Le soulèvement de l'homme ordinaire

Le dernier livre d’Éric Vuillard est le bienvenu car il fait assurément écho à notre actualité. « La guerre des pauvres » semble rendre aujourd’hui justice et dignité aux perdants de tous les temps, aux victimes immémoriales de violences inouïes et toujours recommencées.

Il est question dans ces quelques dizaines de pages de l’Europe du XVIe siècle, une Europe ébranlée par le message de la Réforme protestante. Le Saint Empire germanique est le théâtre d’une surrection populaire, d’un soulèvement puissant contre un impôt insupportable. Aussi, l’auteur met ses pas dans ceux de l’incandescent Thomas Müntzer prônant la révolution des humbles et l’établissant d’une religion sociale contre les princes. En racontant cette révolte de 1525 et en l’inscrivant dans un mouvement plus vaste, il a choisi de l’exposer à nos propres préoccupations, à nos propres désirs. Avec « 14 juillet », « L’ordre du jour » (prix Goncourt 2017) et aujourd’hui « La guerre des pauvres », c’est du coup toute une littérature, adossée aux mouvements émancipateurs, qui fait trace de l’histoire collective des luttes contre la domination et les inégalités.

Le texte lyrique, subversif est court et incisif. L’écriture extrêmement précise, inventive est une force agissante qui permet de revivre les évènements victorieux ou défaits qui ont accouché du progrès social. Les phrases d’une superbe brièveté ont une indéniable assurance, elles rendent ainsi inévidentes nos évidences les plus quotidiennes : la violence émancipatrice est parfois légitime ! Eric Vuillard se laisse emporter par le courant d’aujourd’hui, il se laisse embarquer par le mouvement général où s’affirme l’égalité profonde, nécessaire entre les hommes. Et il est aussi un incorrigible optimiste puisqu’il clos son fort beau texte par cette phrase : « Le martyre est un piège pour ceux que l’on opprime, seule est souhaitable la victoire. Je la raconterai. »

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