Rythme scolaire : la grande remise en question

9648-scholaire-1.jpg
Avec 144 jours de classe contre 185 à 190 dans les autres pays européens, la scolarité française avait sans doute besoin d'un petit coup de neuf. Ce sera sans doute chose faite d'ici la rentrée 2013 selon les conclusions du Comité de pilotage sur les rythmes scolaires mis en place lundi 07 juin 2010 par le ministre de l'Éducation nationale, Luc Chatel, qui doit rendre son avis en mai 2011. Le retour de la semaine à cinq jours ? Des grandes vacances raccourcies ? Du sport tous les après-midi ? Toutes les pistes seront étudiées. Qu'en pensent les professeurs et les parents d'éléves, écartés du comité de pilotage ? Éléments de réponse...

 

Trop d'heures au compteur...


"Le rythme scolaire a toujours été un sujet de discussion. Rien qu'en Bourgogne, nous avons 25 cm d'archives sur le sujet", explique Odile Guérin, présidente de région de l'association des parents d’élèves de l’enseignement public, qui relève "qu'en maternelle, les enfants ont la même journée que ceux en classe de CM2 !". Tous ceux qui se penchent sur la question s'accordent à dire que les journées des élèves français sont trop chargées. Et notamment le chronobiologiste Yvan Touitou, membre du comité de pilotage, qui recommande "quatre à six heures de travail par jour selon l'âge de l'élève" dans un rapport ("Aménagement du temps scolaire et santé de l’enfant") qu'il a coécrit pour l'Académie de médecine.

 

... Mais pas assez de jours d'école ?


Le programme scolaire n'est pourtant pas prévu de s'alléger, au grand dam de Virginie Bornot, directrice de l'école primaire Sainte Ursule à Dijon : "Nous vivons dans une société qui privilégie les élèves qui apprennent vite ; les autres ayant besoin de plus de temps sont laissés de côté car le temps justement, tout le monde court après tellement nos programmes sont chargés. On apprend les notions et on évalue tout de suite derrière. Et l'on rassure tout le monde en faisant du soutien scolaire le soir...". Des programmes exécutés au pas de charge, voilà la réalité du terrain. Pour y remédier, Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne et membre du comité de pilotage, préconise dans un rapport publié en avril 2010 ("Vaincre l'échec à l'école primaire") "des semaines de travail réparties sur cinq jours". Actuellement et depuis deux ans, 98% des écoles françaises travaillent quatre jours par semaine.


Pour François Riotte, président de la Fédération des conseils de parents d'élèves des écoles publiques (FCPE) en Côte-d'Or, il s'agit de ne pas casser le rythme de l'enfant : "Ils reviennent fatigués de leur week-end car ils vivent de la même manière que les adultes, en se couchant plus tard. Lorsqu'il n'y a pas école le mercredi, les parents les laissent veiller plus tard également le mardi. Du coup, ils sont également fatigués le jeudi généralement".


Après avoir testé toutes les modalités de semaine, Virginie Bornot penche également pour la semaine à cinq jours avec école le mercredi matin. Mais Odile Guérin, elle, met en avant la pause familiale du mercredi et parle "de moments riches au niveau affectif". De plus, ayant assisté à une réunion du comité de pilotage départemental sur le rythme scolaire, elle rapporte les paroles de l'adjointe déléguée à la réussite éducative, Anne Dillenseger, qui aurait affirmé que l'école le mercredi matin coûterait à la Ville 30.000 euros de frais journaliers en plus.

 

Trop de vacances...


La réduction des vacances d'été de deux semaines sera également examinée par le comité de pilotage national. Une majorité de Français (58 %) y serait d'ailleurs favorable, selon un sondage LH2 publié par Metro. "Dans ce cas, pour alterner sept semaines de cours et deux semaines d'école comme le préconisent tous les chronobiologistes, il faudra instaurer une période de repos au mois de mai et des vacances plus longues à la Toussaint", affirme François Riotte.


"Selon certaines études, les enfants travailleraient mieux au printemps ou en été", avance Odile Guérin. Les enseignements catholiques ont pour leur part longtemps institué des vacances d'été raccourcies (du 8 juillet au 24 août environ), exerçant la semaine à quatre jours avant l'heure comme l'explique la directrice de l'école Sainte Ursule : "Depuis que cela est devenu la règle pour tous, nos vacances sont comme celles des autres écoles. Mais pour l'avoir testé, je peux dire que cela était suffisant, qu'il y avait un bon délié. Nous avions simplement le souci des élèves un peu trop fatigués en rentrant de leurs vacances de Toussaint raccourcies à sept jours au lieu de dix".


... Et pas assez de sport


Selon le sondage LH2/Métro toujours, 71% des Français approuvent l'idée d'organiser les journées d'école avec cours le matin et sport l'après-midi. Une circulairede la direction générale de l'enseignement scolaire sur le sport évoque d'ailleurs la question des rythmes au collège : "Les expériences d'aménagement du temps scolaire permettant de dégager quotidiennement d'importantes plages de pratique sportive devront être développées". Autrement dit, il s'agirait de s'inspirer du modèle allemand avec école le matin et sport l'après-midi...


"Nous apprenons déjà aux élèves les notions et les matières les plus difficiles le matin, relève Virginie Bornot. Mais si c'est pour jouer à la balle aux prisonniers l'après-midi, ce n'est pas la peine. Alors que si c'est pour faire découvrir plusieurs activités sportives aux enfants, c'est intéressant. Il ne faudrait pourtant pas s'arrêter aux sports mais se pencher sur toutes les activités ludiques comme les arts plastiques, le chant...". Et tous de demander comment un tel dispositif pourrait s'appliquer.

 

Trop d'économistes et pas assez de parents d'élèves...


A l'occasion de la conférence donnée lundi 07 juin 2010, Luc Chatel a parlé "réconcilier le temps de l'école, des familles et de la société". Positionner le débat ainsi dérange ceux pour qui l'enfant doit rester au cœur des préoccupations. Et certains de dénoncer d'ores et déjà la composition du comité de pilotage dont les parents d'élèves et les enseignants ont été écartés et qui seront simplement audités : co-présidé par Christian Forestier, administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers, et Odile Quintin de la Commission européenne, le groupe de dix-huit personnalités comprend entre autres Roger Bambuck, ex-secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports, Eric Debarbieux de l'Observatoire international de la violence à l'école, et Georges Fotinos, professeur en psychologie.


Mais il n'a pas échappé aux parents d'élèves la présence d'un représentant du monde du tourisme, Christian Mantei (Atout France), et un des transports, Claude Solard (SNCF) : "Les gens n'ont lieu d'avoir plus d'importance que les parents d'élèves !", affime François Riotte. Odile Guérin d'ajouter : "Les acteurs économiques étant invités à prendre part au comité, ce sont les priorités financières qui risquent de prendre le pas sur l'enfant".

 

Le comité devra rendre un premier rapport d'étape en janvier 2011. Enfin, un rapport d'orientation sera remis à la mi-mai 2011, date à laquelle le ministre présentera les pistes retenues.

 

dijon-bourgogne-sur-dijonscope.jpg

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.