La pensée complexe de Macron

Quelques petites "Macronneries" ou "Macronnades", je ne sais même plus comment les appeler. Macron et sa pensée complexe dont le peuple français ne peut comprendre. Simple d'esprit, agenouilles-toi devant la divine parole.

Afin de garder le sourire devant autant de vanité, de prétention et même dans une certaine mesure de mépris social, je ferai dans ce billet quelques réponses brèves à cette pensée si complexe de Sir Emmanuel Macron que je critique et analyse plus en détail dans cette édition.

« Si j'étais chômeur, je n'attendrais pas tout de l'autre, j'essaierais de me battre d'abord »

La fameuse opposition des travailleurs entre eux, méthode vieille comme le monde mais qui a le mérite de fonctionner encore aujourd'hui. Nos camarades les cheminots en savent quelque chose. Effectivement, il vaut mieux pour le capital avoir des hommes et des femmes en concurrence pour rentrer sur le marché de l’emploi, plutôt que de les voir ensemble pour lutter contre une domination commune. Si Pôle Emploi, au lieu de mettre les gens en errance dans diverses formations, mettrait en délibération les chômeurs sur la compréhension de leur situation et sur le partage de leur expérience, ils pourraient tous analyser pourquoi ils n’ont pas de travail aujourd’hui. En conclusion, ils s’intégreraient non pas au champ de production mais au champ politique. Cependant pour les dominants, il vaut mieux avoir des chômeurs contrôlés par des agents que dehors avec des revendications politiques.



« Vous n'allez pas me faire peur avec votre T-Shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler »

Quelle indigence ! Des dizaines de millions de personnes travaillent tous les jours et pourtant, jamais ils ne pourront avoir votre couturier M.Macron. On ne devient pas riche en travaillant, ça se serait. On devient riche en exploitant le travail des autres, une nuance qui a son importance.



« Je ne suis pas la pour défendre les jobs existants »

Entièrement d'accord ! Vous êtes à la présidence pour défendre le changement permanent, chez les néolibéraux on appelle cela : l’employabilité. Ce projet a pour but d'empêcher toute régulation du marché du travail et de la propriété lucrative. En d’autres termes, toute protection contre la domination des institutions capitalistes.



« Le chômage de masse en France, c'est parce les travailleurs sont trop protégés »

Le chômage de masse ne provient pas de la protection des chômeurs, le problème vient du champ de production ! Par contre, si on accepte le dogme libéral, on peut effectivement faire baisser le chômage mais en transformant les chômeurs en travailleurs pauvres. En d'autres termes, le chômage peut être diminué par la destruction du salaire, comme en Allemagne avec les mini-jobs ou les contrats 0 heure en Angleterre. Le problème du chômage, c’est exactement comme les œufs de pâques : « Ne mettez pas d’œufs en chocolat dans le jardin, mais laissez les enfants les chercher quand même, ça vous donnera un aperçu du marché du travail ». 

 

« Je pense qu'il y a une politique de fainéants et il y a la politique des artisans »

C’est qui les fainéants ? Pour Macron, c’est ceux qui refusent de faire des réformes et donc, les artisans sont ceux qui ont le "cran" de les faire. Pour ma part, je les appelle plutôt les artisans du malheur !



« Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d'aller regarder s'ils peuvent pas avoir des postes »

"Méchants syndiqués" ! "Méchants jeunes des quartiers" ! Mais pourquoi Macron ne parle t-il pas de la véritable violence, celle du capital par exemple. S’il y a des personnes qui « foutent le bordel », c'est simplement la conséquence de la violence intrinsèque au monde social : les violences économiques, sociales, culturelles... Par exemple les émeutes dans les banlieues, elles ont pour cause l'indiscutabilité des conflits, l'indiscutabilité des contradictions. L'expression des jeunes par la violence n'est que la conséquence du refus de mettre en débat et en délibération les divisions sociales, les conflits sociaux et les violences qui traversent notre société démocratique. La cause de la violence, c'est le refus démocratique de discuter les contradictions !



