« Apprends à avoir envie de vivre avant d'avoir peur de mourir »

Une simple rencontre peut parfois nous changer à jamais. Un face-à-face entre un mineur isolé et une éducatrice spécialisée dont cette dernière sera bouleversée à jamais.

Un billet certes court mais dont la profondeur d'esprit atteint des sommets. Je voudrais vous raconter une rencontre d'une collègue de travail (Laura), au sein d'une Maison d'Enfant à Caractère Social accueillant des mineurs isolés. Ce tête-à-tête que je vais vous présenter entre un jeune homme de 14 ans plein de maturité et une éducatrice est poignant, au point de vouloir de partager avec vous aujourd'hui.

Par souci d'anonymat, je l’appellerai Imad. C'est un adolescent de 14 ans venu d’Égypte, un petit dur à cuir, un « gamin de rue » comme on dit en Égypte. Il est doté d'une intelligence qui vous laisse sur place, d'une vision philosophique de l’existence humaine étonnante basée sur son expérience personnelle. Sa lucidité a mis en lumière des questions existentielles et essentielles sur le pourquoi nous devons vivre, transcendant son français approximatif. Voici cette petite histoire :

En fin de conversation on a parlé de la mort et Imad m'a dit :

- « Tu as peur de la mort Laura ? »

Je lui ai répondu comme à un adulte car il en avait tout l'air, loin de l'image d'un simple l'adolescent. - « Oui j'ai peur de la mort ». Et il m'a ensuite demandé :

- « Mais pourquoi ? »

- Je lui ai répondu : « Je ne sais pas ce qu'il y a après la mort, et je ne veux pas quitter les gens que j'aime ». Puis il m'a rétorqué :

- « Laura, n'aie pas peur pour les gens qui t'aiment car ils t'aimeront toujours non ? Alors n'aie pas peur. Vous (occidentaux) dans votre confort d'européens, vous avez peur de l'inconnu et la mort n'est que cette peur de l'inconnu. Pourquoi alors craindre les choses que l'on ne connaît pas ? Tu ne me connaissais pas avant et maintenant....tu as peur de moi ?
En Égypte lorsque l'on se lève, on ne sait pas si on va mourir ou non. Les gens raflent les enfants pour les dons d'organes et j'ai du m'échapper plusieurs fois. La vie ne tient à rien.

Alors Laura, apprends à avoir envie de vivre avant d'avoir peur de mourir. »

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.