Roxane Revon – candidate à LaPrimaire.org

« Nous nous devons de proposer une autre voie en France et en Europe que celle de la léthargie ou du nationalisme. » Interview avec la candidate à « LaPrimaire.org ».

Faire de la politique autrement. Mais vraiment autrement. © privée Faire de la politique autrement. Mais vraiment autrement. © privée
(KL) – Roxane Revon fait partie des candidats qui se présentent à « LaPrimaire.org », cette initiative citoyenne qui désigne un candidat (ou une candidate…) pour les élections présidentielles en 2017. Et cette initiative cause des sueurs froides dans les QGs des partis – presque 70000 personnes se sont déjà inscrites pour cette primaire pas comme les autres et qui se distingue par la fraîcheur des idées et une approche citoyenne à la politique.

Roxane Revon, vous faites partie des derniers 12 candidats de « LaPrimaire.org » et les « choses sérieuses » commencent maintenant avec une primaire qui désignera les 5 candidat(e)s qui passeront donc au deuxième tour décisif. Comment vivez-vous cette campagne avec une énorme présence sur Internet et les réseaux sociaux ?

Roxane Revon : La campagne est très enthousiasmante car j’échange avec des personnes passionnantes chaque jour. Rien que pour cela, mon engagement est joyeux et positif. Certes, ce n’est pas toujours facile, mais il est, aujourd’hui, absolument indispensable que ma génération s’engage. Les partis n’offrent plus la possibilité de mener nombre de débats essentiels et brident souvent les initiatives par des cadres de pensée trop figés. Je ne me reconnais dans aucun parti, comme beaucoup de Français, et j’ai un idéal, celui de redéfinir notre modèle de société en France et en Europe, que je compte mener jusqu’au bout.

Evidemment, il n’est pas toujours facile de jongler entre vie professionnelle et engagement citoyen. C’est pour cela que les réseaux sociaux, mais également tous les outils qui permettent de collaborer en ligne et de travailler en groupe, sont très importants à mes yeux. C’est comme cela que nous construisons un projet collectif, avec des personnes volontaires qui, spécialistes dans leur domaine ou citoyens engagés, souhaitent partager leurs expériences et porter de nouvelles solutions.

On a l’impression que la France entière se politise actuellement – et votre initiative fait certainement partie des raisons de cette « politisation ». Est-ce qu’on peut déjà dire aujourd’hui que « LaPrimaire.org » aura été un succès ?

RR : La politisation des Français est historique : nous parlons beaucoup de politique entre nous, elle est très présente dans les médias et sur les réseaux sociaux, et c’est une excellente chose! Il est dommage que notre vitalité démocratique se réduise souvent à l’opposition ou à de simples affirmations, faute d’être prise au sérieux par notre élite. Pourtant, l’engagement citoyen émerge de plus en plus par le biais des « civic tech » et je suis sûr que cela va totalement bouleverser le rapport entre représentés et représentants à l’avenir. Ce n’est qu’une question de temps. Nous nous devons, en France et en Europe, de porter une autre voie que celle de la léthargie coupable ou du nationalisme. C’est le sens d’un engagement aujourd’hui. Mais il ne faut pas être naïfs, pour véritablement proposer une autre voie, il nous faut engager un rapport de force réel, constructif et démocratique. Dans ce sens, LaPrimaire.org répond à un vrai but : celui de se réapproprier les débats les plus importants et de redéfinir nos habitudes démocratiques.

Le processus est, selon moi, déjà un succès mais l’essai reste à transformer. Le système de vote, dit « au jugement majoritaire » (du 25 octobre au 3 novembre) est une première en France et une véritable expérience de démocratie réelle ; ici, on sollicite vraiment l’électeur : il ne s’agit pas de choisir une seule personne, mais de juger les projets, ce qui est bien plus constructif. Plus de 68 000 personnes sont aujourd’hui inscrites sur le site (LaPrimaire.Org), ce qui est supérieur au nombre d’adhérents de certains partis politiques.

