Londres au cinéma : coups de foudre et lendemains (1/4)

Londres filmé dans Coup de foudre à Notting Hill (1999) et Last Chance for Love (2008).

Londres au cinéma : coups de foudre et lendemains (1)

L'amour au hasard des quartiers londoniens. 

Le succès remporté par Coup de foudre à Notting Hill (1999) de Roger Michell est certainement dû au genre de la comédie romantique, mais aussi à la représentation euphorique de Londres, notamment de Notting Hill qui, jusque-là, n’était connu que pour son marché des antiquaires de Portobello Road et son carnaval annuel initié en janvier 1959 pour le rapprochement des résidents blancs et ceux venus du Commonwealth après la Seconde Guerre Mondiale. D’ailleurs, le titre anglais Notting Hill désigne la topographie et l’atmosphère de ce quartier situé à l’ouest de Londres, contrairement au titre français qui privilégie la romance entre le modeste libraire William Thacker (Hugh Grant) et la star hollywoodienne Anna Scott (Julia Roberts). Du Notting Hill Carnival le réalisateur ne montre rien sinon une certaine excentricité qui semble endémique aux habitants. Quant au marché en plein air, il permet à Thacker de déambuler au milieu des étals de fruits et légumes, une rhapsodie de variétés fraîches et colorées qui, à son grand regret, laisse place aux marchands de bric-à-brac le week-end. Notting Hill devient un marqueur du temps qui passe, le protagoniste s’y promenant sous la pluie, la neige, puis aux beaux jours, comme dans une fable où le cycle des saisons régule événements et humeurs.

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Thacker partage son temps entre sa librairie sur Portobello Road, une boutique au charme désuet, et sa maison sur Westbourne Park Road qui atteste d’un quotidien tranquille, rythmé par l’ouverture et la fermeture de sa porte d’un bleu magnétique, en contre-point du bleu Chagall apparaissant dans une reproduction de La Mariée et évoquant un monde en suspens, un bonheur perdu qui ne demande qu’à s’animer grâce à la mariée en rouge et blanc. Le toit-terrasse de la maison, avec sa perspective aérée sur Londres, contribue au sentiment d’appartenance à une communauté de citadins bienheureux. Lorsque Anna Scott fait irruption dans ce décor de rêve, un va et vient incertain s’instaure entre le monde calme et chaleureux de Thacker et celui agité et impersonnel de la star séjournant au Ritz à Piccadilly ou au Savoy dans le quartier de The Strand. Cependant, Notting Hill change la donne. La vedette de cinéma se laisse séduire par des lieux qui se prêtent à l’authentique et à l’intime. Une fête d’anniversaire sur Lansdowne Road, d’équilibre apprêté en vacillements émotionnels, rapproche les êtres. Dans la magie nocturne de Rosmead Gardens, la caméra prend de la hauteur comme si les fiancés de Notting Hill allaient s’élever dans les airs pour imiter Les Mariés de la Tour Eiffel de Chagall. Et c’est tout naturellement que leur romance devient légende sous les feux des projecteurs devant le cinéma Empire à Leicester Square. Londres nous conte amours, déboires et happy end.

 https://www.youtube.com/watch?v=Ce_BXD_ONQ8 

Le schéma s’inverse avec Last Chance for Love (2008, titre anglais : Last Chance Harvey) de Joel Hopkins puisqu’un Américain tombe amoureux d’une Anglaise vivant à Londres. La ville est le personnage féerique qui va réunir deux cinquantenaires solitaires, Harvey Shine (Dustin Hoffman) en voyage éclair à Londres et Kate Walker (Emma Thompson) qui travaille à Heathrow, un lieu de passage où la vie se veut anonyme, un non-lieu comme dirait l’anthropologue Marc Augé. Tous deux traînent des blessures, semblent résignés à rester célibataires. Ils se croisent dans une brasserie vide de l’aéroport à l’heure où l’on passe l’aspirateur après le pic du déjeuner. Ils semblent être là en décalage avec le flux des événements. Dans cette tranche horaire de l’après-événement, ils créent l’événement pour eux-mêmes, la rencontre de la dernière chance. Londres va les mettre au diapason de la vie en déclenchant une flânerie improvisée. La descente des marches sur Trafalgar Square crée le mouvement vers un point central, prépare à l’exploration des divers quartiers et, en toute probabilité, au brassage des sentiments. Camden propose le monde merveilleux des bouquinistes et le spectacle joyeux d’un groupe rock. Les passerelles des Golden Jubilee Bridges se déploient comme des promesses, transportant allègrement les piétons vers South Bank. Là, au National Theatre, Kate cherche à regarder le réel autrement en participant à un atelier d’écriture, tandis que Harvey l’observe de la terrasse ensoleillée du Upper Ground, comme s’il était parvenu à une hauteur idéale, au-dessus des mêlées triviales de l’existence, pour envisager une suite possible à leur histoire.

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La balade londonienne, dans l’urgence du temps qui rétrécit, est ainsi jalonnée de haltes contemplatives. À la tombée de la nuit, Gabriel’s Wharf à Lambeth procure une discrète connivence au-dessus de la Tamise dont le flux semble propice à l’introspection et au délestage du passé. Mais c’est au petit jour que Londres dévoile son ultime atout : dans la cour de la majestueuse Somerset House sur The Strand, les jets d’eaux de la fontaine présentent une chorégraphie scintillante, enchanteresse. Le musicien new-yorkais, qui se dit las de composer des jingles, et l’hôtesse de Heathrow, qui veut devenir romancière, pourraient s’inventer une nouvelle vie.

 https://www.youtube.com/watch?v=j-dcxXMCb78&t=47s

 

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