Soirée bière-kebab à Berlin

«A la fin c'est l'amitié qui gagne». «Bild vous souhaite une belle et loyale fête de l'amitié». Poster kitchissime offert ce matin par Bild Zeitung, le tabloïd le plus lu d'Allemagne : drapeau turc et drapeau allemand fondus l'un dans l'autre. La fête de l'amitié dont il est question, c'est Allemagne-Turquie, ce soir, en demi-finale de l’Euro.

 

 

Evènement outre-Rhin, où vivent 2,5 millions de Turcs. Plus de 500 000 personnes sont attendues à la Porte de Brandebourg, au cœur de Berlin, où sera retransmise la rencontre. Porsche, BMW et Daimler, qui emploient dans leurs usines des milliers de travailleurs d’origine turque, arrêtent la production le temps du match. A Berlin, capitale turque de l’Allemagne, des drapeaux turcs et allemands flottent aux fenêtres.

 

 

La «fête de l’amitié» sera peut-être belle, mais elle ne pourra pas masquer des décennies d’indifférence des Allemands pour les Turcs, et de repli des Turcs sur eux-mêmes. Depuis que des centaines de milliers de travailleurs turcs sont venus reconstruire l’Allemagne, eux et les Allemands de souche ne se sont pas vraiment mêlés.

 

 

Allemagne-Turquie, c’est loin d’être un France-Algérie. Pas question de blessures coloniales de rancoeurs héritées, de haines recuites. Allemagne-Turquie, c’est juste l’histoire d’une colocation bizarre. L’un à côté de l’autre. En Allemagne, on dit «Zweck WG» («colocation utilitaire») pour définir ce genre de vie en commun dont le but n’est pas de socialiser, mais juste de partager un toit pour partager les frais.

 

 

Le souvenir des attentats racistes des années 80 et 90 n’a pas encore été effacé. Les Turcs ne seraient-ils toujours que des citoyens de seconde zone ? L’accession à la nationalité allemande reste très limité par le sacro-saint droit du sang germanique (il a été aboli en 2000, mais les enfants doivent désormais choisir entre les deux nationalités).

 

 

La Mannschaft, l’équipe nationale de foot allemande reflète bien ce fossé entre les Turcs et les Allemands. Depuis que le milieu de terrain Mehmet Scholl , ancien chouchou des fans de Fussball d’origine turque (par son père) a disparu des stades de foot, «il n’y a pas un joueur de l’équipe qui ne soit orginiaire de Turquie», se plaint dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung l’élu vert Cem Özdemir, qui fut en 1994 le premier député d’origine turque à siéger au Reichstag.

 

 

Sur le terrain footbalistique, au moins, l'Allemagne aurait peut-être gagner à ouvrir un peu plus les vannes du droit du sang : lors de la dernière rencontre entre les Allemands et les Turcs, un match amical en 2005, la Turquie l’avait emporté 2-1. Les deux buts avaient été marqués par Halil Altintop et Nuri Sahin : deux joueurs nés et élevés en Allemagne.

 

 

 

Les duels Allemagne-Turquie, sur le site de la télé publique ARD.

 

Les Turcs en Allemagne, sur le site de l'autre télé publique, ZDF

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