Il faut cependant garder en tête que cette réussite se jugera à ce qui émergera de ce processus, pour 2017, mais bien au-delà ; il faudra pouvoir continuer à faire vivre cette initiative hors périodes électorales pour représenter une vraie force à l’avenir.

Vous défendez une vision d’une Europe plus jeune, plus unie, plus sociale et par conséquent, plus humaniste. En vue de la crise de sens que traverse l’Europe actuellement, pensez-vous qu’il soit possible de réformer les institutions européennes en ce sens. Si oui, comment ? Si non, pourquoi pas ?

RR : La politique doit de donner sens aux mouvements du monde et non de les cacher ou, pire, les refuser. Le drame que nous vivons actuellement est que les hommes et femmes politiques nationaux se servent de l’Europe comme prétexte pour cacher leur manque de vision ou de courage. Donner un sens politique collectif à nos sociétés occidentales passera par un repositionnement politique et philosophique complet, entier, sur le rôle que l’Europe, l’Etat et les régions devront avoir dans un monde où les enjeux considérables : le climat, les guerres, les migrations, l’énergie, les innovations économiques ou technologiques, et tant d’autres.

Pour ma part, je confère à l’Europe (et plus que jamais), la capacité de créer un précédent unique dans l’histoire de l’humanité : celui de fonder un standard de vie respectueux de l’Homme et de la Planète qui fasse force de loi au XXIe siècle. Que l’Europe soit la seule région du monde qui parvienne à proposer un modèle de société dans laquelle, non seulement l’économie est régulée, l’éducation gratuite, la santé un droit, et l’innovation encouragée mais également dans laquelle les citoyens se sentent totalement responsables de leur environnement social, technologique, professionnel, politique, naturel. L’Europe doit être un rêve d’avenir partagé !

Comment réformer les institutions ? En élisant, en 2019, une Constituante de députés européens élus sur ce programme précis et plus simplement les candidats placés par les partis politiques traditionnels. Cette Constitution (dont l’élaboration se fera avec les citoyens) permettra notamment de mettre un terme à la complexité institutionnelle de l’Europe et proposera la création d’une Europe plus intégrée et intelligible. Cette Constitution devra, certes, être ratifiée ensuite par les chefs d’Etat des pays, et c’est pourquoi il nous faut élire à tous les échelons, des candidats qui ont une vision précise et solide sur l’Europe. Si cela commence par seulement 12 Etats et une Europe à plusieurs cercles, ce n’est pas grave.

Prenons des exemples concrets, comme la guerre en Syrie. D’après vous, quelle position devrait adopter l’Union Européenne dans ce conflit ?

RR : Le premier problème, c’est l’absence de position européenne commune sur ce sujet. Quelle que soit la région, aucun des pays européens ne peut raisonnablement peser dans la balance face aux « empires » américains et russes, notamment. Une véritable Europe de la défense serait un préalable.

Aujourd’hui, ce conflit est devenu le terrain de jeu d’une nouvelle guerre froide. La France a adopté la position américaine, mais avec une armée et une autonomie de défense européenne, nous pourrions proposer qu’une zone démilitarisée soit mise en place dès maintenant, et nous mettre en retrait des positions velléitaires américaines ou russes.

L’Europe, de par son histoire et ses valeurs, doit pouvoir jouer un rôle efficace de médiateur à l’international.

La droite n’y est pas parvenue, la gauche non plus – comment est-ce que vous vous attaqueriez au problème du chômage en France ?

RR : Cette expression « problème du chômage » est déjà un problème en soi. Depuis ma naissance, j’entends à longueur de journaux que notre pays est en crise et qu’il y a ce fameux « problème du chômage ». Mais ce « problème » va aller grandissant avec des technologies qui feront une grande part de nos tâches actuelles dans l’avenir. Le chômage ne doit plus être perçu comme le symptôme d’une crise ou d’un échec ; c’est une transition vers une autre activité.

