L'emploi est mort, vive le travail !

Quelles opportunités avons-nous devant la violence de l'économie capitaliste ? Quelles actions subversives pouvons-nous mettre en place ? Nous possédons déjà des institutions alternatives à la valeur capitaliste. Le chemin est tracé, assumons le et continuons sa construction.

Introduction :

Avec 3,5 millions de chômeurs, l'emploi a fait son temps. Certes, certaines nations arrivent à donner du travail à la majorité de leur population active, mais afin de l'expliquer, il faut prendre en considération dans ces pays les rapports de force qu'il y a entre le salariat et le capital. Nous constatons que dans de nombreux pays (Angleterre et Allemagne), le plein emploi se crée par la précarisation des contrats de travail (emploi 0 heure), ou par le retour de métiers sans aucun sens culturel (USA). Il peut également se produire par un compromis entre le travail et le capital tel que la social- démocratie (30 glorieuses) bien qu'en France, ce plein emploi est discutable.

Défendre l'emploi est une aliénation résultante d'une intériorisation de cette institution comme légitime et indispensable pour travailler, excluant toute alternative. Le profit ne peut survivre sans l'emploi, c'est pourquoi nous devons l'abolir.

 

1. L'emploi, épine du travail

Pourquoi différencier le travail de l'emploi ? Les deux notions sont liées mais elles peuvent également se délier. Dans un premier temps, l'emploi fait partie du travail. Il lui constitue une part importante avec la fonction publique et les indépendants.

Dans un deuxième temps, ce qui constitue un emploi, c'est d'être employé de quelqu'un. Le contrat ne nous appartient pas, ni notre qualification, ni notre salaire. Il est instable car le poste de travail est reconnu par un employeur et un marché du travail qui fluctuant, peut faire perdre la fonction du poste en le supprimant/délocalisant. En même temps, c'est l'utilité sociale de l'individu qui est déniée par son inscription au chômage.

La travail sorti de l'emploi (Fonction Publique) est différent. Dans un premier temps, le travail nous appartient. Nous ne pouvons pas être travaillé, on travaille ! Ensuite, le travail sorti de l'emploi reconnaît notre qualification personnelle, et notre salaire n'est pas le prix de notre force de travail. Il reconnaît un grade à travers une qualification à la personne que nous verrons par la suite. Le travail est donc émancipateur dés qu'il est sorti de l'emploi, débarrassé de la pression actionnariale et de la recherche fétichiste du profit à tout prix.

 

2. Pourquoi l'emploi est une aliénation et le travail émancipateur ?

Il faut distinguer 2 types de qualification :

  • au poste

  • à la qualification personnelle

2a. La qualification au poste

L'emploi est caractérisé par la non-reconnaissance de la qualification de la personne car c'est le poste qui est qualifié. C'est ce poste qui est détenteur de la qualification et du salaire. L'individu n'est pas sujet de sa carrière mais un objet (marchandise en marxiste) afin de produire dans le but enrichir le capital sous forme de profit.

Prenons un exemple : je suis chaudronnier dans une entreprise A, je touche mensuellement 1450 €. Un plan de licenciement collectif se met en place, que l'on nomme cyniquement plan social/plan de sauvegarde de l'emploi pour ensuite me retrouver au chômage. Puis, je retrouve un emploi dans une entreprise B. Bien que j'utilise les mêmes outils, avec une production semblable et des objectifs personnalisés similaires, je vais gagner 1400 €, soit 50 € de moins que dans la première entreprise.

Pourquoi cette différence ?

La réponse se trouve dans la qualification au poste. C'est elle qui détient la qualification avec un salaire attaché. Le travailleur qui ira dessus portera cette qualification avec le salaire prévu. Bien que les conventions collectives protègent de minimas sociaux, l'employeur a une marge de manœuvre afin de définir la nature et les caractéristiques du poste de travail. Ce fonctionnement est créateur de chômage puisque c'est le champ patronal et actionnarial qui a la main sur l'emploi, pouvant le supprimer, ce qui a pour conséquence d'envoyer l'individu dans les abysses de la dénégation d'utilité sociale.

Le problème du chômage, ce n'est pas le manque d'emploi, mais sa présence.

 

2b. Quelle opposition à la qualification au poste ?

Il n'y a rien à créer car la voie d'émancipation existe déjà. Elle s'appelle la qualification personnelle. Contrairement à l'emploi, le travail à la qualification personnelle stipule que c'est la personne qui détient la qualification. C'est à dire que le salarié est affilié à un grade. La fonction publique est l'exemple type. Un fonctionnaire touchant 1650 € à Paris est titulaire de son travail. C'est à dire que son salaire reconnaît non pas ce qu'il fait, mais ce qu'il est. Si ce fonctionnaire est muté à l'autre bout de la France, il gardera son salaire. La qualification personnelle est détenu par le salarié peu importe le poste qu'il occupe.

De plus, son grade ne peut jamais diminuer mais qu'augmenter en passant des concours et donc, son salaire ne peut qu'être valorisé. Le grade attaché à la personne, ainsi que l'absence d'employeur et d'actionnaire rend maître de son travail le salarié. Pourquoi il n'y a pas de chômage dans la fonction publique ? Parce qu'il n'y a pas d'emploi mais un travail caractérisé par un salaire à vie..

 

3. Les attaques contre le travail pour préserver l'emploi

Depuis les années 80, de nombreuses attaques sont menées contre le monde du travail. La dégradation de la situation salariale est symptomatique d'une offensive du capital. Le projet Européen-OCDE étant de flexibiliser (de rendre instable) les contrats de travail, et de garantir la situation libre et non faussée du marché du travail (aucune intervention étatique afin de le réguler).

