La seule issue possible est l'abolition du capitalisme

Comment lutter contre les violences issues du modèle capitaliste ? Quels sont ses fondements et ses piliers ? Camarade, le champ des possibles est ouvert. Il nous faut ensemble retrouver le chemin de la lutte des classes !

Devant autant de violences sociales, économiques, symboliques ou physiques (violences policières), devant un défi anthropologique et écologique de taille où l'anthropocène est menacé par l'impact des êtres humains sur l'écosystème, devant le défi de la guerre et la question des réfugiés, devant le spectre du mal-logement, des inégalités et de la pauvreté confrontées à l'enrichissement personnel de quelques-uns, devant autant de défis, la seule issue possible est l'abolition du capitalisme.

Oui, nous sommes dans un monde qui n'a aucun sens, tout comme la vie humaine n'a pas de but au sens naturel du terme. Nous devons tous autant que nous sommes, trouver un chemin qui nous stimule, qui nous motive à nous lever chaque matin afin d'endosser nos responsabilités, nos opportunités, nos contraintes qui s'offrent ou s'imposent à nous. Combien de personnes se perdent aujourd’hui dans le non-sens de l'existence, cette confrontation entre l'irrationalité du monde, l'étrangeté et l’indifférence de la nature devant nos attentes et nos espérances ? Devant cette absurdité, l'être humain doit lui-même trouver le sens de sa vie, choisir ses opportunités et créer ses possibilités.

 

Mais devant la création des possibilités, un monstre s'oppose à lui : le capitalisme.

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Son abolition ne viendra pas enlever toutes les violences. La violence est intrinsèque au monde social et au rapport social. La conflictualité et la division entre les Hommes persistera toujours. Le principe de démocratie est justement la reconnaissance de l'antagonisme, du conflit présent entre les individus qui constituent la société. Mais la société reste démocratique si elle assume l'expression de ces contradictions par la délibération des citoyens, c'est à dire la mise en débat des citoyens eux-mêmes, puis l'arbitrage vient ensuite (décision). Cette définition de la démocratie nous pose déjà des questions sur l'état actuel de notre démocratie représentative et des libertés politiques, se résumant à glisser un bulletin de vote ou de rentrer dans un syndicat qui aujourd'hui perd tout rapport de force.

Mais quelles sont les forces d'oppression qui nous agressent quotidiennement ? Que ce soit dans notre rapport au travail, à notre vie intime et sociale, dans notre relation à l'autre. Je ne parlerai pas de reproduction sociale, d’aliénation par la consommation/par le travail, de burn-out, de pauvreté... Elles sont pour moi les conséquences et les fruits des institutions du capital. Prenons donc le tronc de l'arbre ou plutôt ses 4 racines qui constituent le fonctionnement originel du capitalisme (peu importe sa gestion).

Comment abolir ses piliers ? C'est à dire la voie révolutionnaire à suivre ? On répond souvent que l'acte révolutionnaire est impossible, qu'il est de l'ordre de l'utopie. C'est vrai que rien ne peut changer dés demain. Mais d'une part, rien ne se construit du jour au lendemain et d'autre part, la voie est déjà constituée. La bourgeoisie a mené sa lutte de classes pendant 500 ans pour pouvoir mettre en place ces institutions bourgeoises contre la monarchie aristocratique (du 13ème siècle au 18ème siècle). Aujourd'hui, des institutions de subversion sont déjà mises en place contre l'ordre bourgeois, et c'est pour cette raison qu'elles sont attaquées depuis si longtemps, nous le verrons plus loin (le Régime Général de la sécurité sociale, la cotisation et la fonction publique).

La révolution ce n'est pas seulement « faire le bordel dans la rue » pour prendre une expression un peu vulgaire, mais c'est la création d'institutions subversives qui change la valeur du travail, qui est le fondement même de la société puisque l'on touche à l'organisation de la production et à la valeur économique. Il faut donc changer le statut du producteur, du travail et prendre possession de la richesse créée par les seuls salariés ! Pourquoi la richesse mondiale est-elle accumulée à 82 % par les 1 % des plus riches ? Il n'y a aucune raison rationnelle à cela si ce n'est celle de l'exploitation.

