On a tous en nous quelque chose de Johnny

«Johnny a tué mon père» est un roman drôle et touchant qui se dévore sans faim. Après «Je de société» et «Bouddha boudoir», Elsa Lévy confirme son talent à écrire un récit juste assez décalé pour que s'y glisse une grande tendresse envers son personnage, Louise Langlois, jeune adulte de vingt-cinq ans au regard adolescent, et sa famille, secouée par le deuil.

Levy, Elsa. JOHNNY A TUÉ MON PÈRE (French Edition) . Édition du Kindle. © © Déborah Révy Levy, Elsa. JOHNNY A TUÉ MON PÈRE (French Edition) . Édition du Kindle. © © Déborah Révy

Lorsque Louise observe son père faire ses lacets dans son costume bleu de soie, et puis lui dire au revoir, elle ne pense qu’à une chose : attraper à temps son train pour Paris et arriver  à l’heure pour ouvrir la librairie de la rue Lepic, où son sympathique et ivrogne de patron la rejoindra plus tard. Mais quelque chose s’est déréglé ce jour-là : déjà, Johnny vient de mourir, ensuite Lionel arrive très tôt avec les bras chargés de biographies à vendre, et puis un sms de sa mère lui apprend qu’elle accompagne son père chez le médecin. 

 

Au fil des pages, nous partageons l’irruption du déchirement dans l’histoire de Louise. Ses souvenirs s’accrochent au fil de la vie de Johnny qui défile en continu sur les écrans. Son intime sentiment d’étrangère, à elle-même, à la vie qui se déroule comme dans un film de série B, s’interpose entre le réel du deuil et son intrinsèque impossibilité. 

Bernard Langlois, son proviseur de père, rockeur dans l’âme, changeait tous les trois ans de lycée comme de pays, sans consulter sa femme ni sa fille. Il a fait de Louise une apatride, étrangère au regard sombre, sous son sombrero, rebelle, fille de Bashung et de Camus. 

 

Il y a quelque chose d’un clown punk dans ce texte d’Elsa Lévy qui n’hésite pas à écrire dès les premières pages : « À ce moment précis de la cérémonie, toujours figée derrière ce vieux pupitre, mon père à ma gauche coincé entre quatre planches et le prêtre sur ressorts à ma droite, je savais qu’il n’était plus question de drame, mais de miracle. »  

Son oeil en alerte épingle le comique surgit des pires moments de la vie et d’une magnifique inversion transgressive les retourne comme on ôte élégamment un gant en une lucide rédemption.

 

Pas de place pour d’hypocrites lecteurs. Chochottes des sentiments et puritains de la langue, passez votre chemin, le livre sort en auto-édition et n’a pas bénéficié de la sagacité de sept correcteurs différents, vous y trouverez chemin faisant trois coquilles et un crustacé, qui n’ôtent rien au sel des pages. 

Il était prévu qu’il sorte dans une grande maison d’édition mais à la lecture du contrat il n’a pas été possible de discuter de certaines clauses très abusives. Le confinement est arrivé là-dessus et Elsa Lévy a décidé de lui donner le jour par elle-même. Le roman coûte moins que deux ou trois baguettes de pain, ce qui n’est pas rien pour qui vit de plume et de scène.

Mais tout ceci Elsa Lévy vous le dira bien mieux par elle-même sur son site :

http://www.elsa-levy.com/johnny-a-tue-mon-pere

 

PROLONGEMENTS 

https://www.babelio.com/livres/Levy-Johnny-a-tue-mon-pere/1217595

https://simplement.pro/c/5002

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