Le journalisme multi-cartes ne paie qu'à court terme !

Les Assises du journalisme qui ont lieu du 21 au 23 mai 2008 à Lille sont l'occasion pour moi de lancer une édition sur les médias et leur critique -constructive.

 

Beaucoup de journalistes restent aujourd'hui ‘assis’ : le reportage de terrain, point trop n’en faut – ou alors il faut éviter de quitter les villes-, le reportage de guerre, il en faut encore moins. Le journalisme ‘assis’ est devenu une habitude des entreprises de presse. Plusieurs raisons à cela : les restrictions budgétaires qu’impose la crise de la presse quotidienne, et l’exigence d’économies de la part de groupes médiatiques possédant plusieurs supports ou d’entreprises aux reins moins solides s’alignant sur les pratiques de leurs puissants concurrents.

La mode managériale est à la formation de ‘journalistes multi-cartes’, capables de transformer la matière emmagasinée de différentes manières. Les journalistes du XXIe siècle doivent jongler -quoi de plus normal- avec le son, l’image, l’écrit et la photo. L’Internet est le lieu idéal pour intégrer les papiers multimédias. Je suis un fan de médias Internet comme Mediapart, Rue89, Arrêt sur Images ou Bakchich, mais une chose est de décliner une même information sur plusieurs supports ou de manière 'multimédias', et une autre chose est de faire ce travail en prenant le temps -et en ayant le temps. Reprenons le temps de la réflexion. Certes, les lecteurs nous en voudront d'être en retard, mais ils nous en voudront encore davantage de nous être trompés. A choisir...

 

Aujourd'hui, les entreprises de presse font incontestablement des économies à court terme en promouvant le ‘journalisme multi-cartes’, mais est-ce vraiment rendre service à leur business à long terme ? Si l’information est trop rapidement produite, digérée et déclinée sur plusieurs supports, il n’est pas certain que l’information soit celle que les citoyens attendent.

La désaffection pour la presse quotidienne vient peut-être de la baisse de crédibilité qu’ont directement engendrée des supports plus publicitaires qu’informatifs –les gratuits Direct matin, Direct soir, Métro ou encore Sport pour ne citer qu’eux. Réduire la qualité de l’information à court terme pour des besoins financiers, c’est réduire sa crédibilité auprès des citoyens. Certains dirigeants de presse le comprennent, tous les autres restent sourds à cette remise en question d’une politique commerciale et financière… financièrement efficace. La logique de compétitivité par la réduction des coûts vaut pour l’industrie manufacturière –alimentaire, automobile, aéronautique, etc.- mais vaut-elle pour la presse ?

Le journalisme actuel est assez routinier, reproducteur et trop ‘auto-censureur’. A force de ne vouloir décrire que les faits –facts, only facts- on perd la hauteur de vue permise par le travail d’analyse. Analyser c’est réfléchir, raisonner, soupeser, contredire, défaire, refaire, réfléchir encore et aboutir –toujours provisoirement. Revenons à l'analyse, qui est l'architecture de l'article quand les faits en sont les fonds baptismaux et le travail d'édition le design, la touche finale.

 

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