« Les salariés français sont trop payés »

Le salaire moyen en France est de 2200 € net, est-ce une somme astronomique ? A contrario, le CICE nous coûte 20 milliards par an pour avoir crée seulement 100 000 emplois en 5 ans sur le fameux 1 million d’emploi promis par le MEDEF, la question est donc : où est passé l'argent ? La modification de l'ISF, la diminution des impôts sur les entreprises, l'évasion fiscale, les profits records avec les dividendes, toute cette masse d'argent entretenue par une minorité exploitant les autres est-elle légitime ?



« Les salariés doivent pouvoir travailler plus, sans être payés plus si les syndicats majoritaires sont d'accord »

Les 35 heures ont crée 300 000 emplois, soit 3 fois plus que le fameux CICE du patronat. Avec 3 millions de chômeurs sans aucune activité, il n'est pas sérieux d’augmenter les heures de travail, partageons le travail !



« Le compte pénibilité, je n'aime pas ce terme, donc je le supprimerai car il induit que le travail est une douleur »

En effet, je pense que le fauteuil en cuir de la banque Rothschild ne devait pas être inconfortable. Par contre travailler en chaudronnerie et avaler de la poussière de bois provoquant l’activation des cellules cancéreuses, ce n’est pas la même chose. L’assemblée nationale ne doit pas avoir assez de fumée pour oser prétendre qu’un travail ne peut pas être pénible, des volontaires pour en faire ?



« Vu la situation économique, ne plus payer les heures supplémentaires c'est une nécessité »

Le travail gratuit, l’Allemagne et le Japon sont les champions. La France n’est pas prenante à une telle domination et une telle dénégation de notre qualité de producteur. Vu la situation économique il faut effectivement se battre, mais dans l’unification des luttes sociales.



« Ceux qui défendent les emplois aidés sont ceux qui n'en voudraient pas pour eux »

Je ne suis pas réellement favorable pour les contrats aidés car ils diminuent le salaire des jeunes. Mais pour travailler, on prend seulement ce qu'on nous propose et oser prétendre le contraire, c’est dénier une fois de plus le fait que les jeunes aient envie de travailler. Ces emplois étaient souvent pourvus par les associations qui sont étranglées financièrement par la diminution des subventions, et la disparition de ce type de contrat va les mettre encore plus en difficulté.



« Je vais faire un CICE durable »

Un CICE qui coûte 20 milliards par an pour aucune efficacité, des commentaires ?

 

« La tranche d'impôt de Hollande à 75 % ? C'est Cuba sans le soleil »

Dommage Manu, une Fake News dont tu as l’habitude. Oser prétendre que Hollande a mis en place cette tranche d'impôt est une imposture sans nom puisqu’elle a été reconnu inconstitutionnelle, donc pas appliquée.

 

 

« Je suis pour une société sans statuts »

Les cheminots en savent quelque chose. En d’autres termes, une société du changement permanent où la stabilité ne serait plus qu’un vieux rêve lointain. Précariser le travail pour détruire les cadres de régulation mis en place par les conquêtes sociales du 20ème siècle, telle est la mission divine d’Emmanuel.



Maintenant, un petit tour vers la jeunesse qui se passe de commentaires.

« Je compte sur vous pour engager plus d'apprentis. C'est désormais gratuits quand ils sont mineurs »

« Il faut que les jeunes Français est envie de devenir milliardaires »

« 35 heures pour un jeune, ce n'est pas assez »

« Les jeunes générations veulent être entrepreneurs, pas fonctionnaires »

« Je dis aux jeunes : ne cherchez plus un patron, cherchez des clients »

 

« Les pauvres aujourd'hui sont souvent moins les retraités que les jeunes »

Belle excuse pour justifier la hausse de la CSG. Et lorsque les retraités redeviendront plus pauvres, on demandera cette fois-ci aux jeunes d'aider les anciens: la fameuse solidarité intergénérationnelle.



« Je ne veux plus d'ici la fin de l'année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus »

La démagogie à l’état pur. Voir ici les différents billets écrits sur ce sujet.

 

« Les Britanniques ont la chance d'avoir eu Margaret Thatcher »

Et les USA Ronald Reagan et nous Macron. Pour une libéralisation de l'économie la plus totale !



