Pour que jamais ne s'oublie le prix de l'indignité

Extrait du livre Agonie-Covid-19 : chronique d'une déchéance politique.

agonie

"Ces voix sont celles de femmes et d’hommes qui racontent leur expérience de la crise, ce sont leur histoire. Ces voix, sincères et touchantes, véridiques et authentiques révèlent toute la violence des décisions du politique qui travaille jour après jour à annihiler toute forme d’empathie chez lui, à se dissocier de la souffrance que construit son système économique et à apprendre à se distancer par le mépris des voix qui l’ont élu. Ces voix sont issues de citoyennes, de citoyens allant du docteur en science au retraité le plus modeste, de l’universitaire au marchand ambulant en passant par la blouse blanche. Elles se succèdent entre diagnostics techniques, précis, scientifiques et libérations de paroles pesantes au cœur lourd dévoré par l'injustice. Ces voix sont aussi des fils et des filles, des êtres aimants et brisés. Elles sont toutes sur une base d’égalité eu égard à la véracité de leurs expériences personnelles. Les voix qui se libèrent dans cet ouvrage, personne dans les luxueux palais elyséens n’a voulu les entendre. Le gouvernement Macron, pourtant prétendument porté sur le dialogue et l'échange permanent a soudainement masqué ses yeux face à une souffrance dérangeante. Au contraire, de sa griffe il a fiellement saisi le mal-être ambiant pour polir sa propagande la plus scélérate.

Ces voix révèlent un véritable besoin d’humanisme politique. Celui qui écoute, qui comprend, qui fait progresser l’humain vers une sphère encore inconnue par le risque de faire ce qui n’a jamais été fait. En somme, l’inverse de l’humanisme de Macron ou une parenthèse de quelques mois voit la santé prendre le dessus sur l’économie mais qui de son aveu terrible, ne peut qu’être temporaire. Nous ne pouvons attendre d’un tel homme et des autres qui le suivent d’assumer la mort qu’engendre leur politique et ceux qui l’ont mené avant lui. Emmanuel Macron n’est pas conçu pour assumer, il est conçu pour se distancier de la souffrance par la mise en demeure de toute sensibilité, et force est de constater que ce phénomène se réplique pour chaque individu qui adhère à ce gouvernement. 

Les témoignages qui parsèment ce travail sont des expériences, certaines sont des vécus expérimentés au plus profond de la chair écorchée et de l’esprit tourmenté. Des personnes ont souhaité témoigner à visage découvert, d’autres ont préféré masquer le patronyme et changer le prénom. D’autres encore, pour être certain de ne jamais subir de représailles ont préféré masquer le prénom et le nom. 

Si le vécu de chaque expérience est entièrement subjectif, le vécu collectif lui permettrait une évolution conséquente et une forme d’apprentissage par expérience, collective de surcroît, ce qui annihilerait toutes formes subjectives d’analyse de pensée et nous rapprocherait du concept de réalité. La connaissance serait alors utilisée à des fins d’objectivation et non plus au service de ce qui est cru être le mieux. La croyance en serait alors mise au second plan pour s’intéresser davantage aux faits, réhabilitant une forme de connaissance de raison et d'expérience collectivement vécue. Une vision qui doit une fois de plus bénéficier d’une délicate attention au risque de tomber dans une vision autoritaire de la connaissance, celle qui est au contraire dénoncée sans retenue dans ce livre et adoptée par des usurpateurs postiches. 

Les formes de lutte s’expriment selon différentes manières eu égard à la grande diversité des êtres. L’élan vital renvoie à la tendance créatrice de la vie, se développant de différentes manières et destiné à assurer continuité et évolution des êtres. Dans l’évolution créatrice, Bergson mentionne ces manifestations en y incluant cette notion de sublimation de l’élan vital. En ce sens, les grandes créations, spirituelles et morales, artistiques et scientifiques configurent cette lutte par un socle d’élan nécessaire à la perpétuation de la vie et d’équilibre de la substance vitale chez l’être humain. Dans cette continuité de la philosophie de Bergson, des conditions préalables viennent ponctuer l’idée d’un chemin salvateur pour l’homme. Toutes directions mécanistes et finalistes, respectivement par leur obstruction à la poussée créatrice fondamentale et par l’écriture d’un dessein figé proscrivent par la même toute folie bénéfique à l’accomplissement d’un élan vital. Fondamentalement, l’homme, la femme et l’esprit, pour échapper à leur avenir de destruction doivent s’élancer dans un processus qui n’a curieusement jamais été abandonné. Cette aspiration originelle imposée par la transcendance des corps par la parole et la délivrance des voix agit comme l’invention réformant les instincts puis, de spontanéité imprévisible, marque la rupture entre la fonction mécaniste des créations humaines et l’émergence d’une impulsion bâtisseuse émancipatoire qui se défend contre le mensonge en politique.

Que ces voix, de tristesse et de fureur marquent irrémédiablement l’extrême violence d’une politique et d’un système idéologique basé sur une économie qui ruine et saccage, symbole d’un monde appartenant au passé et qui doit maintenant être aboli.  

Que ces voix, de volonté et de courage, révèlent l’incompétence des femmes et des hommes qui usurpent des places de pouvoir, qui ont négligé la vie humaine pour des raisons de croissance obscure et qui ne respectent rien ni personne à part eux-mêmes.

Que ces voix, foudroyées et sublimées résonnent sans fin dans leurs têtes lorsqu’ils s’endorment, lorsqu’ils se peignent, lorsqu’ils sont dans leurs taxis, dans les restaurants, dans tous les lieux de privilèges qu’ils occupent, dans leur avion, avec leur famille et surtout lorsqu’ils seront devant leur miroir. 

Que ces voix, rigoureuses ou emportées, accompagnent leur déchéance et nous délivrent de cette oppression sournoise depuis trop longtemps consentie.

Que ces voix hantent à jamais celles et ceux qui les ont engendrées. 

Que ces voix, de colère et de désespoir, fassent office de vérité et de justice.

Pour que jamais ne s’oublie le prix de l’indignité."

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