 

Revenons à la critique des piliers institutionnels capitalistes. Ils sont au nombre de 4 :

   1.   La propriété lucrative

   2.   Le marché du travail

   3.   La mesure par unité de temps de travail

   4.   Le crédit financier

 

  1.  La propriété lucrative

Elle est le cœur du capitalisme, il ne faut pas la confondre avec la propriété privée. C'est un piège crée par les dominants. La propriété privée est le droit de gérer son bien, d'en user, d'en abuser et même de le détruire sous le respect de la loi. Elle caractérise généralement un bien matériel comme une télévision, un téléphone portable...

Mais la propriété lucrative n'est pas une liberté pour tous mais une liberté de quelqu'un d'exploiter les autres. C'est le droit de détenir des forces productives, c'est à dire les moyens de production (entreprises, magasins, multinationales), et des ressources humaines (les salariés et leurs qualifications). Car bien évidemment en détenant des moyens de production, on détient également les personnes qui travaillent dans l'entreprise ainsi que leur savoir-faire. En conséquence, la propriété lucrative est le droit d'user et d'abuser de sa propriété et donc... des salariés qui sont dans l'entreprise. En conclusion, si je suis Carlos Tavares, j'ai la permission de licencier 11 600 personnes de PSA entre 2011 et 2013 car c'est ma propriété et mon droit le plus élémentaire.

La complexité de la propriété lucrative, c'est qu'elle est un bien acquis des droits de l'homme. Ces derniers ont été écrits par des bourgeois et non pas par la délibération du peuple. Les droits de l'homme sont avant tout les droits de l'homme bourgeois et la protection de ses intérêts. A l'époque, les Droits de l'Homme et du Citoyen étaient une conquête (et encore aujourd'hui !), mais c'est avant tout une restructuration de la domination sur le peuple. On passe du servage, la domination aristocratique à une domination capitaliste de l'ordre bourgeois. Ils ont institué et institutionnalisé grâce aux droits de l'Homme leur domination sur le peuple. Il ne faut pas abolir les droits de l'Homme mais les prolonger afin de s'émanciper du pouvoir institutionnel dictatorial et aliénant de la bourgeoisie. C'est à dire les 4 piliers capitalistes. 

En conséquence, la propriété lucrative est le droit de décider qui peut vivre et survivre. Car c'est par la reconnaissance d'un emploi et donc d'un salaire que l'on est reconnu comme producteur de richesse économique. Notre utilité sociale est reconnue par le travail et ce sont les propriétaires lucratifs qui reconnaissent cette utilité !

capitalisme

L'hypothèse pour en sortir est que nous devenions maître de notre travail. Un employé ne le maîtrise pas, il appartient à quelqu'un d'autre... Il faut reprendre la maîtrise de notre travail par la co-propriété d'usage des moyens de production. C'est la condition indispensable de la souveraineté populaire sur la valeur. Elle ne générera aucun profit pour une minorité de personnes. Est-ce impossible ? Le Régime Général de la Sécurité Sociale a été géré par les seuls salariés entre 1947 et 1967. Le général De Gaulle viendra casser la démocratie sociale du Régime. Autrefois, elle gérait l'équivalent du budget de l’État ! Un directeur de caisse était élu tous les 5 ans. Ce type de gestion doit revenir et nous savons comment faire ! Pour la co-propriété d'usage de l'outil de production.

 

  2.  Le marché du travail

C'est sans doute l'institution la plus violente et la plus efficace du capitalisme. C'est ce lieu fictif où se rencontrent l'offre (demandeur d'emploi) et la demande (besoin des entreprises). Elle est présentée comme une institution naturelle à laquelle il faut se conformer. Il faut accepter qu'il y ait des propriétaires et des non-propriétaires. Ces derniers doivent se présenter sur un marché du travail et se vendre comme une marchandise afin de travailler. Nous sommes avec ce marché soumis aux propriétaires lucratifs qui décident de notre avenir, de qui peut travailler et qui ne peut pas. Nous devons nous vendre à un employeur et accepter sa domination dans le rapport salarial. Alors que nous seuls produisons la valeur économique, nous sommes déniés comme producteur de richesse.