« Le libéralisme est une valeur de gauche »

Je vais envoyer l’exposé de Marx « Le Capital » à L’Elysée, il y a quelques lacunes à rattraper. Le PS est devenu droite dés lors qu’il a accepté la tendance libérale dans les années 80.



« Dans les gares, vous croisez des gens qui réussissent et d'autres qui ne sont rien »

Une définition des gens qui ne sont rien ? Dans la société, il n’y a pas de gens qui ne sont rien, mais des gens qui n’ont plus rien, devant ceux qui ont tout.



« La démocratie ne se fait pas dans la rue »

Les semaines de congés payés, les conventions collectives, le salaire contre le contrat de louange, l’augmentation des salaires, l’IVG… des droits conquis grâce aux militants et aux militantes qui se sont battus dans la rue dans le rapport de force engagé entre le capital/patriarcat et le salariat. D’ailleurs, la grève et la mobilisation ne sont-ils pas des droits démocratiques ? Macron est-il contre ces droits politiques ? De plus, la Révolution Française ne s'est pas faite dans les urnes…



« La gauche classique est une étoile morte. L'idéologie de gauche classique ne permet pas de penser le réel tel qu'il est »

La pensée de gauche a justement cette faculté de penser l'humain et d’engager des actions afin de le préserver face aux ravages de l'économie libérale. L’authentique gauche pense le monde réel pour construire une alternative sociale et politique. Ce que n’aime pas le président, c’est justement que l’on pense l’alternative.



« C'est une erreur de penser que le programme est le cœur d'une campagne électorale... La politique, c'est mystique »

La politique n’est pas mystique, d’une part elle doit exprimer les divisions sociales présentes dans la société, les mettre en délibération entre des clivages politiques institutionnalisés pour ensuite les arbitrer. Voila la définition de la politique dans une démocratie, et il n’y a rien de mystique dedans.



« Chaque candidat qui sera investi signera, avec moi, le contrat avec la nation. Il s'engage à voter à mes cotés les grands projets, à soutenir notre projet... Pas de frondeurs »

Pas de frondeurs, elle est belle la démocratie chez En Marche. Les dictateurs font la même chose dans leurs régimes. Le refus de toute contradiction est justement l’inverse de la démocratie et du respect d’opinion. Les députés d’En Marche ont donc une muselière afin de ne pas aboyer sur leur maître, ou plutôt sur leur gourou.



« La passion triste de la France : c'est la jalousie » (Au sujet de la suppression de l'ISF)

Très bel argument de culpabilisation. Il n’y a pas de jalousie, juste de la justice sociale. Les riches ne sont pas malmenés dans ce pays, la France est le deuxième pays où les riches vivent le mieux en Europe. On a réussi à mettre en place un seuil de pauvreté, pourquoi ne pas mettre en place un seuil de richesse ?



« Je ne sais pas ce que c'est qu'une politique pour les riches »

Une politique pour les riches, c'est par exemple le CICE qui a coûté prés de 48 millions d’Euros à l’Etat depuis sa création. Des dividendes records, jusqu'à 50 milliards d’Euros par an qui fait de la France la championne d’Europe. Une fraude fiscale annuelle de 60 à 80 milliards, dont 40 à 60 pour la seule évasion fiscale. Des profits atteignants un nouveau record de 93 milliards en 2017. La modification de l’ISF qui fera perdre entre 3 et 5 milliards d’Euros puis la diminution des impôts sur les entreprises qui s’évalue à environ 1 milliard d’Euros. C’est cela une politique pour les riches.

 

« Je suis de gauche, je suis de droite »

Macron a du mal à s’y retrouver. Pendant un de ses discours présenté par Challenges, il affirme être de gauche mais lorsqu’il est avec De Villiers interviewé par i’Télé, il certifie qu’il n’est pas socialiste par honnêteté. Puis dans l’émission Territoire d’Infos, il prétend qu’il n’a jamais été de gauche et qu’il n’était pas socialiste. Pourtant sur TF1 au 20h de Gilles Bouleau, il manifeste être un homme de gauche. Pour terminer, lorsqu’il présente son « projet » pour la France, il explique que son parti ne sera ni à droite, ni à gauche. Résultat du match :

Socialiste 2 – 3 Pas socialiste

Belle leçon de démagogie !

 



 

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