Londres au cinéma -- coups de foudre et lendemains (4/4)

Londres filmé dans Reviens-Moi (2008) de Joe Wright et La valse dans l’ombre (1940) de Mervyn LeRoy.

Londres au cinéma – coups de foudre et lendemains (4) 

Guerres et amours.

 

Avec Reviens-Moi (Atonement, 2007), Joe Wright s’intéresse à une histoire d’amour qui naît en 1935, dans un domaine paradisiaque du Shropshire, où se jouent les destins de la jeune Briony (Saoirse Ronan), de sa sœur ainée Cecilia (Keira Knightley) et de Robbie Turner (James McAvoy), le fils de la domestique qui déchaîne les passions. La Seconde Guerre Mondiale déplace les protagonistes vers Londres qui s’érige en théâtre de souffrance et d’expiation. En 1939, à la veille de son départ pour Dunkerque, Robbie aperçoit Cecilia devenue infirmière dans le Swallow Tea Room, un salon de thé art déco, à l’ambiance feutrée, procurant un sursaut de normalité alors que l’Angleterre se prépare au pire. Avec insistance, la caméra révèle une atmosphère de civilité et de douceur, en contrepoint du malaise ressenti par les amants d’antan. On dirait que la réalité de la guerre n’a pas encore frappé les esprits.

l-reviens-moi-robbie-court-derrie-re-le-bus-cecilia-sur-la-plateforme-arrie-re
Dans les rues, la menace du conflit est bien plus tangible avec les sacs de sable entassés devant les édifices, le tohu-bohu des véhicules de l’armée, le mouvement incessant des militaires et des civils. Mais curieusement, lorsque Robbie regarde Cecilia s’éloigner sur la plateforme d’un bus, le rouge vif du véhicule rend la tristesse de la guerre irréelle. Malgré leur uniforme qui les prédestine à l’horreur des combats et des bombardements, les protagonistes semblent être là par hasard, motivés seulement par leur romance. Cette impression d’irréalité se confirme à nouveau avec le gros plan sur la boîte aux lettres, d’un rouge magnifique elle aussi, quasi transcendant. Joe Wright se sert de deux emblèmes londoniens, le bus à impériale qui va et vient d’un quartier à l’autre et la boîte postale qui instaure un va et vient entre expéditeurs et destinataires. Tout départ ne suppose-t-il pas un retour ? Toute correspondance n’appelle-t-elle pas une réponse ? Dans les deux cas, on déréalise le contexte de guerre en focalisant sur la fonction symbolique des éléments qui façonnent la capitale britannique de manière atemporelle. Ainsi se maintient l’illusion de l’amour. Ainsi perdure l’espoir des retrouvailles à Londres ou ailleurs. Sur une musique d’un romantisme aux aspérités exubérantes composée par Dario Marianelli (Oscar & Golden Globe, 2008).

 

Si les amants de Reviens-Moi semblent artificiellement transposés dans le décor de la Seconde Guerre Mondiale, La valse dans l’ombre (Waterloo Bridge, 1940) de Mervyn LeRoy ancre plus concrètement ses personnages dans le Londres de la Première Guerre Mondiale alors que le film a été tourné dans les studios de la MGM à Hollywood. La romance entre le capitaine Roy Cronin (Robert Taylor) et la ballerine Myra Lester (Vivien Leigh) démarre sur Waterloo Bridge un soir d’alerte, au son des sirènes et sous les faisceaux lumineux balayant le ciel. Dès lors, et même si le scénario prévoit un spectacle de ballet au Olympic Theatre suivi d’une valse romantique sur « Auld Lang Syne » (Ce n’est qu’un au revoir), le pont de Waterloo devient l’autre acteur du film qui va enchaîner le hasard heureux à la fatalité de la guerre.

valse-30-myra-sur-waterloo-bridge
Le pont émerge dans le brouillard du soir et la désolation de la ville qui, par ailleurs, est plongée dans le flou. Londres n’existe que par l’iconique structure du pont, émaillée de rares éclairages qui ressemblent à des avertissements. Un semblant de vie anodine s’y déroule. Mais la plupart du temps, le pont est le lieu, le chemin de la survivance, ou du moins d’une forme de résistance aux destructions causées par la Guerre de 1914-18. Myra y survit de la prostitution, l’armée britannique y fait circuler ses convois, Cronin vient s’y recueillir vingt ans après à la veille de son départ pour un autre front.

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.