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Berlin, Potsdamer Platz

Des bâtiments comme des ailes dans la ville. Mais personne pour s’y hisser. Tous sont des marcheurs au sol, des faiseurs du quotidien, épargnés par un instant de désir. Et si les anges sont devenus mortels, c’est la faute à Wim Wenders. Ou plutôt à Solveig : « Jetzt oder nie » (Maintenant ou jamais).
  1. La station Potsdamer Platz. Mélange de l’ancien et du nouveau. Une mosaïque de style art déco relie des panneaux publicitaires en anglais et en allemand. Tiens, ici, l’anglais et l’allemand font bon ménage. Berlin est, par deux fois, « a place », un lieu, qui plus est un lieu prodigieux, invitant aux rencontres de tout type.

  2. À la sortie du S-Bahn ou Stadtschnellbahn (réseau express régional), le décor est surréel. Berlin, une dystopie entre ciel et souterrain, comme dans Metropolis ? De la ville-phare d’Europe depuis la chute du Mur, du moins aux dires des uns et des autres, à la métropole sans âme, noircie de nuages et de volumes géométriques, il n’y a que quelques marches.

  3. Des bâtiments comme des ailes dans la ville. Mais personne pour s’y hisser. Tous sont des marcheurs au sol, des faiseurs du quotidien, épargnés par un instant de désir. Et si les anges sont devenus mortels, c’est la faute à Wim Wenders. Ou plutôt à Solveig : « Jetzt oder nie » (Maintenant ou jamais).

  4. La Tour de l’Horloge. Une réplique du premier feu de signalisation installé sur la Potsdamer Platz, le tout premier en Europe, dit-on, rapporté des États-Unis en 1924 à une époque où Berlin voulait rivaliser avec l’effervescence de New-York. Curieusement, cette tour de l’horloge fait penser à un funeste mirador de la RDA.

  5. « J’ai deux amours, » écrivit Jean Gabin à Marlène Dietrich, « toi… et toi. » Il y a là deux panneaux qui signalent Potsdamer. Si le cœur balance… Entre la Platz et la Strasse, Potsdamer toujours. Mais non ! Toujours ne rime pas avec amours ! Dialogue imaginaire de L’Ange bleu à deux pas de là, au Musée du Cinéma.

  6. Berlin, ville nouvelle surgie des décombres de la Guerre de 1939-45, de l’après-guerre ou Guerre Froide et de l’après-Mur-de-Berlin. Attire les touristes du monde entier et les spéculateurs immobiliers. Véhicules ou passants se croisent sans se saluer, réitèrent des lendemains.

  7. Les immeubles ont des yeux. Les Mille Yeux du Docteur Mabuse. Une énième version signée Fritz Lang ? Des fentes vitrées taillées dans le béton blême, parme suranné ou abricot, peu importe. Un camion à benne attend sous le ciel de Berlin.

  8. Jeune Berlinoise BCBG qui s’élance vers son café favori, brave le vent pour avaler une salade fleurie ou bien une pizza veggie. L’air du temps lui va si bien. Sa chevelure rousse aussi. Au volant de sa camionnette blanche, le chauffeur dans le sens inverse n’a d’yeux que pour elle.

  9. À Berlin, on continue de construire. « Achtung Baustelle ! » (Attention chantier). « Die Zukunft… wird heute gemacht ! » (Le futur… se construit aujourd’hui). Oui, bon, c’est du déjà lu. Ceci n’est pas une métaphore culturelle. Les pictogrammes sont tout de même rigolos.

  10. Vestiges de l’ancien Grand Hotel Esplanade mis sous verre. Simple précaution. Après les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale et les destructions causées par le Mur de Berlin, on a raison de craindre les attaques des Martiens ou autres Aliens.

  11. Sous l’immense chapiteau du Sony Center, une toile tendue au-dessus du Nouveau Berlin, comme un temple de bon augure, les mères aux allures de fée promènent leur nouveau-né dans leur poussette.

  12. Au Sony Center l’été, bouteilles d’eau glacée, glaces parfumées font le bonheur des touristes aux sons divers et des Berlinois à la pause méridienne. D’humeur hésitante, une cycliste a posé pied à terre.

  13. Le Musée de l’Espionnage sur Leipziger Platz sera ludique ou pas. « I spy with my little eye » (Mon petit œil me dit…), dit une porte vitrée. « Horch und Guck » (Écoute et Regarde), dit une autre. La Stasi n’est pas loin. Faut-il rire ou pleurer ? Ou juste passer son chemin ?

  14. La corneille mantelée, cendrée, le bec affilé, fait sa tête d’oiseau urbain à Berlin. Comme un vieil espion réduit à la mendicité. Aux dernières nouvelles, le Musée de l’Espionnage ne recycle pas les oiseaux mal lunés.

  15. Morceau du Mur de Berlin. Envers ou endroit d'une même ville. Une ville où Franz Kafka, vers la fin de sa vie, avait élu domicile deux fois dans le quartier de Steglitz.

  16. L'autre face du Mur. Alchimie des couleurs qui se veut tonique, consolante. Après de sombres années: 1961-1989. La Potsdamer Platz, défigurée par l'idéologie, fut le no man's land  de l'Est et de l'Ouest.

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