Macron, le roitelet arrogant qui nous délivre du fardeau de l'ignorance

La soirée d'un homme seul qui diligente nos vies pour les trois prochains mois. Des ministres soumis qui donnent la moitié des infos pour stimuler le désir de voir le monarque, quitte à passer pour des imbéciles. Le jour J, le père du peuple nous délivre du fardeau de l'ignorance. Décryptage d'un homme qui étouffe de son ego et qui cherche la domination par l'information.

Mardi 24 novembre 20h, des millions de françaises et de français sont collés à leur écran, prêts à se délecter du discours du président. Ce discours va libérer ou condamner, renforcer ou alléger, prolonger ou couper. Bref, Macron est le détenteur du pouvoir, celui qui sait par-dessus les autres. Des semaines avant cette prise de parole, les ministres soumis à la monarchie présidentielle ont pris soin de ne jamais révéler le dessous des cartes, il faut absolument laisser le petit monarque délivrer le français lambda du lourd fardeau de l’ignorance. Foucault, pour qui le savoir est une domination, n’aurait pas pu anticiper aussi bien cette dérive à la française. Car non, cette monopolisation du discours du président monarque autour duquel tout le monde se tourne en une soirée et dont les annonces vont diligenter nos vies pour les deux prochains mois n’est pas normale, elle est obscène, et destinée à satisfaire les besoins narcissiques d’un homme qui étouffe de son égo.

Il n’y a qu’en France ou un président se dessine lui-même pareillement à un mélange de messie, de divinité, d’homme providentiel ou pas, en tout cas qui décide de ce qui va se passer pour les trois prochains mois de son pays lors d’allocutions télévisuelles montées par la société spectacle. Cette grave crise, qui possède aussi ses ramifications non moins graves au niveau social, économique, politique ne suffisent pas à calmer les ardeurs de la monarchie présidentielle et de son représentant Emmanuel 1er Jupiter.

Toutes ses allocutions commencent de la même manière, des semaines avant sa prise de parole l’info est passée dans les médias et sur les réseaux sociaux pour préparer l’entrée en scène du roitelet. Pendant ce temps, les ministres et les cadres de LREM, soumis à cette routine insupportable, doivent faire un numéro de funambulisme pour ne pas trop en dire tout en révélant légèrement ce qui pourrait faire monter le désir de voir le roi parler à ses gueux (nous). La dernière envie de ces pauvres taches zélées ? gâcher la performance du roi !

Ainsi, Castex, Castaner, Véran et les autres idiots utiles qui aiment à faire briller le grand empereur tout en passant pour des imbéciles en permanence donnent une drôle de vision de la politique en révélant des infos à moitié pour faire monter le suspens à l’approche de l’entrée en scène du roitelet qui doit confirmer ou pas les bruits de couloirs colportés par ses disciples obéissants.

Ainsi, pendant des semaines la masse ignare comme le dit Sibeth N’diaye que nous sommes, restons pendus au pouvoir d’un seul homme : Macron, qui sait, qui connaît, mais qui attend avant de nous délivrer de ce lourd poids de l’ignorance. Pauvres bêtes nous autres françaises, français, attendons avec impatience les précieuses nouvelles et surtout ce que Macron a décidé de nos existences pour ces prochains mois.

Il ne peut y avoir plus malsain dans une relation entre un dirigeant et son peuple.

Puis vient le jour J ou Macron doit venir en personne sur le balcon de son palais montrer une main pour faire plaisir aux ignares (oui, encore nous). Il est de plus en plus difficile de voir, derrière 30 000 euros de maquillage, autre chose qu’un tas d'ego boursouflé ayant besoin de vivre comme un prince gras et arrogant.

Le roitelet nous délivre enfin de cette tension insupportable d’êtres bêtes. Lui il sait, lui nous donne le savoir, cet homme trop bon. A voir celles et ceux qui sont encore dupes de cette supercherie infâme, ils pourraient peut-être lui manger des miettes dans le creux de sa main sacrée.

Pour les autres, on regarde consterné cette mise en scène ancienne, prévue pour satisfaire les caprices d’un petit monarque gâté. Et on regarde consterné encore cette réincarnation de Louis XVI en évitant de prendre du plaisir à imaginer une fin similaire. 

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