Aujourd'hui, une tendance se veut de plus en plus présente, c'est celle de l'employabilité. Ses paramètres sont simples : flexibilité, mobilité, capital humain. Sans langue de bois, ça nous donne instabilité, imprévisibilité et aliénation. L'employabilité, c'est l'acceptation du changement permanent, de l'instabilité professionnelle. La mobilité sur le marché du travail est en réalité la société de précarisation.

L'hypothèse pour en sortir est la mise en place d'un salaire à vie à 18 ans. Il sera la reconnaissance de notre citoyenneté, de notre identité politique et de notre travail quotidien. C'est à dire la réalisation de valeur d'usage journalière (activité quotidienne). Le salaire à vie est la seule issue pour libérer une partie du travail de l'emploi, pour libérer le travail de son aliénation. Nous ne devons plus être déniés comme producteur de richesse. Notre salaire à vie reconnaîtra notre production, il nous appartiendra avec notre niveau de qualification personnelle, et pas selon des paramètres définis par le marché du travail.

 

  3.  La mesure de la valeur par unité de temps de travail

Les salariés ne sont pas payés selon ce qu'ils produisent comme valeur économique. Le capitaliste ne rémunère ses salariés qu'à la hauteur de ce dont il a besoin pour reconstituer sa force de travail, bien que les conventions collectives viennent protéger les salariés de minimas salariaux. Le capitaliste vend la marchandise produite et s'approprie la différence positive entre la rémunération de ses salariés, et la vente sur le marché de ses produits. Ce surcoût est appelé plus-value. L'employeur paye donc les horaires de son salarié à un taux inférieur vis-à-vis de ce qu'il produit et s'approprie ainsi la différence. On appelle cela l'exploitation (plus-value). D'ailleurs, personne ne devient milliardaire en travaillant. On devient milliardaire en exploitant le travail des autres.

Il faut également sortir de l'emploi. Ce n'est pas seulement travailler. L'emploi consiste à payer un poste de travail et non la personne. Bien sur, c'est le salarié qui reçoit son salaire mais le salaire est attaché au poste. Si le poste est détruit, l'employé est licencié et se retrouve au chômage. Il perd son salaire, sa qualification, sa reconnaissance de travailleur et d'utilité sociale.

La possibilité est que nous ne devons plus être payés pour ce que l'on fait mais pour ce que l'on est. Comme dans la fonction publique par exemple, les fonctionnaires ne sont pas payés pour ce qu'ils font mais pour ce qu'ils sont. C'est la fameuse qualification personnelle. Le salaire n'est pas basé sur un poste mais sur le grade du salarié. Le salaire ne peut jamais diminuer mais qu'augmenter. La qualification à la personne doit être généralisée avec le salaire à vie. Peu importe son activité, le salaire à vie lié à la qualification abolira l'exploitation du marché du travail et la mesure de la valeur par unité de temps. Il ne faut pas qualifier les postes mais les personnes !

 

  4.  Le crédit financier

Les capitalistes conservent leur pouvoir d'une part par l'accumulation de leur capital et d'autre part avec le financement de l'investissement à crédit. Ils deviennent des prêteurs grâce à l'exploitation et demandent un retour sur l’investissement ! L'investissement qui est donné pour le développement des nouveaux moyens de production pour l'avenir n'est pas financé par le PIB, mais par le crédit bancaire. Pour être reconnu comme producteur de valeur, il faut donc s'endetter auprès des actionnaires des banques.

Nous sommes donc des demandeurs d'emploi soumis à la domination des propriétaires lucratifs, mais aussi en situation d'endettement vis-à-vis des banques. Avec toutes les crises accumulées par les banques dont la dernière à coûté la vie à plusieurs dizaines de milliers de personnes, nous devons reprendre la main sur le crédit financier. Comme le dit Yanis Varoufakis « Les banques ne doivent pas être contre le peuple mais au service du peuple » Dans le système capitaliste, il n'y a crédit que pour la prédation. Le capitalisme c'est : « je te vole de l'argent par l'exploitation, je te rends une partie en pouvoir d'achat et après tu me rembourses par la dette ». 

Nous devons annuler le crédit avec taux d’intérêt par la subvention de l'investissement par la cotisation, et faire tomber la mainmise de la propriété privée sur les banques.

