En Marche, un programme logement néolibéral?

Le programme logement d'En Marche pour le quinquennat n'apporte pas de solution décisive pour répondre au mal-logement. A la vue des réponses formulées par le parti élu au pouvoir, il semble évident que la situation ne pourra pas nettement s'améliorer

Je rappelle rapidement quelques chiffres du mal logement :

chiffre-mal-logement

J'ai écrit un article plus complet sur ce lien.

Pour commencer, la pensée d'En Marche part du principe que la surproduction de structure va permettre de faire baisser le prix des loyers. C'est entièrement faux, la régulation ne peux se faire par cette méthode. C'est d'ailleurs souvent le contraire qui se passe, les prix stagnent ou augmentent. Il y a deux façons de faire baisser le coût des loyers comme le montre l'association DAL(droit au logement)1 : soit par la régulation des loyers et de l'immobilier, soit une crise du logement due à la cherté du logement. Par exemple en Allemagne, il existe le « miroir des loyers ». « Il recense les prix pratiqués hors charges dans la commune ou l'agglomération avec différents critères. » 2 Certes ce miroir est indicatif, il permet de contester les loyers supérieurs aux références fournies. En Allemagne, ce « miroir » permet le maintien des loyers et limite une forte hausse des prix. Cette pratique est mal vue en France et je doute qu'En Marche y soit favorable. En effet, les libéraux conteste ce dispositif car il découragerait les investisseurs immobiliers. Pourtant certaines villes de France ont expérimenté cette pratique comme Paris depuis 2015. Une baisse de 50 à 150 euros a été observé sur certains loyers.3 L'encadrement des prix des loyers permet donc de réduire la hausse massive des prix, contrairement à la surproduction de structure qui a pour but d'enrichir seulement les investisseurs privés. Nous pourrions également réfléchir sur la spéculation immobilière qui est également responsable de la dérégulation des loyers.

Ensuite, En Marche promet la construction HLM et la transparence dans leur attribution. Un point qui ne semble pas si négatif, pourtant, c'est encore trop léger. La transparence dans l'attribution des logements réussira t-elle à lutter contre la discrimination ? J'en doute, toutes les Mairies qui sont fichées par l’État pour refus de construire des logements sociaux ne les a jamais contraint à respecter la loi.4 

Pour l'instant, le gouvernement ne propose rien de concret dans le but de construire des logements très sociaux. En 2005, la Fondation Abbé Pierre soutient la construction et la réhabilitation de logement très sociaux, permettant la création de 6500 logements pour plus de 15000 habitants. Le financement est partagé entre la Fondation Abbé Pierre, l'Etat, les collectivités locales et les emprunts. Ces logements très sociaux et économes (basse consommation), permet de diminuer la dépense énergétique annuelle de 900 euros. Il y a également la construction des bâtiment dits passifs. Ils n'ont pas besoin de chauffage, l'isolation du bâtiment est renforcée, toutes les menuiseries sont équipées d'un triple vitrage et la production d'eau chaude sanitaire est complétée par des capteurs solaires.5  Tous ces bâtiments que l'on pourrait appeler « écologique et économe » permettent aux personnes les plus démunis d'avoir un toit pour dormir, une salle de bain, une cuisine, tout ce qui permet de vivre plus dignement malgré la misère.

En ce qui concerne les personnes sans-abris, En Marche promet seulement un droit à la domiciliation. Mais ce droit existe déjà depuis longtemps ! En conclusion la parti n'a aucune politique à mettre en place pour le logement des personnes à la rue. En 2010 à Bruxelles s'est tenue une conférence sur la problématique des personnes à la rue. Le résultat est sans appel : les actions dirigées vers le logement sont les plus efficaces sur le plan économique et social. Il faut donc dirigé nos actions vers les logements temporaires et les hébergements d'insertion. Le simple droit à la domiciliation qui existe déjà représente l'aveu d'un gouvernement qui soit, n'est pas du tout soucieux par cette problématique des sans-logis, soit il est déjà impuissant. Mais devant des initiatives déjà mises en place par les associations spécialisées, cette impuissance serait plutôt l'aveu de l'indifférence.

