Oui au mouvement social ! Non à Macron

Oui aux cheminots ; Oui aux éboueurs ; Oui aux contrôleurs aériens ; Oui aux EHPAD ; Oui aux salariés de Carrefour ; Oui aux travailleurs sociaux ; Oui aux étudiants. Oui à tous ceux qui sont dans la rue. A nous d'aider généreusement ce système de prédation et d’oppression à s’éteindre, afin de faire éclore les possibilités d'un nouveau monde.

Cet affrontement entre le capital et le travail n'est pas nouveau, mais aujourd'hui, il dérange. Il dérange parce que les dominants ne s'attendaient pas à recevoir une telle réponse devant leurs réformes. Il dérange car des citoyens et des citoyennes décident de dire un grand NON à la domination, pour crier un grand OUI à la liberté. Ce goût pour la désinvolture, cette saveur libertaire et cette désobéissance civile n'est en rien démagogique. Elle repose sur la conviction que nous devons nous émanciper de l'aliénation capitaliste, nous sauver de notre devise nationale travestie par cette liberté aliénée, cette égalité aliénée, cette fraternité aliénée.

Cette première aliénation, la liberté, résulte dans notre intériorisation de l’existence indispensable de la propriété lucrative. Ce droit pour quelques personnes d’avoir la liberté de pouvoir exploiter les autres. C’est vrai que le marxisme traditionnel a souvent oublié l'impact des affects dans notre société capitaliste, cette acceptation volontaire et heureuse du système de prédation. C'est pourtant la grande force du capital : faire oublier la domination subie, et réussir à rendre impossible la possibilité de penser la domination.

Ces affects nous font accepter qu'une minorité dominante, vit au dépend du plus grand nombre. Aider par la classe dirigeante, c'est-à-dire les personnalités politiques, elle a réussi à inverser le sens de la liberté. Les droits de l'homme sont le pilier de cette violence. La révolution française est un moment indispensable dans l'évolution des sociétés, mais c'est avant tout un déplacement du rapport de force Monarchie/Bourgeoisie vers Bourgeoisie/Peuple. La révolution française n’est pas réellement une révolution du peuple, mais avant tout la réussite de la lutte de classe menée par la Bourgeoisie depuis le 14ème siècle. Elle a gagné son droit de détenir des forces productives, c'est à dire des machines et les personnes qui travaillent dessus. Mais également le droit d'être protégé par l’État contre des prolétaires qui voudraient s'en emparer. Cette institution, la propriété lucrative, était peut-être indispensable il y a 300 ans mais aujourd'hui, elle est dépassée, et dénie l'intelligence collective des citoyens et des citoyennes. Attention, pas d’amalgame, je ne dis pas qu'il faut supprimer les droits de l'homme, mais les prolonger vers le droit à la copropriété d'usage des moyens de production. C'est-à-dire, l’absence d’individu pouvant décider qui produit et qui ne produit pas, qui a le droit à un salaire et qui n’a pas le droit. En d’autres termes, qui a le droit vivre, et qui a le droit de juste survivre. Mais pour cela, il faut que les dominés heureux sortent de leur somnambulisme éveillé dans lequel ils sont, afin d’assumer le combat contre les cauchemars construit par le capital, au lieu de les subir.

La deuxième valeur qui a perdu son sens est l'égalité. Quelle est cette égalité démocratique qui dénie la reproduction sociale ? Lorsque les rapports sociaux se reproduisent selon la richesse du patrimoine familial ? Nous ne sommes pas égaux devant la naissance, et encore moins devant la mort. Surtout, ne tombons pas dans le piège des néolibéraux. L'égalité n'est pas l'absence d'individualité. Elle n’uniformise pas les comportements et les codes des personnes, c'est justement le contraire. Les individus, libérés des déterminismes sociaux, culturels et financiers liés aux rapports de production, de classe, de domination et de pouvoir, pourraient profiter de leurs aspirations personnelles. L'égalité n'est pas l'uniformisation des goûts mais l'ouverture vers le libre choix et la diversité. Autre exemple de maquillage de l’égalité. Dans l’entreprise, il y a plus de conflit de classe entre le patron et le salarié lié notamment au rapport hiérarchique. Mais il y a du dialogue social entre les différents collaborateurs, devenus partenaires dans leur implication au sein du projet commun d’entreprise. L’ouvrier est devenu l’égal du patron et de l’actionnaire, mais seulement dans le dialogue !

