction de premier ministre à la manière d’un Sarkozy : j’aime le foot, j’ai le pouvoir, donc j’ai le pouvoir de dire comment je l’aime.

En 2010, en effet, il fallait faire de la mauvaise gestion d’une équipe par son entraîneur (Domenech) une affaire politique : la ministre des sports (Bachelot) se déplaçait en Afrique du Sud, entrait dans le vestiaire et allait sermonner ces joueurs qui représentaient si mal la nation ; le président recevait l’un des joueurs vedettes. Un peu plus de cinq ans plus tard, c’était donc reparti : Benzema faisait les frais d’une incursion de préoccupations politiques dans le sport, et pour Valls, la politique, c’est l’identité nationale – pour un peu, il aurait proposé la déchéance de nationalité pour le joueur lyonnais.

Avec Deschamps, on avait espéré que la page du mélange des genres était tournée, que « l’affaire des quotas » qui avait atteint Laurent Blanc n’avait été qu’une mauvaise rechute, et puis était survenue cette mauvaise blague de la sextape. Il serait simple aujourd’hui de passer l’éponge, de remettre tout à plat. Au lieu de ça, Deschamps s’entête et aborde de plus en plus les conférences de presse comme son prédécesseur qui ne répondait jamais aux questions. Sans doute ne pardonne-t-il pas à Benzema d’avoir dit qu’il cédait à la France raciste. Se met-il seulement à sa place, lui qui a été un grand joueur aussi ? Aurait-il accepté sans rien dire qu’on ne le sélectionne pas sur des « critères » autres que sportifs ?

Il reste que l’équipe de France est encore mal embarquée pour la prochaine coupe du monde. Griezmann souhaite jouer avec Benzema, espérant y trouver la complémentarité que Ronaldo trouve avec l’avant-centre français, et quel beau duo d’attaquants ils feraient, tant ils sont techniques et altruistes dans le jeu. Au lieu d’essayer enfin cette formule, le sélectionneur prend le risque de voir sa décision injuste se répandre comme un venin lent dans le moral d’une équipe qui se sentira coupable et complice de cette décision.  

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