L'idée néolibérale est la mise en place d'une société dite d'employabilité. L'individu doit accepter que l'emploi est imprévisible et doit se résoudre à en accumuler une multitude durant sa carrière. Les néolibéraux utilisent la sainte « mobilité » et « l'éducation tout au long de la vie » afin de valoriser cette idée de société où les individus ne cesseront d'apprendre et de se cultiver. Mais la réalité, la finalité de ce modèle est le changement permanent. En d'autres termes, c'est une société d'insécurité faisant miroiter le drapeau de la précarité.

« La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » (Laurence Parisot, ancienne présidente du MEDEF)

 

Aujourd'hui, même l'emploi en CDI nous met en permanence sur un siège éjectable. Les licenciements économiques se multiplient ; les condamnations pour licenciement abusifs plafonnées ; une hiérarchie des normes bouleversée ; la création du CDI par projet qui n'est qu'un CDD flexibilisé. Toutes ces attaques sont caractéristiques de la volonté des prédateurs capitalistes de dégrader la situation salariale.

La fonction publique n'est pas sans peine. Les réformateurs veulent détruire son organisation pour la remplacer par le modèle du privé : contrat sur 5 ans, destruction du taux de référence pour le calcul de la retraite (6 mois du dernier salaire au 25 dernières années), création d'un chômage... La destruction des possibles émancipateurs déjà présents dans la société est un objectif du capital afin de gagner encore plus d'espace sur le terrain de la domination.

Le danger de la crise de l'emploi d'un point de vue social et anthropologique est dangereux puisqu'il change notre façon de vivre ensemble. Grâce au chômage dont l’utilité politique est reconnue depuis longtemps, les individus sont mis dans la concurrence généralisée pour trouver un emploi. Nous sommes prêt à baisser nos exigences salariales pour avoir un poste. Cette mise en compétition permet à la classe dirigeante de se protéger des collectifs d'action et de travail en individualisant les personnes, notamment avec les logiques managériales.

Les dominants, que ce soit dans le champ politique (politiciens), le champ productif (actionnaires et employeurs), le champ intellectuel et médiatique (éditorialistes, économistes, pseudos-experts), nous opposent les uns aux autres en stigmatisant des « avantages » propres à un corps de métier ou à une convention, alors que nous devrions tous nous rassembler pour arracher des nouveaux droits sociaux et professionnels.

L'exemple des cheminots est d'actualité, la suppression du statut afin d'y infiltrer des logiques néolibérales d'instabilité. La division est une recette vieille comme le monde mais elle a le mérite de continuer à fonctionner. Nous cassons nous même les droits de nos frères et nos sœurs de classe par jalousie et lâcheté. En clair, nous mettons à genoux les travailleurs et travailleuses qui n'y sont pas, car nous n'avons pas le cran d'essayer de se relever.

Les dominants n'ont cas regarder cette joute où les dominés s’affrontent entre-eux les miettes de pain pour le plaisir d'une minorité. La force des dominants, ce n'est pas leur argent, mais le fait qu'il soit organisé.

 

Conclusion

L'emploi est par définition instable car il appartient à autrui qui n'a pour seul objectif de faire fructifier son capital. La qualification au poste caractérise la non-reconnaissance du statut de producteur nous mettant sous le joug du patronat. L'exemple de la fonction publique avec le grade définissant le salaire attaché à la personne est révolutionnaire. Le travail est sorti de l'emploi est de ce fait, de la domination de l'employeur. Au lieu de vouloir mettre le modèle du privé au public, c'est à dire substituer la stabilité du public à l'instabilité du privé, pourquoi ne pas attacher une qualification personnelle à tous les travailleurs et travailleuses du privé ?

La qualification au poste (emploi) a fait son temps. Elle est source de négation des connaissances, des savoirs, et des compétences individuelles et collectives. On demande toujours aux jeunes de la mobilité, de partir pour trouver un travail mais c'est justement l'emploi qui empêche cette mobilité. La mobilité ne peut être vécue pleinement seulement si la sécurité est assurée devant l'incertitude du lendemain. C'est pourquoi nous devons attacher aux personnes une qualification personnelle supprimant le prix de la force du travail.

Afin de rendre complémentaire ce premier concept, la mise en place d'un salaire à vie est indispensable. La fonction publique, les retraités ainsi que les statuts particuliers (EDF-GDF) sont dans cette dynamique. Il faudrait aujourd'hui généraliser ce modèle. Pour cela, l'ensemble des richesses pourraient être envoyé dans des caisses de salaire par cotisation, pour être mutualisé à l'échelle nationale. C'est le principe du Régime Général de la Sécurité Sociale, une institution anti-capitaliste créant une valeur alternative à la valeur capitaliste, et finançant les soignants, les malades, les parents et les retraités.

La cotisation sociale, attaquée depuis 40 ans doit être préservée et surtout généralisée. Bien entendu, le profit doit être délégitimé et supprimé. L'augmentation massive de la cotisation est indispensable afin de mutualiser l’ensemble des richesses produites par jour pour être redistribué aux individus sous forme de salaire à la qualification personnelle, mais également pour subventionner l'investissement décidée par les salariés grâce à la copropriété d'usage des moyens de production.

La qualification personnelle pour lutter contre la férocité du marché du travail ; la copropriété contre la présence du patronat ; et la cotisation comme fer de lance de la société afin de subventionner l'investissement et la mise en place d'un salaire à vie, afin de construire une alternative au capital.

 

 

« L'histoire ne fait rien, c'est l'homme, réel et vivant qui fait tout »

Karl Marx

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