Un jour, un livre - L'Europe buissonnière d'Antoine Blondin

Queneau ou Aymé (il ne sait plus) avait reproché à Blondin d’avoir eu la main et le calembour lourds dans son premier roman, L’Europe buissonnière.

Queneau ou Aymé (il ne sait plus) avait reproché à Blondin d’avoir eu la main et le calembour lourds dans son premier roman, L’Europe buissonnière.

Stabiloter. Le lecteur répugne à cette pratique et il ne s’y livra jamais durant ses études à l’université. Mais, là, il ose. Une occasion a fait le larron. Il a stabiloté. Là, roses, de page en page, quelques formules de Blondin illuminées. Comme un fil rose pour tenir le lecteur en haleine dans les quasi 500 pages qui composent le livre. C’est long, 500 pages. Alors on regarde par la fenêtre et on stabilote le paysage des yeux.

Ces mots roses prouvent que la lecture du livre n’est pas triste.

L’auteur d’un Singe en hiver disait que l’homme descendait du songe (l’homme Blondin descendait autre chose, on y reviendra). L’auteur mérite donc de voir un de ses livres stabiloté, en hommage à ses choses en rose qui viennent dans le sommeil. C’est  aussi une allusion au rosé bien frais et aux nombreux zincs qu’Antoine écuma, blanc ou rouge. C’est enfin un rose emmaillotant sa prose, comme si elle avait gagné le Tour d’Italigne.

C’est donc dans l’épais buisson de L’Europe buissonière que le lecteur se prend d’un rose buissonnier. Il surligne tout groupe de mots qui ressemble au signalement d’un calembour. Le lecteur, sensible aux mêmes gourmandises que l’auteur, n’a pas besoin d’aide.

Il se met en stabilote automatique.

Il compte sur un feutre qui ne meurt pas, un peu parisien (Paris est une blonde, hein !) au sens où il fluote et ne coule pas. Quand il débusque une jolie formule, il est tout fier d’annoncer « C’est moi qui surligne ».

Et à chaque fois qu’il l’ouvre, c’est comme une pièce de musée, une victoire de sa rose trace.

Pour autant, ce rose et ce fluo n’empêchent pas le lecteur de se renseigner sur la face noire, le côté filou de Blondin. On en prend, on en laisse, On Antoine pas tout. Le lecteur a le stabilo critique. Les faiblesses de l’homme existent : elles se font jour dans des entretiens, question de choix, question d’époque.

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Malgré tout, ce que l’écrivain a laissé n’a rien d’une daube au doigt de rose. Il y a du rire homérique dans l’épopée verbale de Blondin.

« Les heures passaient. On passa l’Eure. On apprit que le front se dégarnissait près d’Etampes. »

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