Laïcité : bon grain, ivraie.

Il est indéniable que la laïcité sert aujourd'hui de paravent à un racisme encore complexé. La haine et la peur s'expriment plus facilement dissimulée derrière la défense de la liberté d'expression : comme ça vous ennoblit un sentiment de bas étage ! Combien subitement votre ressentiment honteux prend de l'altitude !

Il est indéniable que la laïcité sert aujourd'hui de paravent à un racisme encore complexé. La haine et la peur s'expriment plus facilement dissimulée derrière la défense de la liberté d'expression : comme ça vous ennoblit un sentiment de bas étage ! Combien subitement votre ressentiment honteux prend de l'altitude !

 

Mais une fois qu'on a reconnu ce problème, on se retrouve devant un problème symétrique, dû à la mauvaise foi : la disqualification a priori de la laïcité pour délit de racisme.

Or, la laïcité n'est pas l'expression du racisme. Elle peut par contre, parfois, en être le paravent.

Mais certains esprits religieux, mauvais joueurs, font bien sûr semblant de voir derrière toute critique de la religion un racisme dissimulé. Comme c'est pratique! La laïcité devient un gros mot. Tout défenseur de la laïcité est un « laïcard », qui est très méchant. Et de fil en aiguille nous voila avec un pape qui se met à critiquer benoitement le « laïcisme ».

 

On voit bien donc la Réaction avancer ses pions, patiemment, bien consciente que le contexte lui est favorable.

Et ce pour au moins deux raisons :

- la fragilité dans laquelle se trouve donc la laïcité puisqu'elle est systématiquement suspectée d'être excessive, raciste, mal intentionnée.

- le contexte mondial anxiogène (crise du capitalisme, crise climatique, bouleversements technologiques ultra-rapides, voire mutation anthropologique...) qui débouche sur l'exacerbation des tensions et des souffrances.

 

La vieille fonction d'« opium du peuple » de la Religion a donc de beaux jours devant elle : il s'agit toujours d'être « le coeur d'un monde sans coeur », d'anesthésier les souffrances, de détourner sans fin l'attention des vrais raisons du désastre en cours, de garder encore les citoyens en enfance.

Sa réémergence permet donc à un système dément et injuste de perdurer, et notamment parce que la question laïque est profondément clivante à gauche. Quelle merveille, pour les puissants, que cette peau de banance sous les pieds de ceux qui les critiquent et dont l'uni serait dangereuse pour eux ! Et comme ceux-ci savent -car les puissants ont mieux lu Marx que pas mal de « socialistes »- que l'idée religieuse permettra en sus de calmer la populace, ils applaudissent plutôt deux fois qu'une...

 

Il est donc urgent de décontaminer l'idée laïque de ces pollutions : la laïcité doit être, sans soupçon possible, ce qui permet la construction d'un individu émancipé, à la conscience libre, sans embrigadement, sans endoctrinement d'aucune sorte.

 

Mais comment faire en cette période confuse ?

Je propose une solution assez simple : revenir au mot de Jaurès, « la république laïque et sociale (...) restera laïque tant que sociale », ou à cet autre issu de son discours de 1910, Pour la laïque  : « Laïcité de l’enseignement, progrès social, ce sont deux formules indivisibles. Nous lutterons pour les deux ».

Que signifie ces phrases ? Tout simplement que laïcité et question sociale sont les deux faces, indissociables, d'une même pièce : si le gouvernement renonce à lutter contre la souffrance qu'engendre l'injustice sociale et pour l'émancipation des esprits, il ne pourra pas empêcher le retour du religieux dans les affaires de l’État, et partant de, de l'obscurantisme et d'une « reféodalisation du monde ». Ce sera la conséquence directe de son échec.

 

De cela je tire une conclusion en forme de recette : le tartuffe est celui qui cite la laïcité sans jamais prendre en compte la question de l'injustice sociale. Il s'en sert comme d'une justification de son racisme (ou, très cyniquement, d'une arme contre une gauche consciente de son rôle) et ne soupçonne pas -ou ne veut surtout pas savoir- qu'une critique de gauche de la religion, qu'une défense de gauche de la laïcité est faite aux noms de l'égalité entre tous et de la lutte éclairée contre les dominations.

 

Partant de là, il est facile de démasquer les hypocrites, qui en acte et/ou en paroles, ne s'intéressent qu'à un seul aspect de la laïcité. Ceux-ci, au fond, utilisent la laïcité contre elle. Ils la dénaturent, la vident de son sens en n'en retenant que la surface.

Tant dans notre quotidien qu'au sommet de l’État, ils sont à combattre pied à pied, de même que ceux qui promeuvent cyniquement la religion, quand ils savent qu'elle est efficace pour éviter d'avoir des comptes à rendre.

Ah! j'oubliais: il faut également rire des apprenti-sorciers qui croient voir en la religion un possible fer de lance contre le capitalisme et ses excès: "ils ne savent pas ce qu'ils font".

tu-que-no-puedes
 

 

 

 

 

 

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