Sir Macron, prophète de la précarité, les aides sociales sont efficaces !

Macron deviendra t-il l'ennemi du peuple numéro 1 ? Dans cette nouvelle offensive, ce sont les prestations sociales qui sont visées, en soi la dépense publique. Comme d'habitude, des réductions et des mensonges avec une certaine dose de mépris, il faut déconstruire cette politique libérale en marche pour la précarité.

 1.  En Marche ou les prophètes de la médisance ?

Jamais des représentants politiques n'ont démontré autant de mépris pour le peuple. Depuis 1 an, Sir Emmanuel Macron enchaîne ses propos insultants comme ce 29 juin 2017 : « Dans une gare, on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien ». Quelle suffisance ! En réalité, dans la société il n'y a pas de personnes qui ne sont rien mais plutôt des individus qui n'ont plus rien devant ceux qui ont tout. Cependant, Macron n'est pas seul dans sa croisade contre les prolétaires, Castaner, secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement et délégué général d’En marche sait également manier la prose. Le 29 décembre 2017, il justifie l'échec d'En Marche en matière d'hébergement/logement pour les sans-abris, une promesse non tenue de Macron : « Des individus dans le cadre des maraudes refusent d'être logés ». Un argument en partie vraie mais ne reflétant aucunement l'immense majorité des difficultés, besoins et attentes des personnes à la rue comme je l'explique iciD'autres exemples sont possibles notamment avec Julien Denormandie, secrétaire d'État auprès du ministre de la Cohésion des territoires, il continue la déresponsabilisation de l’État et la responsabilisation des sans-abris dans leurs difficultés. Selon lui, il ne reste plus « qu'une cinquantaine d'hommes isolés en Île-de-France ». Quel cynisme ! Rien que les 6 grandes gares de Paris explosent ce chiffre mensonger.

Cependant, En Marche veut passer une vitesse de plus en s'attaquant aux prestations sociales, en d'autres termes, c'est une nouvelle attaque contre la dépense publique. Bruno Lemaire, ministre de l'économie veut en découdre avec les prestations pour le chômage : « Sur la politique de l'emploi, je considère qu'à partir du moment où nous réussissons à créer des emplois dans le secteur privé [...], il peut être légitime de réduire la politique sociale sur l'emploi ». Pourquoi réduire ces aides sociales ? Les libéraux ne veulent pas comprendre que ces aides suivent la conjoncture économique, ils semblent être dans le déni complet. Castaner nous l'a encore démontré il y a peu sur BFMTV : « En 10 ans, le nombre de bénéficiaires du RSA, et ce n’est pas un reproche que de dire cela, a été multiplié par 10. Pardon, a été augmenté de 50% en 10 ans. Ça veut dire que nous avons une anomalie dans notre système. Parce qu’il y a des gens qu’on aide par l’allocation. Moi je préfère aider par l’investissement, je préfère les accompagner, je préfère leur donner la main pour les amener vers une formation, et les ramener vers ce qui doit être essentiel : le travail ».

Une démagogie à l'état pur. Les chiffres de Castaner sont exacts mais tout n'a pas été dit dans l'unique objectif de légitimer ses idées de réactionnaire. En effet, car la vérité est que si les bénéficiaires du RSA ont augmenté de 50 % en 10 ans, c’est parce que le chômage a augmenté également de 51 %. Le RSA suit tout simplement les cycles économiques. En d'autres termes, il faut remettre en cause le champ de production et non l’individu qui n'a pas de prise sur les rapports de domination et de pouvoir face au marché du travail et la propriété lucrative, mais Castaner préfère encore une fois la stigmatisation et la culpabilisation des classes dominées afin de ne pas affronter les dominants, en clair ceux qui détiennent la production.

Le langage de Castaner est également infantilisant. Les chômeurs et pauvres n'ont pas besoin qu'on leur prenne la main, ils ont seulement besoin que le champ de production reconnaisse leur utilité sociale, leurs savoirs et leurs compétences. Les propos récents du président suivent cette dynamique d'infantilisation. Dans une vidéo tournée le 12 juin 2018, il affirme que les aides sociales sont d'une part inefficaces et d'autre part quelles coûtent trop chères : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas », puis ensuite « Je vais faire un constat qui est de dire : on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. Toute notre politique sociale, c’est qu’on doit mieux prévenir (…) et mieux responsabiliser tous les acteurs ». En d'autres termes, la politique d'En Marche défend l'idée que les transferts sociaux ne permettent pas de réduire la pauvreté, de sortir les gens de la désaffiliation et de les accompagner vers l'autonomie. Les aides déresponsabiliseraient les individus qui profiteraient de cette situation évacuée de toute contrainte. Or, ceci est totalement faux.

