Le projet néolibéral est un projet anti-social

C'est quoi le modèle néolibéral ? Comment s'est-il construit ? Quel est son objectif ? Aujourd'hui dominant, le décryptage de ce modèle doit se faire sans relâche afin de le contrer.. Privatisation de l'éducation nationale, destruction du droit du travail, marchandisation du social... Un système anti-social des plus violents !

  1.  Le libéralisme

Nous utilisons souvent le terme néolibéralisme à tort et à travers, il est devenu un mot-valise. Mais quelles sont ses particularités ? En quoi est-il différent du libéralisme ? D'ailleurs, c'est quoi le libéralisme classique ?

Il y a plusieurs prismes dans ce modèle. La première est une philosophie sociale qui trouve son origine en 1789 : elle exprime la liberté des consciences et la liberté individuelle. Il y a également une dimension politique : celle de la séparation de l’Église et de l’État, le refus de la monarchie, et donc la mise en place d'une construction démocratique. Son dernier prisme est économique : le libéralisme classique prône la liberté d'entreprise, au laisser faire, à l'auto-régulation du marché du travail et de ce point de vue, une limitation du rôle de l’État dans l'économie. Mais le libéralisme classique va se dissocier en deux parties au début du 20 siècle.

Un économiste du nom de Keynes va changer le rapport au laisse-faire du libéralisme. Pour lui, ce libéralisme classique à fait son temps. Selon lui, l'autorégulation du marché est impossible. Il faut une intervention de l’État pour relancer la demande globale qui serait indispensable pour créer le plein-emploi. Tout comme John Stuart Mill, il considérait que la liberté économique ne devait pas être sur le même niveau que la liberté individuelle et politique. Ces deux personnes, Keynes et Mill sont les précurseurs du nouveau libéralisme. Ce libéralisme qui prétend que le capitalisme génère des dangers trop importants pour ne pas le réguler : chômage, pauvreté, crises... L’État doit devenir l’État Providence pour éradiquer ses problématiques inhérentes au capitalisme. Keynes appelait cela le « socialisme libéral » comme la troisième voie entre le socialisme et le libéralisme. Nous avons donc deux conceptions : d'un coté le libéralisme classique qui prône la non-intervention de l’État dans l'économie. De l'autre le libéralisme Keynésien qui demande un interventionniste de l’État pour réguler le marché.

Pendant les 30 glorieuses, le modèle Keynésien va s'imposer en Europe (bien que ce soit un modèle modéré de Keynes). L’efficacité des politiques ont permis la reconstruction et la modernisation des sociétés. Devant la domination de ce modèle, les libéraux classique ont du redéfinir leur doctrine. C'est à ce moment que nous arrivons au néolibéralisme. Une forme radicalisée du libéralisme classique qui prendra forme dans les années 70/80. Pendant les 30 glorieuses, ce mouvement idéologique (néolibéralisme) a commencé à se bâtir petit à petit dans l'invisibilité. Les 30 glorieuses étant une période violente pour les néo-libéraux, car le partage de la valeur ajoutée entre le travail et le capital resta sensiblement identique. C'est donc après cette période d'euphorie économique que s'impose le néolibéralisme, forme exacerbée du libéralisme classique et anti-Keynesien. Mais l'essence de cette idéologie est tout de même plus vieille...

 

  2.  Le néolibéralisme

Dans les années 1930, Friedrich Von Hayek est un farouche adversaire de Keynes. Il affirme que la moindre forme d'intervention de l’État dans l'économie ne peut être que négatif. Pour lui, les crises connues après les 30 glorieuses proviennent du modèle interventionniste Keynésien. La justice sociale par l'intervention étatique serait un mythe. Une autre personne du nom de Milton Friedman est également un chevalier du laisser faire. Cette non-intervention doit se faire dans toute les activités économiques, notamment grâce aux privatisations, la diminution des assurances chômages, la destruction du salaire minimum et l’affaiblissent du pouvoir syndical. Pire encore, ces deux hommes assimilent le néolibéralisme avec un désir totalitaire. Selon eux, dans certaines exceptions, une dictature s'avère être une solution pour soutenir l’activité économique (Chili, et Brésil). L'Histoire nous apprend que le sauvetage du capitalisme doit se faire avec la mise en place du totalitarisme.

