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Le Club de Mediapart lun. 8 févr. 2016 8/2/2016 Édition de la mi-journée

Immigration : "Dis-moi ce que tu possèdes, je te dirai où tu peux aller"

Lors du grand débat de l’entre-deux tours, mercredi 2 mai 2012, les deux candidats à la Présidentielle se sont affrontés (Voir ici Francetv.fr). Au cœur des échanges notamment, les politiques d'immigration défendues par Nicolas Sarkozy (UMP) et François Hollande (PS), et la polémique autour de la lettre adressée par ce dernier à l’association France Terre d’Asile (Lire ici 24heuresactu.com).

Le sujet est lancé : doit-on ou non fermer les centres de rétention administrative (CRA) ? Y sont enfermés les étrangers auxquels l'administration ne reconnaît pas le droit de séjourner sur le territoire français, juste avant de procéder à leur éloignement forcé (En savoir plus ici). Quid des enfants présents dans ces "purgatoires de l‘État" où les migrants restent dans l‘attente d‘une régularisation ou d‘une expulsion ? Question sensible pour cette Présidentielle sur le fil.  

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Si l’immigration était loin d’être la première préoccupation des Français - la neuvième plus exactement (Lire ici LeParisien.fr), elle a pourtant rythmé la fin de mandat du président sortant et de son ministère de l’Intérieur, aux idées peu nuancées. De mesures en circulaires, les migrants - étudiants, travailleurs, demandeurs d’asile - ont été désignés comme les parias d’une France en mauvais état (Lire ici et ici nos articles). Un nouveau président de la République à la tête du pays, la France redeviendra-t-elle, comme elle s'est longtemps enorgueillie de l'être, une terre d'accueil ?

Pas sûr. En effet, la réponse de François Hollande aura effrayé quelques militants de gauche : sa volonté n’est pas de fermer les centres de rétention, ni d’en extraire les enfants - et leurs familles pour les assigner à résidence comme effectué parfois lors de l’engorgement des services - mais de créer des centres spéciaux d’enfermement pour les familles. Dès le lendemain de son intervention, il devra d'ailleurs justifier ses propos, répétant qu'aucun centre ne serait fermé ; au contraire, certains seront "modernisés" (Lire ici LeJDD.fr).

Des propos qui hérissent au plus haut point Patrick Peugeot, président national du Comité inter mouvements auprès des évacués (Cimade), venu donner une conférence à Dijon (21), samedi 5 mai 2012. "Dans ces endroits, tout ressemble à la prison : les bruits incessants de clés, les haut-parleurs qui hurlent des ordres, les cris de personnes qu’on embarque contre leur gré. C’est un lieu d’enfermement. Et selon les conventions internationales, un enfant ne doit pas être présent dans ce type de milieu. La France viole des lois internationales !" Il le croit profondément : "La France a été et restera une terre d’asile malgré les infléchissements"...

Nouveau président, nouvelle politique migratoire ?

"J’en ai une idée très précise", avance le président de la Cimade. "Nous avons anticipé la Présidentielle et présenté nos revendications à tous les candidats. Sept nous ont répondu." (Lire ici). Concernant le nouveau président de la République, François Hollande...  Il évoque ses différentes proposition dans une lettre, où il affirme notamment que "nous avons à changer notre regard sur l’immigration et les migrants." Le président du changement veut justement changer de discours, de rhétorique, et combattre "les amalgames et les outrances confondant question migratoire et situation des étrangers dans notre pays, immigration et identité nationale, voire immigration et délinquance".

Il dénonce la précarité croissante chez les migrants qu’ont favorisé les dix dernières années de législation. Il qualifie également de "dégradante" la logique de l’immigration choisie ou subie. Bref, il annonce un changement de cap dans la perception de l’immigration. Parmi les mesures qu’il serait susceptible de prendre, l'assouplissement du système administratif, qui deviendrait moins rigide et plus respectueux : "Je donnerai rapidement des consignes pour améliorer le traitement et l’accueil des étrangers dans les préfectures, qui ne sont souvent pas dignes d’un pays comme le nôtre". Il souhaite également impulser une politique européenne de l’asile.

Le président Hollande souhaite assurer et consolider le droit à une vie familiale normale, "un droit protégé par les conventions internationales" ; stabiliser le séjour des migrants en créant un titre de séjour de plusieurs années "intermédiaire entre le titre d‘un an et la carte de résident"; revenir sur les circulaires de Claude Guéant, "qui ont porté si gravement tort à l’image de la France", notamment celles appliquées aux étudiants diplômés souhaitant effectuer en France une première expérience professionnelle (Lire ici et ici nos articles). Son objectif ? Faire en sorte globalement que "la rétention devienne l’exception et non un instrument banal de procédure".

François Hollande promet de respecter enfin la Convention internationale des droits de l’enfant en interdisant leur présence - et donc des familles avec enfants - "au profit d’alternatives telles que l’assignation à résidence" dès le 6 mai 2012 dans les centres de rétention. Quant au vote des étrangers, il y est favorable dans le cadre des règles européennes : "Les étrangers résidant en France depuis 5 ans auront le droit de voter et d‘éligibilité (hors maire et adjoint) aux élections municipales" (Lire ici notre article).

Ne changeront en aucun cas : 1. le principe et la pratique de la reconduite dans leur pays des étrangers sans titre de séjour -  "La responsabilité m’oblige à dire cela", a précisé François Hollande. 2. L’existence des centres de rétention - soit l’emprisonnement administratif pour problème de régularité des étrangers sur le territoire. 3. Le non-retour à une carte de séjour de dix ans - ce sera moins.