En effet, en prenant les calculs d'Eurostat, on ne peut que se mettre devant l'évidence que les transfert sociaux dans leur globalité font de la France l'un des pays les moins pauvres de l'UE. Lorsque les libéraux stigmatisent l'utilité ou plutôt la soi disant inutilité des prestations sociales, avec leurs poids qui seraient trop lourd à supporter pour notre pays (701 milliards), ils oublient de mettre cela en perspective avec notre puissance économique. En effet, les prestations représentent 701 milliards, ce qui est certes colossale mais c'est un taux qui est largement supportable par notre PIB (2400 milliards). La France est le deuxième pays le plus riche en Europe et la 5ème puissance mondiale, mais c'est également une nation européenne qui a un taux de pauvreté les plus faibles après les transferts sociaux, grâce à l’intelligence et à l’efficacité de notre modèle social, n'en déplaise aux libéraux.

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Ce que refusent les libéraux, c'est en fin de compte notre modèle de solidarité. Prenons comme exemple les retraites, le prochain grand combat de destruction d'En Marche. Le taux de pauvreté en 1970 était de 35 %. Aujourd’hui, grâce à notre formidable système de répartition, nous sommes passé à 9,6 %, soit 3 fois moins. De plus, nous ne sommes pas le pays qui dépense le plus en aides sociales par habitant. En effet, comme l'explique Dan Israel, en 2015, on évaluait cette dépense à 11 180 euros par personne, soit le 5ème rang au sein de l’Europe des Douze (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni et Portugal).

En d'autres termes, les prestations sociales sont efficaces en réduisant les inégalités, et la part utilisée pour la lutte contre la pauvreté est minime comme nous le verrons plus loin. Mais pour terminer, il faut bien comprendre que la finalité des minimas sociaux n'est pas la recherche de l’émancipation. Elles permettent aux individus de pouvoir survivre de la précarité, d'avoir un soutien financier mais elles ne sont pas un tremplin émancipateur. De ce fait, le discours moralisateur de Macron et Castaner voulant responsabiliser les pauvres est totalement indigeste ! Ils ne sont que la conséquence d'un système économique de prédation. A quand les mesures de responsabilisation des riches ? Ceux qui refusent d'investir dans l'économie, de créer du travail laissant les personnes dans les abysses de la précarité ?

Cioran écrivait très justement : « Certains ont des malheurs ; d'autres, des obsessions. Lesquels sont le plus à plaindre ? ». Les plus à plaindre sont sûrement les néolibéraux, obsédés pour enfoncer encore un peu plus les prolétaires dans leurs malheurs...

 

   2.  Comment sont constituées les prestations sociales ?

Il y aurait trop de prestations sociales en France. Ce qui permettrait aux individus d'en profiter, la pauvreté coûterait trop cher etc... Mais pour qui sont destinées les prestations ? Trop de personnes ont assimilé « prestations » à « assistanat/pauvreté », ce qui en réalité est une grande faute. Les aides pour la pauvreté ne représentent qu'une minorité des prestations sociales accordées par la France. En 2015, l'ensemble des prestations sociales était de 701,2 milliards €. Au sein de cette dépense, il y a 6 catégories :

   1.  Le risque « vieillesse-survie (retraite), il constitue la plus grande part des prestations soit 45,6%, (319,7 Md€)

   2.   La santé (la maladie, l’invalidité, accidents du travail, maladies professionnelles), représentant 34,9% des prestations (244,9 Md€)

   3.   La maternité-famille (indemnités journalières pour maternité, soins aux femmes enceintes, allocations familiales, aides à la garde d’enfant...), représentant 7,7% des prestations (54,2 Md€)

   4.   L'inemploi (indemnisation du chômage, aides à la réinsertion professionnelles et préretraites), soit 6,2% des prestations (43,6 Md€)

