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Billet de blog 15 mai 2010

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Marche des Sans-papiers à Dijon : contre "l'esclavage moderne, le néocolonialisme"

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Ils sont 84 travailleurs sans-papiers à être partis à pied de Paris le 1er mai 2010, direction Nice et le sommet France-Afrique les 31 mai et 1er juin prochains. Leur but : rencontrer les chefs d'État africains et français pour demander la régularisation de tous les sans papiers, l'arrêt des expulsions, la fermeture des centres de rétention et l'ouverture des frontières pour la libre circulation des personnes. Une vingtaine d'étapes jalonnent cette marche. Après Joigny et Auxerre les 05 et 06 mai, Dijon était la septième ville-étape, vendredi 07 mai. DijOnscOpe était sur place pour rencontrer ceux qui ont osé sortir de l'ombre...

"Un accueil chaleureux"


Tambours, sifflets, danses et chants ont rythmé le cortège des sans-papiers jusqu'au point de ralliement de Dijon, place de la Libération à 17 heures. Les quarante kilomètres de marche effectués à pied chaque jour n'ont visiblement pas entamé la fougue et la détermination de ces sans-papiers. Colette Popard, adjointe au maire de Dijon, était venue les accueillir et les soutenir : "Nous sommes de tout cœur avec ce que vous faites. Nous nous battons tous les jours : localement, nationalement et je ne désespère pas que pour les prochaines élections, les choses changent pour qu’enfin dans ce pays, nous puissions retrouver la fraternité et l’égalité que nous avons".


En réponse, tous les sans-papiers présents ont souligné l'accueil chaleureux qui leur a été fait dans la région : "Nous n'avons pas de mots assez forts pour qualifier l'accueil que nous avons eu en Bourgogne". Et d'ajouter : "Nous avons compris que les Français ne sont pas anti-immigrés, qu'ils ne sont pas racistes. La majorité d’entre eux sont pour la régularisation des sans-papiers."

En route vers le sommet France-Afrique


Sissoko Anzoumane, porte parole du ministère de la Régularisation de tous les sans-papiers (MRTSP), précise que tous les continents sont représentés au ministère qui compte 25 nationalités différentes. Sur 3000 occupants, une centaine de personnes ont été sélectionnées pour effectuer cette marche à forte valeur symbolique de part son tracé : Paris-Nice. En effet, le 1er juin est le jour du 50ème anniversaire de l’indépendance des pays africains. Un sommet France Afrique aura donc lieu ce jour-là à Nice, où 67 chefs d’Etat sont attendus.


Symbolique d'un côté mais revendicatif de l'autre : "Ces chefs d’Etat africains collaborent avec la France pour expulser des sans-papiers et en faire venir de nouveaux alors que certains vivent ici depuis dix ou quinze ans et qu’ils ont des emplois !". Raison invoquée : "Il s’agit d’appliquer la politique de Nicolas Sarkozy, c'est-à-dire une politique d’immigration choisie". Le MRTSP affirme qu'une autre solution est possible : régulariser les personnes qui travaillent, cotisent, payent des impôts..."Il n’y a pas de raison pour que ces pays collaborent avec le président français". C’est la raison pour laquelle, au terme de leur périple, les sans-papiers interpelleront directement les chefs d'États à Nice. Pour Sissoko, pas de doute, "le néocolonialisme continue" "pillage et esclavage se perpétuent", avec le travail au noir et l’exploitation des travailleurs immigrés en France.

Sensibiliser l'opinion publique


Véronique Martin, membre du Réseau éducation sans frontières de Côte-d'Or (RESF 21) qui a porté l’accueil de cette marche, estime que le sort des sans-papiers en France se situe au-delà de l'injustice, un mot qu'elle juge bien trop faible pour désigner une situation inacceptable et inexcusable. Quant aux conséquences d'une telle manifestation au niveau politique, Véronique Martin n'a guère d'espoir. Qualifiant le gouvernement actuel de "raciste", elle avoue "ne plus se faire trop d'illusions" à propos du ministre de l'Immigration, Éric Besson, du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, et des autres membres du gouvernement.


"Cependant, cette marche aux allures de lutte médiatique peut faire bouger les choses, permettre une prise de conscience dans l'opinion publique : il s'agit de montrer aux Français des personnes que l’on ne voit pas et qui vivent dans la clandestinité. Ces sans-papiers, qui osent pour une fois se montrer, travaillent et cotisent chez nous. Ils apportent une richesse à notre pays, d’abord économique et au delà, une richesse culturelle. Pour certains, ils sont installés en France depuis plusieurs années et il n’y aucune raison pour qu’on ne les régularise pas". Pour ceux qui sont installés, intégrés et qui connaissent la langue française, elle dénonce l'absurdité d'un système : "Tous ces sans-papiers qui travaillent au noir et clandestinement, hélas, c’est autant de cotisations qui ne rentrent pas, c’est donc une richesse que l’on perd".

"Une pantalonnade"


La marche des sans-papiers s'est jusqu'à présent déroulée sans heurts : "Même si les régularisations se font attendre, nous sommes respectés par les autorités, le ministère, les préfectures". Toutefois, c'était sans compter sur la réaction hostile du préfet de Lyonne, Pascal Lelarge, qui a qualifié cette marche de "pantalonnade", lors de son passage le jeudi 06 mai à Auxerre. Avertissant l'opinion à propos "de ces gens qui cautionnent un mouvement dont l’objectif est de créer une confusion dans les esprits", Sissoko avoue ne pas comprendre la réaction du préfet qui selon lui "se décrédibilise auprès de son ministre de tutelle, Éric Besson, qui a accepté cette marche. Si un préfet nous critique, il critique au final Éric Besson."


On notera les prochaines grandes dates du trajet : Lyon le 12 mai, Avignon le 22 mai mais aussi Marseille le 26 mai, avant la dernière étape à Nice, les 31 mai et 1er juin, pour le sommet France-Afrique. En attendant leur rencontre avec les chefs d'État africains et les autorités françaises, Sissoko et son collectif de sans-papiers gardent espoir : "On nous demande de parler la langue, de s’intégrer. Nous ajoutons une autre couche à notre CV : par le biais de cette marche, nous allons connaître la France de bout en bout. On ne peut plus nous reprocher quoi que ce soit. Nous connaissons ce pays, sa culture... la régularisation sera au bout je crois !".

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