Être prêt avant l'été, une habitude française

L'intervention du président mardi soir valait le détour. Depuis qu'il a qualifié les françaises et les français de procureurs, il ne sait plus comment faire pour rattraper le coup. Mardi soir, il a essayé de rompre avec le statut monarchique de toutes ses interventions en accordant à la dernière minute une interview dans un couloir de l'Elysée, debout et entre deux réunions.

En résumé, Macron a voulu défendre le calendrier adopté par le gouvernement français sur la vaccination. Enfin, plutôt sur la stratégie adoptée par le cabinet Mc Kinsey, qui pour rappel facture 2 millions d'euro par mois ses précieux conseils. Mais ça, il ne l'a pas dit.

"D'ici à la fin de l'été, nous aurons proposé à tous les Français adultes qui le souhaitent un vaccin."

Je sais pas vous, mais j'ai l'étrange sensation de revivre un mauvais remake de la série sur les masques qui étaient dispos/pas dispos, interdits/autorisés, réquisitionnés puis apparus dans la grande distribution comme par magie mais qui, comme les vaccins, "seraient tous dispo avant l'été" !

J'ai aussi l'étrange impression de vivre un autre mauvais remake de la série sur les tests. Le gouvernement devaient tester massivement en mai 2020 mais en fait non, puis en fait si, mais avec des files de 12 heures d'attentes. Des tests qui se révélaient positifs deux semaines après l'examen et sans aucune directive entre temps. Mais Véran assurait que la France allait "tester un million de personnes par semaine avant l'été " !

Décidement, en France, beaucoup de choses doivent se passer avant l'été, avec les résultats qu'on connaît.

Et le président d'ajouter mardi: " Nous ne pourrons vaincre le virus que si dans tous les pays de l'Europe où nous circulons librement, nous arrivons à avoir au même rythme, la même campagne de vaccination"

On lui souhaite que ça réussisse, et que les pays de l'union ne se volent pas les vaccins comme ils se sont volés les masques il y a un an, faisant voler en éclat l'idée même de solidarité européenne.

Macron continue : "(…) Aujourd'hui, nous sommes sur un plateau. Nous avons pris des décisions plus tôt que d'autres et nos concitoyens ont fait beaucoup d'efforts. Chaque jour, nous vérifions les chiffres. Une part de la réponse est dans nos mains. J'essaierai de prendre les décisions les plus adaptées."

Etrange, il semble découvrir que le couvre-feu ne fonctionne pas, chose que nous savons depuis le mois d'octobre 2020. Comme prévu donc, nous sommes tous surpris, pourrait-t-on résumer la situation. Vous noterez l'effort réalisé pour complimenter les "concitoyens". On imagine bien le chargé de communication glisser à l'oreille du président " faites des compliments aux français monsieur Macron, forcez-vous !"

Enfin, Macron finira par dire que "ce n'est pas notre stratégie de vaccination qui permettra d'éviter à court terme un reconfinement ou non. C'est notre mobilisation à tous, c'est-à-dire notre capacité à tenir les gestes barrières et notre capacité à bien respecter le triptyque tester-accompagner-protéger", a-t-il prévenu, ajoutant : "Nous allons devoir être extraordinairement responsables comme nos concitoyens le sont depuis plusieurs semaines et je les en remercie très profondément. J'ai confiance dans notre capacité à nous mobiliser. Nous avons une part de la réponse dans nos mains, dans notre responsabilité individuelle et collective".

Bon là, il en fait trop. Nous ne pouvons pas passer du statut de Gaulois réfractaires, de gens qui ne sont rien et de procureurs méchants à des citoyens extraordinairement reponsables.

Bravo tout de même, on imagine à quel point ça doit être dur pour lui de dire du bien des français.es

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