 

 5.  N'oublions pas Croizat !

Ces grandes institutions capitalistes ont un impact terrible que ce soit sur les individus, sur les groupes sociaux ou sur l'éco-système. La question écologique se fait de plus en plus présente notamment avec la question des réfugiés. D'une part, l'industrialisation et l'impact des hommes sur l'eco-système amène une nouvelle époque géologique que l'on nomme l'anthropocène. Des millions de personnes seront obligées de quitter leur foyer à cause de la déréglementation climatique, notamment par la hausse du niveau de la mer provoqué par la fonte des glaciers engendré par les gaz à effet de serre.

Devant ces institutions capitalistes qui nous aliènent et nous exploitent, nous devons continuer la création des institutions capitalistes. Le Régime Général créais notamment par Ambroise Croizat en 1946 poursuit ce but avec son arme de subversion : la cotisation. Elle permet de mutualiser avec l'impôt à l'échelle nationale plusieurs centaines de milliards d'euros afin de le socialiser pour être redonner sous forme de salaire à vie et allocations à chacun selon ses besoins.

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Le Régime Général de la Sécurité Sociale était autrefois géré par un directeur de caisse élu par les salariés, et gérait l'équivalent du budget de l’État ! Il fournit encore aujourd'hui un salaire socialisé aux chômeurs, aux retraités, aux soignants, aux parents sous forme d'allocation ou de salaire à vie. Ce n'est pas une aide pour survivre mais la reconnaissance d'un travail en dehors du marché du travail ! La cotisation permet également de subvertir le crédit financier. Les CHU (centre hospitalier universitaire) ont été financés sans crédit banquier mais par l'augmentation de la cotisation !

Le Régime Général est une institution anti-capitaliste qu'il faut prolonger en augmentant la cotisation sur le profit afin de le délégitimer et le détruire. Il faut socialiser l'ensemble de la richesse produite par le PIB dans différentes caisses. Par exemple avec 60 % du PIB dans des caisses des salaires, 15 % pour des caisses d'investissements, 15 % pour l'auto-financement des entreprises et 10 % dans des caisses de gratuité. Le profit doit disparaître afin de répartir la richesse selon les besoins de notre société et des entreprises qui, enlevées de leur contrôle par le capital, seront véritablement des lieux où chaque salarié pourra s'épanouir.

Prenons également l'exemple sur la fonction publique. Elle n'a pas d'employeur donc pas d'emploi. Sans propriétaire lucratif, sans marché du travail, sans mesure de la valeur par unité de temps, et sans crédit financier, elle subvertit l'ensemble des piliers capitalistes. Grâce à la mutualisation par la cotisation, par l'impôt (qu'il faut transformer en cotisation), et par la qualification à la personne, la fonction publique est une conquête sociale indispensable. Pourquoi n'y a-t-il pas de chômage dans la fonction publique ? Parce qu'il n'y a pas d'emploi ! Mais un travail caractérisé par un salaire à vie.

 

L'une des raisons de notre impuissance vient de notre intériorisation de ces institutions reconnues comme légitimes, immuables et indispensables. Il faut actualiser 1946 et sa dimension révolutionnaire. Il ne faut pas mieux répartir la valeur mais passer de la valeur capitaliste à la valeur communiste par des institutions alternatives. La lutte des classes, ce n'est pas une meilleure solidarité ou une meilleure répartition, mais continuer et construire des institutions subversives : remplacer la propriété lucrative par la co-propriété d'usage de l'outil de production, le marché du travail et la mesure de valeur par unité de temps par un salaire à vie défini par la qualification personnelle, et le crédit banquier par une subvention de l'investissement par cotisation. Un projet complexe mais qui peut se construire en prolongeant progressivement les institutions anti-capitalistes.

La lutte des classes, c'est le pouvoir d'agir. Agissons ensemble !



« Ne parlez pas d’acquis sociaux, parlez de conquis sociaux, parce que le patronat ne désarme jamais »

Ambroise Croizat

 

 

 

1 http://www.liberation.fr/planete/2018/01/22/les-plus-riches-ont-accapare-82-de-la-richesse-mondiale-en-2017_1624294

 

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