En 1947 se crée le think-thank néo-libéral « La Société du Mont Pèlerin ». Cet organisme de pensée va préparer le renouveau du libéralisme classique face à l'économie Keynésienne, mais aussi face au socialisme et au communiste. Il va également former les prochains grands symboles de l'économie néo-libérale dont 8 ont reçu le prix Nobel d'économie Friedrich Hayek, Maurice Allais, Milton Friedman, George Stigler, James M. Buchanan, Gary Becker et Ronald Coase. Cette idéologie s'imposera dans le monde avec les politiques de Margaret Thatcher, Ronald Reagan et Pompidou pour la France.

 

  3.  Néolibéralisme = Ultralibéralisme ?

Le néolibéralisme n'est pas de l'ultra libéralisme. Ce dernier serait un système où l'état serait totalement débarrassé de toute mission. C'est à dire qu'en cas de faillite des banques, l’État n'investirait pas pour leur sauvetage. Or dans l’état actuel des choses, ce sont les États qui volent à la rescousse des banques. Le néolibéralisme n'est pas un laisser faire de l’État, mais l’État devient un organe de légitimation de l'autorégulation du marché du travail. L’État néolibéral veut privatiser tous les secteurs pour les soumettre à la concurrence et à la performance. Il joue un rôle clé dans le néolibéralisme. Ce n'est pas l’État contre le marché mais l’État pour le développement du marché. Dans le libéralisme classique, l’État est considéré comme un danger, mais dans le néolibéralisme, il devient une aide pour la privatisation ou encore pour voler au secours des banques. C'est un filet de protection. On appelle cela « privatiser les profits et collectiviser les pertes ».

 

  4.  L'idéologie néolibérale

L'idée néolibérale exprime les intérêts des actionnaires, des investisseurs financiers, des industriels, des hommes politiques dont certains se revendiquent de gauche. La loi de la concurrence, de la compétition, et de la rentabilité immédiate impose une destruction méthodique de toute structure de régulation du capitalisme : la sécurité sociale, la fonction publique, le code du travail etc. Les investissements des actionnaires doivent être rentables à court terme et devant cette exigence, les entreprises s'ajustent aux exigences des marchés. Le champ patronal demande de la flexibilité (précarité), de la mobilité (imprévisibilité), de l’employabilité (insécurité). Il y a donc une destruction méthodique du droit et de la sécurité du travail : les CDI, le salaire à la qualification personnelle, la fonction publique sont détricotés dans le but de les voir s’affaiblirent ou bien même disparaître. L'objectif est la mise en place d'une société dit d’employabilité (de précarité) Cette société doit également être intériorisée dés l'enfance ! Privatisation de l'éducation nationale en vue ! Les jeunes élèves doivent être formé à l’esprit d'entreprise et non à l'esprit critique. C'est à dire à un conditionnement idéologique.

Les dynamiques collectives sont écrasées dans l'individuation des carrières, des projets individuels, des évaluations individuelles et régulières, l'hausse des primes en fonction de la compétence individuelle... La concurrence inter-entreprise, les politiques de responsabilisation consistant d'une part à faire porter tout le poids de l'échec sur l’individu, et d’autre part de faire peser les conséquences des comportements de prédation de la classe dominante à l'individu. Il n'est pas victime de la violence des rapports sociaux et de l'exploitation financière en entreprise, mais coupable et le seul responsable de son échec. Aucune influence extérieure n'a crée ses difficultés.

 

  5.  Le vocabulaire néolibéral 

L'instrumentalisation du vocabulaire par la tendance néo-libérale a pour but de faciliter ses politiques et futures politiques. L'esprit ou la culture d'entreprise n'a jamais repris autant de mots positifs ; coopération, loyauté, collaborateurs, liberté... Mais cette liberté est plutôt la liberté économique laissée aux institutions bancaires, la liberté de privatiser les services publics, la liberté de mettre en place une marchandisation du social, la liberté d’instrumentaliser la dette publique ou encore de privatiser l'éducation nationale dans le but d'en faire une pré-entreprise. C'est pourquoi le langage néolibéral constitue une nouvelle novlangue.

 

  6.  Pour terminer

Le modèle néolibéral est aujourd'hui en crise, sa fin semble proche. Mais s'il est remplacé, ce sera par un modèle aussi destructeur qui continuera sa politique anti-social. Certains parlent d'anarcho-capitalisme qui se résume à la destruction totale de l’État, contrairement au néo-libéralisme, qui lui en a besoin. En tous cas, si nous devions retenir une définition simple du néo-libéralisme : c'est un modèle de destruction des structures et des dynamiques collectives, dans le but d'annihiler toutes formes de résistance aux lois des marchés.

 

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