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Portfolio 17 oct. 2017

Marseille - Les aventuriers des bords de mer (2)

Que leur importe le magnifique voilier qui partira sans eux ! Ils répètent le saut de l’ange jusqu’à épuisement, jusqu’au soir sans doute. Et contrairement aux plongeurs de la Quebrada à Acapulco, ils ne récoltent pas les applaudissements du public. Ici, pas de mise en scène pour touristes en mal de sensations. Ici, les sensations fortes appartiennent aux enfants du pays.

esther heboyan
Ecrivaine, traductrice, chroniqueuse. Universitaire. Domaines d'intérêts: la place des individus dans la société, littérature nord-américaine, cinéma, musique...
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  1. E. Heboyan, 2017

    Marseille – les aventuriers des bords de mer (2) 

    Nous pensions partir dans quatre ou cinq ans. Puis l’attrait de l’aventure s’empara de nous. Pourquoi ne pas partir sur le champ ? Aucun de nous n’allait plus jamais rajeunir.

    We thought we would start in four or five years. Then the lure of the adventure began to grip us. Why not start at once ? We’d never get younger, any of us.

    Jack London, La croisière du Snark/The Cruise of the Snark

     

    Marseille, été 2017. En attendant « Jack London dans les mers du sud » à la Vieille Charité, le MuCEM présente « Les aventuriers des mers ». Mappemondes, tableaux, tapisseries, objets précieux, outils de navigation et un film de Youssef Chahine qui passe en boucle mais n’incite pas à l’escale. Beaucoup de bruit pour rien. Les continents défilent, les siècles aussi. L’œil s’arrête sur des maquettes de voilier sous verre, une gourde annulaire en céramique datant du Xème siècle. Ici et là, à toute époque, tout n’est que répétition, imitation : commerce et convoitise, certitude des croyances, expansions militaires, rêves de grandeur. Mais le rêve n’est pas au rendez-vous. 

    L’aventure est ailleurs. Dans les dédales et aux abords du musée. Avec la Méditerranée pour horizon. 

    Marseille – à la découverte du MuCEM. À la descente du bus 60, le bâtiment se dresse en contre-bas, entouré de bassins et d’esplanades. L’œuvre de l’architecte Rudy Ricciotti. Une résille de béton mat qui, de l’extérieur, surprend l’œil et l’esprit, qui, de l’intérieur, anime les étages et les galeries. L’espace invite aux modulations du soleil, de l’azur de la mer, du patrimoine historique et civilisationnel (le mot en vogue), des pas des visiteurs, de la tangibilité des humeurs. Lieu liquide, dentelé, déplié. L’art et la vie. L’art dans la ville. L’art est vision. Autant de sujets à problématiser, ou pas. Le MuCEM raconte l’histoire des hommes (ah, ces grands navigateurs qui ont bravé la violence des mers) et des femmes (absentes, en attendant le voyage de Charmian London à bord du Snark).

    Une vraie prouesse, cette résille grise. Les touristes s’émerveillent devant tant d’ingéniosité. Ceux qui ne s’émerveillent pas sont de mauvaise foi. Il y a aussi les grincheux, les déçus de l’exposition qui ont tout de même le choix de déambuler jusqu’au Vieux Port en s’imprégnant des bruits et senteurs ou bien de remonter dans le bus 60 et de grimper les pentes sinueuses vers Notre Dame de la Garde. 

    Et puis il y a ceux qui s’en donnent à cœur joie. Ce sont les enfants de Marseille. Les aventuriers des bords de mer, plus une aventurière. D’un mur du Fort Saint-Jean et d’une esplanade du musée, des garçons intrépides plus une fillette d’une douzaine d’années tout aussi intrépide font des plongeons à tour de rôle. À peine sorti de l’eau, chacun se jette à l’eau. Avec vigueur, détermination, bonheur. Côté Fort Saint-Jean, ils ne sont que trois ou quatre à fendre les airs et à trouer l’onde par le poids de leur corps. Rien ne les effraie. Ils vivent dans la fureur de l’instant, savourent leur liberté estivale. En short et baskets (car il faut escalader les rochers jusqu’au plongeoir). Que leur importe le magnifique voilier qui partira sans eux ! Que leur importe Jack London ! Ils répètent le saut de l’ange jusqu’à épuisement, jusqu’au soir sans doute. Et contrairement aux plongeurs de la Quebrada à Acapulco, ils ne récoltent pas les applaudissements du public. Ici, pas de mise en scène pour touristes en mal de sensations. Ici, les sensations fortes appartiennent aux enfants du pays.

    Côté esplanade, ils sont une dizaine à tester leur endurance. Ils prennent leur élan, piquent une tête ou se laissent tomber, éclaboussent le bassin, refont surface et recommencent. L’exercice leur plaît. C’est leur sport extrême, l’aventure du jour qu’ils renouvelleront peut-être demain. Dépasser ses limites (surtout physiques), se pousser jusqu’à l’extrême. Après tout, le web, les jeux vidéo, les films d’action qui imitent les jeux vidéo et la télé à l’heure de la publicité, de l’information, de la télé-réalité leur gavent bien le crâne de prouesses koh-lantaesques. Même s’ils font du sur-place. Comme ces promeneurs en tongs et sandales. Comme ces vacanciers à bord d’un yacht à portée de brasses. Et de donner des idées à deux ou trois adolescents effrontés. La police maritime arrive dare-dare, par terre et par mer. Les plongeurs du MuCEM se dispersent après avoir récupéré leurs affaires d’entre les maillons de la résille grise. Un vestiaire en plein air – voilà une fonction à laquelle Rudy Ricciotti n’avait pas pensé.   

  2. E. Heboyan, 2017
  3. E. Heboyan, 2017
  4. E. Heboyan, 2017
  5. E. Heboyan, 2017
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  11. E. Heboyan, 2017
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