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Paris détours - la rue Daguerre

Paris 14ème arrondissement, un jeudi en juillet. Par hasard (un simple hasard par une chaleur caniculaire), au commencement de la rue Daguerre, je croise les pas d’un ami qui me dit : « Là, il y avait l’une des premières radios libres de Paris. La radio ADO. » Au 24 bis rue Gassendi les locaux d’ADO FM (97.8) sont à l’abandon.
  1. Paris détours – la rue Daguerre

     

    Paris 14ème arrondissement, un jeudi en juillet. Par hasard (un simple hasard par une chaleur caniculaire), au commencement de la rue Daguerre, je croise les pas d’un ami qui me dit : « Là, il y avait l’une des premières radios libres de Paris. La radio ADO. » Au 24 bis rue Gassendi les locaux d’ADO FM (97.8) sont à l’abandon. D’un atelier d’arts plastiques, Isabelle Da, sculpteur à la vocation associative, avait fait l’une des premières radios pirates parisiennes. Avait donné la parole aux adolescents, entre 1981 et 1996. 1996 : Isabelle Da décède, ADO FM change de lieu, de nom et de format (aujourd’hui, SWIGG aux sons urbains). Toc-Toc ! Quelqu’un pour rénover l’endroit ? Repeindre les murs en bois ? Accueillir, écouter la jeunesse sans voix ?

     

    Tiens, Oxfam à Paris. Des Oxfam sur High Street, on en voit à Chesham, à Amersham, et ailleurs dans le Buckinghamshire. Et dans tout le Royaume-Uni. Ici, au numéro 61, devant et derrière la devanture d’un vert végétal, vente de livres, CD et DVD d’occasion qui arrivent sous forme de dons. Ça tombe bien, c’est jour de braderie dans cette bouquinerie qui brade tout à longueur d’année. « Tout est à 50%, » me dit une vendeuse bénévole. Rue Daguerre on est solidaire depuis 2010. Oxfam = Oxford Committee for Famine Relief (Comité d’Oxford Contre la Faim) = la charité contre la pauvreté depuis 1942. Les Britanniques s’étaient mobilisés pour envoyer des vivres aux Grecs qui mouraient de faim. La Grèce exsangue : occupation par l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie, puis blocus instauré par les Alliés. Des guerres et des famines, ça n’arrive qu’aux autres sur l’écran de télé.

     

    Devant l’enseigne L’Attrape-Cœur de la rue Daguerre on se dit que quelqu’un a lu L’Attrape-Cœurs de J. D. Salinger. À voix haute dans une chambre.  À voix basse dans un compartiment de train avant d’arriver à Grand Central Station. Si New York m’était conté. Si Holden Caulfield pouvait dire phoney (c’est du bidon) et damn (merde alors) – une dernière fois.

    L’Attrape-Cœur a attrapé deux arrosoirs, un jerrican, des pots de fleurs antiques, d’autres plastiques, quelques chaises et tables métalliques rouillées par le temps même si le temps semble s’être arrêté à 8 h 45 d’un matin d’hiver et une baignoire ancienne à recycler dans les siècles à venir. Jamais décor urbain ne fut plus seyant au bric-à-brac ambiant.  

  2. Façade de la radio libre ADO FM

  3. Plaque rue Gassendi

  4. Rue Gassendi, boîte aux lettres du numéro 24

  5. Rue Gassendi, enseigne du magasin L'Attrape-Coeur

  6. Rue Gassendi, cour du magasin L'Attrape-Coeur

  7. Oxfam, devanture de la bouquinerie

  8. Oxfam, intérieur de la bouquinerie

  9. Rue Deparcieux, immeubles aux fenêtres mathématiques

  10. Rue Daguerre, cour fleurie avec banquette en bois

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