   5.   La pauvreté (RSA majoritairement), constitue 3% des prestations (20,7 Md€)

   6.   Le logement (APL, remboursement d’emprunt et différentes prestations...), soit 2,6% des prestations(18,1 Md€)

En d'autres termes, le coût financier de la pauvreté-exclusion est de 20 milliards par an, cependant nous pourrions mettre également dans le calcul les APL car ils sont majoritairement pour les personnes précaires (+ 8,4 milliards), puis le dispositif CMU-CMUC soit 10 milliards et la prime d'activité qui est de 4,7 milliards. Autrement dit, on pourrait porter le poids économique de la pauvreté à environ 43,8 milliards d'Euros. C'est autant que toutes les dividendes records pour les actionnaires crapuleux que l'on gave chaque année encore un peu plus. En fin de compte, l'argent redistribué dans la lutte contre la précarité est minime, 43,8 milliards sur les 701 milliards de prestations sociales, oser prétendre que son poids est trop lourd serait démagogique. En clair, 80 % de cette dépense sont logiquement redistribués pour la santé et les retraites. Il faut donc que le gouvernement arrête de stigmatiser toujours les mêmes personnes. La politique d'En Marche pourrait se résumer par : « Trouvons des coupables est non des solutions ».

 

   3.  Responsabilisation des riches, c'est pour quand ?

Pour aider les pauvres, Macron déclare qu'il faut les accompagner autrement qu'avec des ressources en espèces, il faut les responsabiliser ! Mais quelle infantilisation ! Les chômeurs ne sont pas responsables de leur chômage ; les pauvres ne sont pas responsables de leur pauvreté ; les sans-abris ne sont pas responsables de leur situation... C'est insupportable d'entendre des propos aussi réactionnaires. Cependant en ce qui concerne l'aide pour les dominants, l'argent est le bienvenu. Quelles sont les « prestations sociales » pour les riches ? Tous les cadeaux fiscaux réalisés depuis le début du mandat du Roi de France Emmanuel Premier ? Car pour ce dernier, cela ne sert à rien d'aider les pauvres en ressources financières parce qu'ils restent de toute manière pauvres. Cependant il aide les dominants à gonfler leurs richesses afin qu'ils deviennent encore un peu plus riches, quelle contradiction non ?

En effet, la modification de l'ISF est un manque à gagner de 4 milliards d’Euros annuel, la diminution des impôts sur les entreprises coûtera 11 milliards d'ici 2022, la suppression de la taxe sur les dividendes (1,8 milliard d’euros) et la Flat Tax sur les revenus du capital (1,3 milliard d’euros), le renouvellement d’un CICE qui a coûté environ 69,5 milliards depuis 2013 (20 milliards en 2018) pour une inefficacité prouvée depuis longtemps, la suppression de l’Exit Tax facilitant l’évasion fiscale (800 millions €), rajouté à cela des dividendes records de 40 milliards, ensuite l'évasion fiscale qui est de 40 milliards d'Euros par an sans compter la fraude qui augmente ce taux à 80 milliards. D'ailleurs, les 3250 ménages les plus riches de France possède 140 milliards dans les paradis fiscaux et 300 milliards en comptant les avoirs. Où sont les politiques d'efficacité et de responsabilisation contre ces délinquants. De plus, les bénéfices records du Cac 40 sont évalués à 93 milliards d'Euros dont une grande partie (plus de 67 %) finit en dividendes comme le montre le rapport d'Oxfam, pour seulement 27% de la richesse réinvestis dans l'économie et 5 % pour les primes pour les salariés.