Enfin, notre fraternité aliénée. On a tous entendu la fameuse solidarité intergénérationnelle dont chacun doit faire preuve. Accepter cette solidarité, c'est accepter l'échec car cette lecture est celle de notre défaite collective. Les dominés devraient ensemble être solidaire dans leur domination, non pas pour s'en émanciper mais pour relativiser les dégâts de la violence socio-économique. Nous devons donc vivre écrasé mais vivre heureux. Nous avons donc deux solidarités : La première est celle des asservis, l'autre est celle des maîtres, et les deux ne se rejoignent jamais.

C'est pourquoi ce grand mouvement social qui se construit jour après jours est regardé par la classe dominante comme problématique. Pour quelles raisons ? Parce que vous, qui êtes dans la rue, vous leur faites peur. Vous portez la voix de millions de personnes, et de ceux qui pourraient demain envahir la rue des espoirs. Vous remettez en cause notre aliénation collective, et la naturalisation de notre devise nationale qui ne sert que les intérêts des dominants. Cette peur que vous provoquez chez nos oppresseurs, c'est l’angoisse que le peuple prenne en main son destin et écrive l'histoire au lieu de la subir : « L'histoire fait rien, c'est l'homme réel et vivant qui fait tout » écrivait Marx.

Cheminots ; étudiants ; éboueurs ; salariés de carrefour, des ehpad, du social et des transports aériens ; vous qui êtes dans la rue, on ne vous accuse pas seulement de refuser notre aliénation collective, mais également d'être pour l'immobilisme afin de préserver le vieux monde. Quelle ironie ! Camarades, tout l'art de la guerre est basé sur la duperie.

Ceux qui sont pour l'immobilisme, ce sont les néolibéraux, engagé dans la bataille pour la reproduction des rapports de productions capitalistes, et pour la continuité des violences des rapports sociaux qui lui sont liés. Cela dit, les néolibéraux sont pour le changement mais seulement lorsque c'est le capital qui se révolutionne, et restructure ses forces. Les néolibéraux vous accusent de vouloir conserver le vieux monde, alors qu'ils ont pour projet de nous ramener encore plus en arrière dans la régression de nos droits sociaux et professionnels. Car ce qu'il nous est proposé aujourd'hui, c'est la société d'employabilité caractérisée par l'acceptation du changement permanent, de l'instabilité et de la servitude entière devant l'employeur. Ce qu'on vous reproche en fin de compte, c'est de combattre ce futur projet de société faisant flotter le drapeau de la précarité.

On vous accuse également d'être des preneurs d'otages, mais quel cynisme ! La guerre des mots ne vous intimide pas, et si cette expression perdure, soyez fier d'assumer et d'exprimer que vous êtes les  « preneurs d'otages » des réels preneurs d'otages ! Car les véritables criminels, c'est bien sur le capital. Par sa propriété lucrative, c'est lui qui décide qui produit et qui ne produit pas. Les propriétaires lucratifs ont ce droit de donner un travail à un individu pour ensuite l'envoyer dans les abysses du chômage et donc, dans la dénégation d'utilité sociale. En effet, le système socio-économique ne reconnaît l'utilité sociale d'un individu seulement s'il se vend sur un marché du travail, afin de se soumettre à un employeur. Les véritables preneurs d'otages, c'est eux ! Les actionnaires et les investisseurs privés. Mais il y a également les institutions financières, notamment les banques qui prennent en otage les états. La crise de 2007/2008 est l'exemple type. Les nations sont parties à la rescousse des banques afin d'éviter un cataclysme. Mais lorsque c’est la Grèce qui se noie dans la crise, dans la misère et la précarité, les banques continuent à s'enrichir sur elle en augmentant les taux d’intérêts sur sa dette. Ceux qui prennent en otage la société et l'économie, c'est le monde de la finance !

Travailleurs et travailleuses, étudiants et étudiantes, on vous accuse en fin de compte d'avoir l'arrogance de vouloir vous libérez des authentiques preneurs d'otages. Cependant, ce qu'il y a de plus beau dans votre action, c’est que vous ne vous jetez pas dans la lutte seulement pour vos droits, mais également pour ceux des autres. Vous refusez le poison de la division, et c’est pour cette raison que vous faites trembler la classe dominante. On vous stigmatise en disant que vous ne proposez rien de concret, or c'est faux. Vous savez que celui qui n'a pas d'objectifs ne risque pas de les atteindre. Vous êtes l'avant- garde de la régénérescence du mouvement social, anesthésié par tant de défaites depuis ces dernières années.

