Manipulation du chômage des jeunes

25 % des jeunes sont au chômage ! Tout le monde a déjà entendu cela ces 15 dernières années. Pourtant ce n'est pas la réalité mais la construction d'un mensonge démographique. Sortons de la lecture capitaliste de la soi-disante spécificité du chômage des jeunes.

libe

Un jeune, c'est quoi ?

Dans l'imaginaire collectif, un jeune est une personne en jogging, casquette à l'envers, fumant une clope le bras contre un mur et même à 25 ans ça reste un jeune. À contrario, si une personne à une licence universitaire avec trois enfants et travaille dans une banque, ce n'est plus vraiment un jeune, même à 22 ans, c'est un jeune adulte. Nous prendrons donc la caractéristique de l'INSEE : un jeune est une personne entre 15 et 24 ans.

Je vais également préciser un terme qui nous sera utile : Actif ou population active. Les actifs sont toutes les personnes sur le marché du travail ou sortant du marché du travail. C'est à dire les personnes ayant un emploi ou étant au chômage. 

 

Depuis plusieurs années, les médias dominants et les personnalités politiques instrumentalisent le chômage des jeunes. Nous sommes dans un mensonge démographique. La classe dirigeante assimile le taux de chômage de la population active et poids du chômage des jeunes, je m'explique.

Le pouvoir dominant s'exclame horrifié : 25 % des jeunes sont au chômage ! Soit 1/4 des jeunes !

Mais la vérité , c'est qu'il y a 25% des jeunes ACTIFS qui sont au chômage, et ça change tout !

Lorsque l'on sait que 70 % des jeunes ne sont pas sur le marché du travail (dont la plupart sont encore à l'école), il n'y a donc que 30 % des jeunes sur le marché du travail, soit 1/3, c'est à dire une minorité. C'est donc 25 % de 30 %.

taux-chomage-copie
 Pour calculer un taux de chômage, on prend le nombre de chômeurs que l'on rapporte à la population active. Donc effectivement depuis plusieurs années, il  y a 25 % environ de chômage des jeunes actifs, mais des ACTIFS, donc ceux  qui sont sur le marché du travail, c'est à dire 30 %.

 

taux-chomage
Pour calculer un poids du chômage, on prend le nombre de chômeurs que l'on rapporte à la population totale des jeunes. Depuis 10 ans, nous avons environ 1/4 des jeunes actifs au chômage, 1/4 des 30 % actifs, ça fait 7,5 %.

Depuis 10 ans , il y a en moyenne 7,5 % des jeunes qui sont au chômage, soit 1 jeune sur 12. En 2016, l'INSEE mettait en ligne son rapport sur le chômage. Le rapport explique que la proportion de chômeurs des 15-24 ans (actifs et inactifs), c'est à dire le poids du chômage chez les jeunes, est de 9,1 % , soit seulement 0,9 point de plus que pour les 25-49 ans, c'est à dire rien. 9% est environ la moyenne de toutes les catégories démographiques en France. Il n'y a donc pas de spécificité de chômage des jeunes.

 

Ne tombons pas dans le piège de l'instrumentalisation du chômage :

Soit il y a 25 % des jeunes ACTIFS au chômage, 1 jeune sur 4 (en ayant conscience qu'il n' y a que 30 % de jeunes sur le marché du travail), soit il y a entre 7,5 et 9,1 % (car les chiffres changent chaque jour) des jeunes qui sont au chômage, c'est à dire 1 jeune sur 12. Bien sur, 25 % des jeunes actifs est quand même un chiffre qui mérite notre attention et qui peut-être conséquent. Mais si le poids du chômage est sensiblement le même pour toutes les catégories démographiques, pourquoi faire croire à une spécificité chez les jeunes ?

Le but est la destruction du salaire des jeunes. Car « les politiques jeunes » faites par les gouvernements successifs depuis les années 80 précarisent l'emploi des jeunes (bien que l'emploi en lui même soit majoritairement précaire par la présence d'employeurs détenant les moyens de production et de décision sur la création ou la destruction de l'emploi). Les « politiques jeunes » créent des emplois précaires avec notamment les fameux « emplois jeunes ». Le patronat ne voulant pas créer d'emplois, de manière inéluctable, les jeunes auront des petits boulots. Il faut pouvoir s'adapter, s'adapter étant le nouveau mot positif de la domination capitaliste consistant à accepter la soumission du modèle néo-libéral et à la précarisation du travail.

71djueh2c2l-3
Christian Baudelot dans son livre « Avoir 30 ans en 1968 et 1998 » démontre que la moyenne du salaire d'un jeune de 25 ans entre 1968 et 1998 a diminué de 50 %. De plus, les emplois jeunes entre 1997 et 2002 ont été pourvus majoritairement par des bacheliers, des bac +2, payés à 80% du SMIC. Qui a payé cela...... les contribuables.

C'est l'Etat qui paye, pas les employeurs. Tous les « plans jeunes » pour relancer l'emploi ont toujours conduit à la destruction des salaires, la précarité des postes de travail et à la dévalorisation du diplôme qui chaque année se déprécie. 

 

Source : 

Christian Baudelot, « Avoir 30 ans en 1968 et 1998 »

Bernard Friot ,conférence lors de la journée de formation organisée par la FASE Bretagne.

Insee – Chômage 2016

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.