Soutien au bijoutier de Nice: une irresponsabilité des politiques flagrante

En ce moment, j’ai mal à ma France. Le fait est, la mobilisation de soutien au bijoutier de Nice, si elle m’inquiète, ne me surprend pas. Cet élan de solidarité ne fait que révéler la souffrance d’une partie de nos concitoyens, la perte totale de repères chez eux. Heureusement d’ailleurs qu’en 1981, les réseaux sociaux n’existaient pas car, sinon, nous aurions toujours la peine de mort dans ce pays.

Des comportements honteux pour des élus de la République

Aujourd’hui, la question qui s’impose est celle-ci: pourquoi, désormais, autant de gens se lâchent? Ne faut-il pas y voir un lien avec l’attitude actuelle d’une part de la classe politique? A mes yeux, dans cette affaire, leur niveau de responsabilité est immense. Que penser d’un Christian Estrosi qui tweete le jour du drame “Je renouvelle mon soutien moral au bijoutier et à tous ses proches”? C’est une honte pour un élu de la République, un comportement tout simplement lamentable. Nous avons, aujourd’hui, des responsables qui se placent au-dessus des lois. De même, lorsque j’entends, sur BFM TV, Bruno Lemaire - pour qui j’ai pourtant le plus grand respect - affirmer comprendre le geste du bijoutier, les bras m’en tombent!

Ces propos sont graves, car l’attitude de ce commerçant - certes agressé violemment - demeure inexcusable. En France, ce n’est pas la loi du talion qui prévaut: nous ne sommes pas au Far West, on ne tire pas dans le dos des gens. Ce qui s’est passé, mercredi dernier, n’a strictement rien à voir avec la légitime défense. Et j’aimerais entendre beaucoup plus de politiques l’admettre publiquement. Dans cette triste affaire, ce sont eux qui donnent l’exemple, nous en voyons les résultats déplorables.

Que la droite balaye devant sa porte

Ainsi, lorsqu’à l’Assemblée nationale, Christiane Taubira souligne l’attitude anti-républicaine de Christian Estrosi, qu’elle rappelle que ses récents propos mettent “en danger l’Etat de droit”, elle ne saurait pas avoir plus raison. Comment, à l’avenir, vont raisonner certains de nos concitoyens? Tous à l’armurie et on tire sur le premier voleur venu? Je suis désolé, on peut ergoter pendant des heures mais rien ne vaut la vie d’un homme. Des bijoux ne valent pas une vie humaine.

Aujourd’hui, les élus de droite tentent d’instrumentaliser ce fait divers pour s’en prendre à la réforme pénale et la politique de sécurité du gouvernement. Qu’ils commencent par balayer devant leur porte! Sous Nicolas Sarkozy, à chaque fait divers retentissant, on pondait des lois qui n’étaient évidemment jamais appliquées et on manipulait les chiffres tout en baissant les effectifs de police. Je suis souvent critique envers Manuel Valls mais il est clair que sa politique est toute autre. Le nombre de policiers est en hausse, leurs conditions de travail ont été améliorées et la politique du chiffre a enfin été abandonnée. Et sur le terrain, ce mieux se ressent incontestablement. Quant à la réforme pénale, comment peut-on attaquer un suivi des récidivistes qui évite justement les sorties sèches? Cela n’a pas de sens. Il ne s’agit pas, dans ce projet de loi, de faire des cadeaux aux auteurs de délits, mais bel et bien d’assurer davantage de sécurité dans notre société.

Manipulation de l’opinion publique

Enfin, j’aimerais ajouter que dans le traitement de ce fait divers, les médias n’ont guère été mieux. Une nouvelle fois, la plupart d’entre eux ont favorisé le sensationnel, en ont appelé à l’émotion plutôt qu’à la raison. Une manipulation de l’opinion publique aux conséquences désastreuses. Le plus inquiétant dans tout ça est que je doute qu’ils en aient réellement conscience…

La justice, certes, peut être longue dans ses délibérations, mais elle est sacrée dans un Etat de droit. Cet homme a tué et pour l’instant, il est dehors. Nous pouvons également trouver ça très choquant. Mais c’est une décision de justice et en l’état, nous ne la discuterons pas. Il serait bien à l’avenir que tout le monde en fasse autant.

Sihem Souid

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