Devant En Marche, vous ne reculez pas. Il sera sans doute le parti le plus destructeur de la Vème République. Ce parti repose sur la plus grande imposture idéologique et politique, en l’occurrence le centrisme. C'est à dire le rassemblement du meilleur de la droite et du meilleur de la gauche. Or, on obtiendra toujours le pire de la droite. Leur non-sens idéologique repose sur une contradiction fondamentale qui est la dénégation de la conflictualité intrinsèque au social. En d’autres termes, la société est traversée par des contradictions, des luttes, des oppositions, des violences qu'elles soient sociales, économiques, institutionnelles ou physiques. L’intérêt du smicard n'est pas le même que celui de l'actionnaire. Mais le centrisme anesthésie ces contradictions derrière la fameuse union nationale. Nous devons faire passer l’intérêt commun avant l’intérêt individuel qui en fin de compte, représente l’intérêt commun d'une minorité. Les dominés doivent se serrer la ceinture pour élargir celle de la classe dominante.

Alors que l’expression des contradictions du monde social et de la violence des rapports sociaux doit s'exprimer dans l’opposition politique, LREM anesthésie cette conflictualité devant le divin gouvernement nationale dit de réconciliation. L’idée que nous sommes ni de droite, ni de gauche mais au-dessus de cela, pour la France et son peuple, c’est dénier les contradictions et les violences sociales et économiques qui traversent notre société. LREM fait d’ailleurs culpabiliser ceux qui ne veulent pas se réconcilier dans un pays fragmenté. Il suffit de voir l’arrogance des propos de Macron au sujet des philosophes et des sociologues. Le fait que ces personnes analysent et réfléchissent est mal vue par Macron car selon lui, ces chercheurs sont pour la préservation du nouveau monde. Alors qu'il faudrait seulement selon le président, se réconcilier dans un grand rassemblement national. Nous devons donc oublier nos intérêts pour l’intérêt commun, mais l’intérêt commun des privilégiés. C'est la fameuse domination heureuse que l’on doit accepter. Cette méthode est dangereuse, puisque le refoulement de cette conflictualité n'est que le ressort de l’extrémisme xénophobe politique, puisque la violence refoulée reviendra toujours, et dans une forme encore plus agressive et carabinée

Toutes ces choses que j'ai citées sont primordiales :

  • Le refus de notre aliénation collective devant le travestissement des valeurs républicaines

  • le refus de l'immobilisme mais également du projet sociétal d'employabilité

  • la vérité sur la réelle prise d'otage des citoyens réalisée par le monde de la finance

  • le non-sens de la pensée "macronienne" déniant la conflictualité intrinsèque au social.

C'est décisif tous ces points-là. Il faut avoir cette profondeur d'analyse, cette anthropologie politique pour comprendre le non-sens idéologique des réformateurs, si ce n'est de gagner encore un peu plus d'espace sur le terrain de la domination. En Marche et les dominants refusent que des citoyens mobilisés collectivement prennent en main la délibération politique. Mais la fabrication du meilleur ne viendra que de cet espace construit par et pour les travailleurs et les travailleuses.

Camarades, on vous reproche d'aimer la vie avec sa stabilité, d'avoir de l'envie et du désir. C'est pourtant ce qui constitue l'être humain. On vous reproche donc votre humanité, et votre refus de vous transformer en marchandise qui se fera acheter dans l’économie capitaliste. Vous refusez que votre condition humaine soit réifier afin de produire et d'enrichir le profit d'autrui. Frères et sœurs de classe, continuez la mobilisation. D'autre vous suivrons, non pas pour la convergence de luttes mais pour son unification. N'oublions pas, les dominants ne sont pas fort parce qu'ils sont riches, mais parce qu'ils sont organisés !

Mandela disait : « ce qui est fait pour nous, que d’autres ont décidé sans nous, et en réalité contre nous. » Cette volonté d'agir au lieu de rester à sa place, où plutôt de rester à la place donnée par les rapports sociaux, est symptomatique d'une société qui prend fin. Gramsci écrivait : « Le nouveau monde refuse de mourir alors que le nouveau peine à naître. »

A nous d'aider généreusement ce système de prédation et d’oppression à s’éteindre, afin de faire éclore les possibilités d'un nouveau monde.

 

Astier Valentin

 

croizat

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