France – Italie : ensemble contre la précarité

La précarité déclenchée par des procédures de liquidation et de redressement judiciaires pose le même problème en France qu’en Italie. Maintenant, les associations et forces vives des deux pays se mettent à travailler ensemble au-delà des frontières.

Les gouvernements se chamaillent, les associations travaillent... © Organisateurs Les gouvernements se chamaillent, les associations travaillent... © Organisateurs
  (KL) – Pendant que les responsables politiques italiens et français font leur possible pour envenimer inutilement l’ambiance entre les deux peuples, le monde associatif, lui, a choisi la voie du dialogue constructif. Ce week-end, à Turin, la « convergence des luttes » prend un véritable sens. L’Association alsacienne « Aide Entreprise – OSDEI » y présentera officiellement, dans le cadre d’une conférence franco-italienne, son rapport sur la précarisation des entrepreneurs indépendants (qui a déjà été soumis au Vice-Président de l’Assemblée Nationale et au Ministère de la Justice en France) et ce, dans sa version italienne. Ce rapport constituera la base des étapes suivantes dans la démarche visant à améliorer les procédures de liquidation et de redressement judiciaires en France, portée par le Vice-Président de l’Assemblée Nationale Sylvain Waserman et l’Association Aide Entreprise – OSDEI. Lors de cette conférence, « Aide Entreprise-OSDEI » apportera également son soutien à l’initiative de Wally Bonvicini, porte-parole des petites et moyennes entreprises en Italie qui se bat actuellement contre le « Décret 755 ».

« Décret 755 » ? En quoi un décret italien peut-il intéresser une association ou même le public français ? Il convient de regarder attentivement, car ce qui se passe aujourd’hui en Italie, peut faire son apparition demain aussi en France. Ce décret prévoit qu’à l’avenir, il ne sera plus nécessaire de passer par un tribunal pour délivrer une injonction de payer – ce qui veut dire, par exemple, que les banques pourront émettre ces injonctions de payer, sans devoir passer par la case Justice. Dans la pratique, cela mettra en péril un grand nombre de petites et moyennes entreprises et contribuera aussi à cette précarisation qui pèse lourd sur les économies nationales. Et puisque nous vivons en Europe, cette question pourra aussi concerner la France.

Pour Brigitte Vitale, Présidente de l’Association Aide Entreprise – OSDEI, la convergence des luttes contre la précarisation est une évidence : « Dans nos deux pays, ces procédures continuent à faire des victimes, et il conviendra d’évaluer ce problème à l’échelle européenne ». Toutefois, l’Italie est déjà plus avancée dans ce domaine. Ainsi, le gouvernement transalpin a créé un poste de conseiller pour les entreprises en difficulté auprès du Ministre du développement économique Luigi Di Maio, qui a pour mission de faire remonter ces difficultés au gouvernement pour que celui-ci puisse intervenir, là où il le faut. Celui qui occupe ce poste, Sergio Bramini, sera également présent à la conférence de Turin ce samedi, tout comme l’eurodéputé italien Oscar Lancini.

Si la France pouvait prendre exemple sur l’Italie en nommant également un conseiller spécialisé au gouvernement, les Italiens pourraient s’inspirer de l’approche européenne de l’Association Aide Entreprise-OSDEI ainsi que de sa démarche commune avec le Vice-Président de l’Assemblée Nationale et le Conseil National des Administrateurs Judiciaires et Mandataires Judiciaires (CNAJMJ). Début Mai 2019, ces trois parties ont convenu de se retrouveront à Paris pour analyser (et résoudre, si possible), les 30 dossiers les plus marquants dont s’occupe l’association. Cette démarche constructive, impliquant les différents acteurs de ces procédures, vise à réaliser un changement dans ces procédures de liquidations et de redressements judiciaires pour les rendre plus transparentes, plus humaines et aussi, plus efficaces.

Ce rapprochement entre associations françaises et italiennes, instaurant un dialogue constructif avec le monde politique, vient à point nommé. Pendant que les responsables de la politique nationale se livrent à des joutes aussi superflues que néfastes, il convient de se souvenir que ces différends ne concernent que le monde politique – les peuples français et italien ne devraient pas imiter le monde politique, mais plutôt ce monde associatif qui cherche à sauver des vies, à sauver des emplois, à réaliser des progrès sociétaux et ce, dans un échange fructueux au-delà des frontières.

Avec Wally Bonvicini, porte-parole des petites et moyennes entreprises en Italie, et Brigitte Vitale, présidente de l’Association Aide Entreprise – OSDEI, deux figures éminentes du monde associatif se rencontrent, et en vue de la détermination de leur action dans les deux pays, il y a fort à parier que cette conférence se soldera par un fil d’action qui ajoutera la dimension européenne aux combats nationaux que mènent ces deux femmes courageuses dans leurs pays respectifs.

La conférence aura lieu samedi 13 avril, à Turin (Italie) au Pacific Hotel Fortini, 21h.

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