Quand l'Etat se défoule sur les plus faibles...

Hier, à Saint-Dié-des-Vosges, les forces de l'ordre sont intervenus manu militari – non pas pour sauver la France d'un grave danger, mais pour la « mise à mort judiciaire » d'une dame âgée.

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 (KL) – La scène qui s'est déroulée hier matin à Saulcy-sur-Meurthe, petit bourg aux portes de Saint-Dié-des-Vosges, était irréelle. La gendarmerie avait bouclé le quartier, non pas pour opérer une descente dans des réseaux terroristes, mais pour expulser une dame âgée et handicapée à 67% de sa maison, suite à une procédure datant depuis une décennie et dans laquelle Françoise Fetet a été lésée de manière ubuesque. Escroqueries, copinages, fausses dépositions, même l'ordre émanant d'un ministère à Paris de détruire toutes les pièces du dossier (qui est encore en cours!) et qui se trouve par une erreur de destinataire dans l'énorme dossier de Françoise Fetet, un dossier qui serait digne d'un roman de John Le Carré. Malheureusement, il ne s'agissait pas de fiction, mais d'une réalité. Après tous les dysfonctionnements dans cette procédure, qui fait partie des 30 dossiers actuellement examinés par le « Groupe de Travail Waserman » à l'Assemblée Nationale, quelqu'un a du être vraiment pressé de mettre cette femme dans la rue, avant que la médiation préconisée et proposée par l'Association Aide Entreprise (qui suit ce dossier depuis longtemps) ne puisse avoir lieu.

Dépossédée de ses biens immobiliers et d'une affaire qui tournait pourtant bien, Françoise Fetet est une victime de dysfonctionnements judiciaires flagrants, au point où le « Groupe de travail Waserman » à l'Assemblée Nationale n'a pas encore trouvé une approche pour régler ce dossier. Au moment où les instances de l'Etat cherchent des solutions pour ce dossier fumeux, quelqu'un à Saint-Dié-des-Vosges était pressé d'ordonner cette expulsion qui est totalement dépourvue de sens et qui intervient à 15 jours de la période de protection hivernale, car il est interdit d'opérer ce type d'expulsion pendant les mois d'hiver. Il fallait donc absolument expulser cette femme de sa maison qui, encore aujourd'hui, appartient à elle et à son ex-époux. Il n'existe aucun titre de propriété autre pour cette maison et elle n'est pas en vente. Seulement, un juge des Affaires Familiales avait ordonné la vente de cette maison dans le cadre du divorce des Fetet ; mais cette ordonnance peut encore faire l'objet d'un appel. C'est donc bel et bien de SA maison que Françoise Fetet a été expulsée hier.

En amont, les autorités ont toutes été informées par les soins de l'Association Aide Entreprise, certificats médicaux à l'appui, que Françoise Fetet se trouve dans un état extrêmement fragilisé et qu'il y a un risque réel qu'elle commette un acte désespéré, ce qui engagerait alors la responsabilité des autorités.

Dans un dossier qui sera très certainement ré-examiné à fond (ce qui semble faire trembler du beau monde à Saint-Dié-des-Vosges...), on peut se poser la question si cette expulsion, et également la manière dont elle s'est déroulée, ne visent pas justement à pousser Françoise Fetet à commettre l'irréparable, histoire de pouvoir clore le dossier avant que l'Assemblée Nationale n'aille y regarder de trop près.

Force est de constater que la maison de Françoise Fetet restera désormais vide et inhabitée, car la maison n'est pas mise aux enchères - elle sera désormais laissée à l'abandon. Pourquoi, à ce moment-là, procéder à une expulsion en connaissant les risques qui découlent de l'état extrêmement fragile de cette femme après des années d'une procédure ubuesque ?

Le déroulement de cette expulsion cadrait parfaitement avec le reste de ce dossier épineux. Normalement, le maire de la petite commune Saulcy-sur-Meurthe aurait du être informé par la Préfecture quant à l'expulsion programmée, mais ce n'est que la veille et par un coup de fil de la gendarmerie que Monsieur Jallais a été informé, selon ses propres dires, de l'expulsion. Le matin, la gendarmerie a bouclé, avec un dispositif totalement démesuré, l'accès à la maison de Françoise Fetet. Pendant environ une heure, les forces de l'ordre ont interdit à ses filles ainsi qu'à une représentante de l'Association Aide Entreprise de rejoindre Françoise Fetet pour lui porter secours dans cette situation extrêmement stressante. Pendant une heure, elle était bloquée dans la cour de sa maison. Lorsque Françoise Fetet filme, avec son portable, la scène, un gendarme particulièrement courageux s'est saisi de son téléphone portable et a effacé les contenus.

Les soutiens de Françoise Fetet, qui se trouvaient derrière les barrières qui bouclaient l'accès à sa maison, ont été sommés de ne pas prendre des photos : visiblement, les forces de l'ordre ne souhaitaient pas qu'il y ait des témoignages de cette scène abracadabrante.

Les autorités ont beau faire des discours concernant la lutte contre la précarité – en l'occurrence, l'Etat, utilisant ses forces, crée de la précarité, et ce de manière totalement déshumanisée. Qui essaye de couvrir qui dans ce dossier ? Pourquoi, à 15 jours de la période de protection hivernale, fallait-il expulser cette femme de sa maison qui lui appartient et qui n'est même pas en vente ? Pourquoi opérer une telle expulsion avec un dispositif aussi démesuré ? Pourquoi avoir interdit à ses filles et d'autres de lui porter soutien ? Pourquoi lui avoir pris son téléphone pour effacer la vidéo qu'elle avait tourné des opérations ? Pourquoi avoir intimidé des témoins de cette scène ? Et pourquoi tout cela à un moment où l'Assemblée Nationale se penche sur ce dossier en cherchant des solutions ?

Aujourd'hui, les bénévoles de l'Association Aide Entreprise entourent Françoise Fetet pour que celle-ci ne passe pas à l'acte. En revanche, il faudra que la lumière soit faite sur cette affaire sordide qui semble impliquer beaucoup de monde dans cette petite commune dans les Vosges. Probablement, les autorités espèrent qu'avec cette expulsion, le dossier sera clos. Il n'en sera rien. Ce dossier sera ré-examiné sous tous les angles, jusqu'à ce que les responsabilités des uns et des autres soient clairement établies.

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