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Cependant, Macron et Castaner veulent nous faire croire que nous pouvons faire confiance aux rapaces qui portent souvent le nom d’actionnaire ou de patronat pour investir et créer du travail, ce qui légitime tous ces cadeaux faits aux riches. Or l'argument « les riches vont investir car ils auront moins de craintes et surtout, ils arrêteront de partir à cause d'un impôt trop lourd  », est une farce de plus ! Dans un premier temps, le solde annuel des riches quittant la France est de 500 personnes, pour une perte annuel de 170 millions d'euros (ministère de finances). De plus, en 2022, la France serait le pays Européen dans lequel il y aura le plus de millionnaires et le 4ème du monde. Pour terminer, la France est le deuxième pays de l'UE où les riches vivent le mieux (les inégalités). Donc pour l'argument « On perd 170 millions par an, car 500 millionnaires quittent la France », on crée une réforme de modification de l'ISF qui nous coûtera 5 milliards ? Quelle contraction ! Mais les libéraux nous disent que grâce à ces réformes, les riches vont reprendre confiance dans la Nation et qu'ils vont investir ! Bien sur que non, les dominants vont surtout racheter d'autres actions sur le marché secondaire pour les faire monter et donc s'enrichir en conséquence. Les personnes qui payent l'ISF ont en moyenne 57 ans, ils sont proches de la retraite. D'un point de vue identitaire, ce ne sont pas des gérants de start-up qui prennent des gros risques, et le rapport d'Oxfam cité plus haut le montre. Prenons l'exemple du CICE/baisse des cotisations qui nous coûte 20 milliards cette année, le résultat est sans appel. Cela n'a pas favorisé l'investissement au contraire, cela a fait augmenter les dividendes (France stratégie). Donc la stratégie du gouvernement n'est qu'une lutte de classe avec la finalité d'enrichir la classe dominante qui l'a mis au pouvoir. Les aides pour les riches seraient positives (alors que l'on sait que c'est faux !), mais les aides pour les pauvres seraient négatives (alors que l'on sait quelles sont efficaces dans la réduction des inégalités !). C'est le monde à l'envers ! D’ailleurs les aides les plus efficaces en France pour réduire les inégalités sont d'une part les aides au logement, et d'autre part la prime d’activité, ce qui est paradoxal puisque le gouvernement s'en est directement pris aux APL au début de leur mandat, tout en voulant casser la prime d'activité avant de revenir sur cette dernière décision.

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Jean Paul Sartre nous disait que « Pour aimer les hommes, il faut détester ce qui les opprime ». C'est le mot « ce » qui est important, ce n'est pas « qui ». C'est à dire que ce n'est pas la personne qui faut renverser, mais la structure qu'il défend, qui le met dans sa position de dominant. En clair, les structures et institutions du capital.

En conclusion, toute la rhétorique de Macron sur le poids des prestations sociales est infondée. Dans un premier temps, les prestations regroupent une multitude de services: retraite, santé, chômage, logement, famille... et la pauvreté n'est qu'une minorité. Elle coûte toujours moins chère que la grande richesse. On a réussi à mettre un seuil de pauvreté, pourquoi ne pas mettre en place un seuil de richesse ? A partir d'un certain point, la valeur ajoutée serait automatiquement mutualisée dans des caisses de salaires et d'investissements redistribué selon les besoins de chacun. Dans un deuxième temps, les aides sociales sont efficaces et réduisent les inégalités. Les libéraux pourront hurler qu'on est le pays européen qui dépense le plus, mais on est également la deuxième puissance dans ce continent et le deuxième le plus peuplé. En conséquence, c'est normal que nous utilisons autant de richesse pour faire de notre pays l'un des moins pauvres du continent. L'Allemagne par exemple utilise moins de richesse mais la pauvreté et les inégalités ont explosé. Pour terminer, il faut également comprendre que la dépense publique dans toute sa généralité (également fonction publique) permet de soutenir l'activité du privé. Que font les retraités, les pauvres, les fonctionnaires avec leur argent ? Ils consomment bien entendu des biens et des services. Or si on baisse les prestations et donc le pouvoir d'achat, la consommation va diminuer en toute logique et donc cela va affaiblir la production du privé. Les individus vont diminuer leur dépense et les produits sur le marché ne pourront plus se vendre. La conséquence la plus brutale est la suppression des forces de production, donc des salariés le temps d’écouler tout le stock. En d'autres termes, la suppression massive de postes avec des licenciements collectifs, on appelle cela la crise de surproduction.

Il faut lutter contre cette nouvelle attaque des néolibéraux afin de préserver notre modèle social de solidarité qui doit encore être amélioré. Devant autant de médisance, d'arrogance et de mépris, une réponse forte doit être lancée contre ce gouvernement de nantis, ils pourront fragiliser nos existences mais ils n'auront pas leurs contrôles. Il faut nous réveiller du somnambulisme dans lequel nous sommes. Comme l'écrivait ce grand poète Chilien et ami de Salvador Allende, Pablo Neruda :

« Podran cortar todas las flores, pero jamas detendran la primavera »,

en d'autres termes :

« Ils pourront couper toutes les fleurs, mais jamais ils ne seront les maîtres du printemps »

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