La République a besoin d'une opération Mains propres

« Seul un traitement de choc permettra de casser l’idée dangereuse d’une caste au-dessus des lois et d’imposer une nouvelle éthique politique », estime Mehdi Ouraoui, membre du Conseil national du PS, qui en appelle au président de la République pour « rénover totalement la démocratie française », en durcissant la loi et en continuant de réduire les cumuls de mandats.  

« Seul un traitement de choc permettra de casser l’idée dangereuse d’une caste au-dessus des lois et d’imposer une nouvelle éthique politique », estime Mehdi Ouraoui, membre du Conseil national du PS, qui en appelle au président de la République pour « rénover totalement la démocratie française », en durcissant la loi et en continuant de réduire les cumuls de mandats.  

 



Ad nauseam, les affaires se succèdent jour après jour. On évoque désormais plusieurs dizaines de parlementaires fraudant le fisc, une affaire Cahuzac à l’échelle du scandale de Panama ! Une réplique violente du séisme Cahuzac, d’ailleurs, qui a marqué une rupture dans le quinquennat et fut un mal pour un bien : François Hollande a pu et dû imposer certaines règles de moralisation politique. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique fonctionne et les déclarations de patrimoine, dont certains députés dénonçaient le voyeurisme, révèlent les turpitudes depuis trop longtemps cachées.

Mais la classe politique française n’a pas pris la mesure du dégoût civique que certains de ses comportements suscitent désormais : la société ne tolère plus la faillite morale de ses élites. Lorsque 7 Français sur 10 trouvent les politiques globalement corrompus, il ne faut pas seulement crier au poujadisme, mettre en garde contre le « tous pourris », mais regarder la réalité en face : notre pays se place en matière de corruption au 10e rang de l’Union européenne, au 22e rang mondial, selon Transparency international.

Il y a les atteintes à la loi, le trafic d’influence, la fraude fiscale, les marchés truqués, les fausses factures, le détournement d’argent public, la corruption active ou passive… Mais le plus grave, ce sont peut-être les pratiques que la loi n’encadre ou ne réprime pas assez. Comment 20% des députés peuvent-ils embaucher des membres de leur famille ? Pourquoi notre législation est-elle une des plus faibles au monde sur le lobbying ? Comment l’argent public de la réserve parlementaire alimente sans contrôle le clientélisme ? Pourquoi certains élus s’offrent-ils des vacances, parfois même un patrimoine immobilier, avec l’indemnité de représentation et de frais de mandat (IRFM) ? Comment un ministre condamné ou qui a dissimulé son patrimoine peut-il être maintenu au gouvernement ?

Au-delà des fautes personnelles inexcusables, ce sont les règles caduques d’un système à bout de souffle qui sont en cause. La surveillance éthique des gouvernants est une question aussi ancienne que la République elle-même : « quis ipsos custodes custodiet ? », écrivait Juvénal, « qui gardera les gardiens » ?

La société civile connaît les réponses, elle mène depuis longtemps la réflexion à laquelle les partis ont renoncé. Chaque événement sur la rénovation démocratique, comme la dernière soirée Médiapart contre la corruption, mobilise massivement les citoyens. 

Mais trop de propositions sont restées lettres mortes ces dernières années. La première urgence est juridique : durcir la loi pour ceux qui font la loi. Inéligibilité à vie en cas de condamnation financière, obligation de conformité fiscale pour être candidat à une élection, encadrement strict du lobbying, publication totale du patrimoine mais aussi de toute dépense d’argent public, protection des « lanceurs d’alerte » qui dénoncent la corruption, création d’un vrai procureur financier aux pouvoirs élargis… Seul un traitement de choc permettra de casser l’idée dangereuse d’une caste au-dessus des lois et d’imposer une nouvelle éthique politique.

L’autre grande urgence est politique. C’est la concentration du pouvoir, maladie de la Ve République, qui provoque son pourrissement. Comment s’étonner que des professionnels de la politique succombent, même les nouvelles générations dont Thévenoud est un symbole, au sentiment d’impunité que confère le pouvoir d’un fief ? Quoi de surprenant à ce qu’ils cèdent à l’entre-soi qui aboutit inéluctablement aux conflits d’intérêts et aux petits arrangements ? Nul n’y échappe : d’ailleurs, même les donneurs de leçons du Front national s’empressent, dès qu’ils le peuvent comme à Fréjus (Var) ou à Marseille (Bouches-du-Rhône), de cumuler les postes, et même d’augmenter leur rémunération comme au Pontet (Vaucluse).

La solution à cette crise morale est de partager le pouvoir démocratique. La gauche a imposé dans la douleur le non-cumul entre mandats locaux et nationaux, il faut aller plus loin et interdire le cumul dans le temps avec un maximum de deux mandats successifs. Cassons les rentes politiques, ouvrons massivement la vie publique : soyons inventifs, pourquoi ne pas tirer au sort, dans la société civile, les associations, les syndicats, les élus locaux, les parents d’élèves, une partie des sénateurs pour oxygéner ce système qui étouffe ? Pour éviter qu’il ne tombe entre de mauvaises mains, le pouvoir doit sans cesse changer de mains ! Séparer les pouvoirs, c’est aussi mettre un terme au pantouflage, au mélange public-privé de ces hauts fonctionnaires qui finissent par faire cirer leurs chaussures à l’Elysée. C’est interdire le cumul des activités : la France a besoin d’une loi anti-Dassault, parce qu’il n’est pas normal dans une démocratie moderne d’être parlementaire, industriel en contrat avec l’Etat et patron de presse.  

Alors Monsieur le Président de la République, face à la multiplication des affaires, saisissez l’opportunité de rénover totalement la démocratie française. Vous aurez le soutien massif des Français pour mener à bout l’opération mains propres dont a tant besoin la République.

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