La novlangue d'Orwell et la politique actuelle

Quels peuvent être les liens entre la novlangue de Georges Orwell et le langage politique actuel ? Beaucoup ! Quels procédés utilisent nos politiciens pour nous écarter du sens critique et nous faire accepter leurs visions ? Comment ne pas se faire avoir par ce faux-langage ?

Ce billet de critique de la novlangue se base sur le roman d'anticipation de Georges Orwell « 1984 », sorti en 1949.

Pourquoi je le qualifie d'anticipation ? Pour la simple et bonne raison, et nous allons le voir plus loin, que certaines des méthodes utilisés par Orwell dans son ouvrage ont été repris par de nombreux gouvernement à travers le monde, ainsi que certaines institutions internationales durant le XX ème siècle.

Dans son roman, Orwell met en scène une société dans laquelle le pouvoir politique contrôle idéologiquement ses citoyens par de nombreux procédés, notamment avec un appauvrissement du vocabulaire. Une police de la pensée est aussi destructeur d'idéal qu'une force armée. Afin d'arriver à ce but, un grand travail sur le langage est effectué. Le pouvoir politique retire du vocabulaire un nombre conséquent de mots et de concepts permettant d'établir une critique de la société, du monde... Cette appauvrissement du vocabulaire dit critique permet une certaine servitude volontaire des citoyens comme le dirait la Boetie « Le pouvoir des tyrans ne repose que sur l’abandon du pouvoir du peuple », et l'idée même de penser la société ne serait plus pensable...

 

Chez Orwell, nous verrons trois méthodes qui construisent sa novalngue et qui sont utilisées par nombre de pouvoir politique moderne :

  • L'inversion de sens

  • L'oblitération de sens

  • Le slogan

 

     1. Commençons par ce dernier, le slogan.

La stratégie du slogan empêche toute analyse de sa structure (la structure de l'expression), et sa finalité. Le slogan décrit mais n'explique pas. « Une bonne description permet d'éviter une bonne explication. Une bonne forme peut permettre d'occulter le fond. » La force du slogan, c'est qu'il est facilement mémorisable et réutilisable par tous. Combien de slogan nous connaissons ? Nous en voyons partout. Au cinéma, en écoutant la radio et que dire des publicités télévisuelles. Dans le discours politique, la répétition excessive de citation réduit la pensée par la simple description d'une réalité sociale. Cette éclipse d'analyse permet de ne pas raisonner sur ce qui est décrit. Le slogan devient une vérité absolue, un sujet fort qui s’imprègne dans les mémoires !

« Le changement c'est maintenant », François Hollande 2012

« Ensemble tout devient possible », Nicolas Sarkozy 2007

Les individus utilisent donc dans leur espace social, familial et professionnel un langage descriptif, avec une rhétorique basée sur de simples citations, brouillant l’accès à la réflexion.

Il y a également deux autres procédés utiliser chez Orwell qui sont : l'inversion de sens et l'oxymore. Je m'inspire également du livre écrit par Alain Bihr « La novlangue néolibérale » pour expliquer ces procédés.

 

     2. Dans un premier temps, l'inversion de sens.

L'idée est simple, il faut inverser la définition d'un terme pour le définir par son contraire. Pour reprendre un exemple connu chez Orwell « La guerre, c'est la paix », « La liberté, c'est l'esclavage ». On voit la tout le potentiel de ce procédé. Si on défini un mot par son antonyme, on bloque totalement l'esprit et le raisonnement en mettant dans la confusion la pensée critique.

Pour prendre maintenant un exemple moderne assez connu dans notre société : la réforme.

Pendant le 20 siècle, le mouvement ouvrier et social dans toute sa diversité a entamé des réformes dans le but de réguler le capitalisme. Les grèves répétées, des manifestations multiples, la création d’institution anti-capitaliste comme le régime général de la sécurité sociale, l’insurrection de Mai 68... ont permis de mettre des barrières au capital et de proposer une alternative au capitalisme. L'expression réforme a été utilisé pour contrer le capital dans toute sa violence, son absurdité et son amoralité.

Aujourd'hui, les réformateurs ont totalement inverser le sens de ce terme. Les réformes ont toujours été positives pour le peuple, il est donc facile pour les néolibéraux de l'utiliser pour casser toutes les barrières mis en place au XXème siècle à l'exploitation capitaliste. Les réformes aujourd’hui servent à faire tomber ce qui a été réformé par nos ancêtres.

Lorsque Macron ose prétendre que les français n'aiment pas les réformes, c'est faux. Pendant le siècle dernier, elles ont permis la mise ne place de barrières face au capital. Ceux que n'aiment pas les Français, c'est qu'on leur casse leurs conquêtes qu'ils ont arraché au capital pour avoir une vie meilleur. 

Comme dirait Alain Bihr, aujourd'hui la réforme, c'est la contre-réforme.1

 

     3.   Le deuxième procédé est l'oxymore que Alain Bihr appelle l'oblitération de sens.

L'oxymore permet de rendre inaccessible la pensée. L'oxymore est la construction de deux termes antagonistes. Il suffit de mettre un mot suivi de son contraire pour lui faire écran. Dans la pensée néolibérale, ce procédé est fortement utilisé pour brouiller toute réflexion et développement de sens. Par exemple la flexisécurité. Fusion incompréhensible entre la flexibilité et la sécurité. Le première étant basé sur la diminution de la protection du travail , il est donc négatif, il faut le faire suivre par un mots positif : la sécurité.

La flexisécurité se résume donc à « plus on enlève du droit du travail et plus on sera en sécurité ! ».

Lorsque nous utilisons un oxymore construit avec un terme positif et un négatif, le cerveau par instinct de survie retient le mot positif comme prioritaire. L'usage de ce procédé de langage est d'une subtilité infinie. Nous ne comptons plus le nombre de concepts qui se sont formés de cette manière : la discrimination positive (légitimation d'un mécanisme de domination (ici), la tolérance zéro (légitimation de la violence), le commerce équitable (le commerce est l'art de négocier il ne peut être équitable ; occultation de l'exploitation des pays pauvres), charges sociales (pour accepter la destruction du salaire (ici).

 

Orwell est très présent dans le discours politique néolibérale. Slogan, inversion de sens et oxymore sont autant de procédés qui visent à brouiller l'esprit critique, l’accès à la réflexion et au développement de sens. Un grand travail d'éducation populaire sur le langage doit être fait pour re-définir les mots selon une réalité sociale objective, et non pas selon une réalité décidé par la classe dominante et les Think-Thank.

Pour aller plus loin dans la manipulation du discours néolibérale, c'est ici.

1 Alain Bihr, La novlangue néolibérale, page 13

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