En Marche promet de financer à hauteur de 10 milliards d'euros sur 5 ans le renouvellement urbain des quartiers populaires. On reconnaît ici la place de l'idéologie néolibérale. Pourquoi ? Car ce renouvellement urbain cache une flambée des prix à cause de la valorisation immobilière et foncière. Pourquoi est ce que les quartiers populaires sont les cibles privilégiées des spéculateurs du marché immobilier ? Pourquoi on renonce à encadrer le prix des loyers ? Parce que cette politique de rénovation entre les mains des néolibéraux a pour seul objectif d'augmenter la spéculation du marché immobilier au dépend du besoin réel des habitants.6

Avant de terminer, nous allons nous intéresser à une promesse dangereuse du programme d'En Marche au sein de son programme justice. Macron dénonce le fait que seulement 20 % des expulsions locatives soient exécutées. Il promet que sauf exception, toutes les décisions des premiers juges soient immédiatement exécutoires 7 (lien du programme Macron). Macron voudrait t-il mettre dehors plus de 60 000 personnes par an ? Avec un record d'expulsion sous François Hollande, Emmanuel Macron veut-il le devancer ?

record-explusion

Je voudrais casser une légende trop souvent formulée : l'expulsion permet de faire des économies ! C'est faux, l'expulsion est toujours plus coûteuse que le maintien du logement, pour cause des frais sociaux, médicaux, coût d'expulsion notamment avec la force publique, le coût des services pour les sans-abris etc. Les estimations en Autriche et en Allemagne montrent qu'un euro dépensé dans la prévention des expulsions permet d'économiser 7 euro de dépenses d’hébergements d'urgences et d'insertion sociale.8 Par exemple la commune Allemande de Bielefiel a économisé 1,6 millions d'euros entre 2004 et 2008 grâce à son système de prévention. Des résultats positifs également pour la ville de Vienne. Aux Pays-Bas, un euro investi dans cette prévention permet d'économiser 2,20 euros.9 

Pourquoi pas la France ? La Fondation Abbé-Pierre à travers son Espace Solidarité Habitat et sa plate-forme « Allô Prévention Expulsion » permet de prévenir les expulsions. Des milliers de ménages ont bénéficié de leurs conseils. Mais l’État n'a aucune action similaire à l'Allemagne, l'Autriche et les Pays-Bas.

Pour terminer, le dispositif DALO est inexistant du programme d’En Marche. L’État va t-il le laisser mourir à petit feu ?
Le Dalo (droit au logement opposable) donne la possibilité de déposer un recours afin d'accéder à un logement ou une place d’hébergement mais son bilan est mitigé. Entre la période 2008 / 2014, 500 000 demandes ont été déposées pour seulement 166 000 réponses favorables, bien qu'insuffisantes pour 60 000 ménages. L’État a été condamné à 8377 reprises durant cette période pour manquement au droit au logement et à l'hébergement. En 2015, la France est même condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme. De plus, les décisions favorables régressent chaque année dans un silence inquiétant. Le dispositif vit-il ses derniers jours ? En tous cas, le gouvernement ne semble pas intéressé pour le sauver.

Le programme d'En Marche s’inscrit donc dans la pure idéologie néolibérale : le profit des spéculateurs immobiliers avant tout. Je n'ai même pas analysé la baisse des apl car d'autres collègues l'ont fait ici .  Le mal logement concerne aujourd'hui 14 millions de personnes, soit 20 % de la population pourtant il semble inexistant des grands débats politiques. De plus, l'absence de ministère dédié à cette problématique représente rien de positif pour les 5 ans à venir.

 

http://www.droitaulogement.org/ 

 

1 https://www.droitaulogement.org/2017/05/programme-logement-macron/

2 Sortir du mal-logement c'est possible, page 102

3 Sortir du mal-logement c'est possible, page 103

4 http://www.latribune.fr/vos-finances/immobilier/logements-sociaux-les-prefets-pourront-se-substituer-aux-maires-recalcitrants-516940.html

5 Sortir du mal-logement c'est possible, page 48

6 https://www.droitaulogement.org/2017/05/programme-logement-macron/

7 https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/justice

8 P.Kenn et Al,. « Pilot project. Promoting protection of the right to housing. Homelessness prevention in the context of evictions, 2016 »

9 Sortir du mal-logement c'est possible, page 70/71

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