L'Europe protège ses frontières... mais pas les réfugiés

Par les temps qui courent, mieux vaut être mobile. L’Espagne en crise voit fuir sa jeune force de travail vers le reste de l’Europe mais aussi du côté de l’Amérique latine (Lire ici sur Le Courrier.es). Les diplômés français ou allemands ne sont pas en reste, à la recherche d’un salaire plus décent, à la recherche d’un poste qui corresponde à leur qualification. Ce sont des migrants économiques, un peu comme ceux que nous recevons chaque année en France (Lire ici et ici nos articles).

Or la Cimade constate que moins le migrant a d’argent, moins il a de droit de mobilité : "Dis-moi ce que tu possèdes, je te dirai jusqu’où tu peux aller", résume simplement Patrick Peugeot. Un procédé qui s’explique dans les consulats français par un nombre de visa parfois très limités pour la destination France, et qui prête à un certain jeu de corruption ou de favoritisme. Ce sont aussi des conditions d’installation dans les pays qui nécessitent une assise financière importante (cartes de séjour et renouvellements payants, soir environ 100€, devoir de trouver un logement et donc de pouvoir apporter des garanties suffisantes, etc.), très difficiles d’accès pour les migrants dont la monnaie d'origine n’est pas aussi forte que l’euro (Lire ici).

Dans un même temps, la mobilité devient une nécessité lorsque les ressortissants d’un pays ne peuvent plus trouver fondamentalement chez eux les conditions favorables à une vie stable. Suite à des dérèglements climatiques ou à une impossibilité à subvenir à leurs besoins, suite à un changement de pouvoir, un conflit, suite à des maltraitances.  Ils sont les réfugiés climatiques et politiques, à l"image des Somaliens et Erythréens arrivés sur Dijon fin 2011 (Lire ici et ici nos articles). Comme un système de vases communicants, les pays voisins stabilisés accueillent leurs voisins le temps de la crise, et puis parfois les situations s’inversent. C’est le cas dans les échanges Sud-Sud, comme entre l'Éthiopie et la Somalie. 

Sauf que l’Europe ne joue pas toujours le jeu. En témoigne son dispositif policier massif assez méconnu, l’agence Frontex, qui impose des frontières aux migrants jusqu’au Sahara, entre le Mali et la Mauritanie par exemple. Le but ? Empêcher les voyageurs illégaux de franchir les lignes rouges. Ces polices patrouillent également le long des côtes méditerranéennes. Elles ont d’ailleurs été inculpées devant les tribunaux pour avoir laissé des embarcations de migrants couler au large de l’Italie (Lire ici PressEurop.eu et ici Journal.alternatives.ca).

Tandis que la France veut renforcer le pouvoir d'action de Frontex (Lire ici NouvelObs.com), la Cimade dénombre au total près de 20.000 migrants morts en dix ans dans la Méditerranée. "Toutes les données de Frontex sont transparentes, sauf le nombre de morts que l'agence occasionne". Pour éviter les dommages collatéraux graves, l’association demande ce droit à la mobilité pour tous. Les riches mais surtout les pauvres, qui en sont privés. Et de dénoncer ces inégalités face au droit de circuler. 

L’hospitalité n’est pas l’aide ou la charité !

Cette notion d’hospitalité que veut développer la Cimade existe depuis la nuit des temps, si bien que l’association cite même la Bible (ndlr : A l'origine, la Cimade avait une vocation religieuse ; aujourd'hui, elle se présente comme un service œcuménique d’entraide), et fait référence à l'Ancien Testament et plus exactement au Lévitique, dans lequel Dieu commande à Moïse : "Quand un étranger viendra s’installer dans votre pays, ne l’exploitez pas ; au contraire, traitez-le comme s’il était l’un de vos compatriotes : vous devez l’aimer comme vous-mêmes. Rappelez-vous que vous avez aussi été des étrangers en Égypte". Et l’association de rappeler :  "Tout le monde vient d’ailleurs. Tout le monde va ailleurs, c‘est pourquoi l‘étranger aujourd’hui, tout comme celui d‘hier ou d‘avant-hier, est aussi chez lui ici."

"Plus se développe la prospérité d‘un pays, plus régresse en général la conscience de son devoir d’hospitalité envers l’autre", constate le président de la Cimade. Cinquième puissance mondiale, la France est-elle vraiment hospitalière ? Oui et non. Oui parce que d’une manière générale, elle a toujours été - au moins jusque dans les années 1970 - une terre d’accueil. "Nous devons notre prospérité au volume considérable de migrants que la France accueille depuis des siècles", rappelle Patrick Peugeot.

Non parce qu’elle s’astreint depuis quelques années à des "objectifs chiffrés" aux guichets des administrations, qui ne prennent guère en compte les réalités humaines (Lire ici NouvelObs.com). Non parce qu’elle accueille les migrants à coup de Frontex via l‘Europe : "C'est l'image la plus affreuse de l'Europe : se mettre ensemble pour réaliser ce type d'action. L'histoire a montré qu'elle était coûteuse mais inefficace", critique le président de la Cimade. Non parce qu’elle accorde plus de crédits à la défense du territoire vis-à-vis des migrants illégaux qu’à l’aide au pays en difficulté (50 millions d'euros contre 20 millions d'euros). Non enfin, parce qu’elle distingue, via le principe d'immigration choisie, des catégories d’immigrés souhaitables et d'autres non-souhaitables (Lire ici Afrik.com).

Cela-dit, le cap pourrait bien changer avec un nouveau président qui déclare en fin de lettre : "Je serai un président exemplaire dans ses paroles sur l'immigration. Je valoriserai ses apports, je me garderai de tout raccourci et de toute stigmatisation. Je veillerai à ce que chaque migrant, quelle que soit sa situation soit traité avec dignité, dans le respect de ses droits fondamentaux. Il s'agit là d'un principe républicain. J'y suis profondément attaché." Ce qu'il faudra démontrer.

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