En France, on a peur du chômage parce que notre système éducatif ne nous apprend pas à nous adapter, à nous réinventer, à croire en nos capacités. C’est une erreur et un vrai problème! Il faut que l’on puisse donner à chacun la capacité de mener sereinement tout type d’activité, de se former, de réinventer. Personnellement, je mène plusieurs activités en même temps, certaines salariées, d’autres non, mais toutes enrichissent en permanence mon expérience et m’ouvrent des portes pour une carrière future dont je ne connais pas encore la nature, et c’est tant mieux.

L’inactivité professionnelle doit être vécue comme une période d’apprentissage, de transition et non une mise entre parenthèse de sa vie : de cela, il faut se donner les moyens. Si nous avions tous accès, de façon autonome, à l’activation d’un revenu de base, quand nous le souhaitons et sans justification, s’il était plus simple de passer du salariat à l’entreprenariat, si nous pouvions combiner certaines activités professionnelles, si nous valorisions toutes les activités, rémunérées ou bénévoles, alors, le « chômage » n’aurait plus du tout la même signification.

En vue de l’actualité, pensez-vous que le glas a sonné pour la Ve République ? Ne serait-il pas temps d’inventer une VIe République avec des institutions beaucoup plus modernes ?

RR : Il est absolument nécessaire de moderniser nos institutions. Mais je ne suis pas partisane, comme le propose Jean-Luc Mélenchon, de faire une grande constituante citoyenne à la va vite. Que va-t-il se passer si nous faisons cela ? Les citoyens choisis et peu expérimentés en matière juridique seront mis en vitrine d’un processus qui se passera, encore une fois, en coulisse. C’est de cela que nous ne voulons plus! Et si c’est juste pour changer quelques alinéas sans savoir véritablement pourquoi cette Ve République doit être changée, ce n’est pas la peine.

La construction d’une nouvelle République, pour qu’elle soit efficace, doit s’appuyer sur un travail solide de modernisation de notre société et de nos institutions. Pourquoi ne pas proposer un référendum à choix multiple dès les premiers jours d’un mandat présidentiel qui obligera l’Assemblée à adopter un texte de loi solide sur la modernisation et la moralisation de notre vie politique ? Dans le même temps, nous pourrions prendre véritablement le temps et commencer ce travail de création d’une République plus adaptée au monde moderne, avec la mise en place, non seulement de e-formations gratuites données par des experts, mais également d’un processus consultatif et décentralisé (porté par les civic tech).

Le, ou la gagnante de LaPrimaire sera candidat aux élections présidentielles, soutenu par les autres candidats du processus. Vous êtes prête à faire partie des candidats aux présidentielles ? Quel sens souhaitez-vous donner à votre candidature ?

RR : Lorsque j’ai pris la décision de m’engager, ce qui était une décision importante, c’était évidemment pour m’impliquer entièrement. Aujourd’hui, je suis plus que jamais engagée, surtout grâce aux nombreuses personnes avec lesquelles nous rédigeons un projet positif, pragmatique et européen.

Si je sors gagnante du processus, alors je mènerai campagne jusqu’au bout. Je ne peux me résigner à l’idée que 2017 soit l’année des mêmes débats, des mêmes personnalités que j’entends, pour certains, depuis ma naissance. C’est cela le sens de ma candidature : porter dans le débat une vision déterminée, européenne, pragmatique et progressiste de notre société.

Mais quelque soient les résultats, l’aventure ne s’arrêtera pas là. Le vrai tournant se situera lors des élections européennes de 2019 et nous avons déjà cela en ligne de mire. Ma candidature est un élan ; la réalité est un vrai projet qui se crée et que l’on souhaite porter le plus loin possible. Comme le dit si bien Jean Monnet « ce qui est important ce n’est ni d’être optimiste, ni pessimiste, c’est d’être déterminé ».

Roxane Revon, merci pour cet entretien !

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