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Billet de blog 27 octobre 2010

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Les filles bientôt plus violentes que les garçons?

D'après les chiffres de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), les actes de délinquance chez les filles mineures seraient en forte augmentation depuis cinq ans. Multiplication de règlements de comptes, vol, vandalisme : les jeunes filles prendraient-elles le pli des garçons ?

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D'après les chiffres de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), les actes de délinquance chez les filles mineures seraient en forte augmentation depuis cinq ans. Multiplication de règlements de comptes, vol, vandalisme : les jeunes filles prendraient-elles le pli des garçons ? Quoi qu'il en soit, les chiffres de cette étude publiée le 5 octobre 2010 suscitent bien des questions. Sont-ils véritablement le reflet de la réalité ou juste un indice menant vers d'autres problèmes de société ? Éléments de réponses avec Christophe Soullez, l'un des trois auteurs de l'étude...

Vers une égalité garçons/filles en matière de délinquance?
"Ce n'est pas la première fois qu'une étude est réalisée sur ce sujet", explique en préambule Christophe Soullez, chef du département de l'ONDRP, qui a notamment pour mission de recueillir les données statistiques relatives à la délinquance auprès de tous les départements ministériels et les organismes publics ou privés. "Les chiffres de notre étude viennent confirmer une tendance à la forte augmentation de la délinquance des jeunes filles mineures depuis trois ou quatre ans ; ce qui n'est pas tellement une surprise. En revanche, ce qui paraît plus surprenant est que jusqu'à aujourd'hui, les filles étaient nettement moins concernées que les garçons par le recours à la violence."
Comparativement aux hommes, les femmes sont très peu mises en cause dans les "crimes et délits non routiers" [ndlr : non punis de peine de prison], auxquels s'attache cette étude. En effet, d'après l'étude de l'ONDRP, seules 2,8% des personnes mises en causes en 2009 pour des crimes et délits non routiers sont des femmes mais parmi les mineurs, "leur nombre correspond à une proportion de 15,5%". Autre trait marquant de cette étude : Christophe Soullez et ses collègues relèvent également que "de 1996 à 2009 et hors 2004/2005, la variation annuelle de filles mises en cause a toujours été supérieure à celle des garçons, avec pour certaines années, des écarts de près du double...".


"Plus 80% de filles mises en cause pour violences et menaces"
Il ressort du rapport de l'ONDRP que les mineures sont surtout mises en cause pour des atteintes aux biens (54,9% des mises en causes en 2009). Cependant l'étude en question souligne aussi une hausse de plus de 80% sur cinq ans du nombre de filles mises en cause pour violences et menaces ainsi qu'un doublement du nombre de filles mises en cause pour violences physiques entre 2004 et 2009. A ce sujet, Christophe Soullez constate qu'en la matière, "le comportement des filles se rapproche de plus en plus de celui des garçons. Les filles sont ainsi devenues perméables à la banalisation de la violence dans la société et comme moyen de règlement les conflits".
Préférant rester très prudent dans l'explication de ces chiffres, le criminologue évoque seulement le besoin qu'auraient les filles de s'affirmer face aux garçons, en imitant leurs comportements. L'augmentation de la délinquance chez les filles pourrait également être interprétée, d'après lui, comme un "besoin de s'exprimer". Quoi qu'il en soit, d'après ce rapport, un mineur sur dix mis en cause dans les vols avec violence serait désormais une fille tandis que 25% des vols violents sans arme contre des femmes sur la voie publique et les lieux publics seraient le fait des filles.


"Mais attention aux chiffres..."
Face à ce constat qui peut surprendre, Christophe Soullez insiste particulièrement sur le grand contraste le plus important que révèle cette étude. "D'un côté, nous constatons que le nombre de filles mises en cause dans des faits de délinquance reste extrêmement faible par rapport à celui des garçons et il ne faut pas perdre cette donnée de vue ; d'un autre côté, les chiffres concernant la délinquance féminine sont en nette augmentation." Mais là encore, il faut rester prudent car les chiffres de l'étude ne concernent que les personnes qui se trouvent mises en cause par la police ou la gendarmerie.
Dans la pratique, "toutes les personnes qui commettent des actes de délinquance et qui échappent aux services de police et de gendarmerie ne sont donc pas comptabilisées. Et cela fait beaucoup de monde mais nous ne savons pas du tout de qui il s'agit", reconnaît le criminologue. La pertinence de ces chiffres suscite donc le débat. De l'avis du sociologue Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS, qui a réagi à la publication du rapport de l'ONDRP sur Rue89.com, "cette statistique de police n'est pas un sondage permanent sur l'état réel de la délinquance en France, mais un enregistrement des procès-verbaux dressés par les fonctionnaires." (Lire l'article ici).

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