Politique énergétique: confusion obstinée des médias scientifiques concernant le rendement énergétique

L'entretien de cette confusion consiste à faire croire qu'un rendement énergétique ne peut jamais être supérieur à 100%, alors même que c'est là justement l'avantage des pompes à chaleur par rapport aux chauffages électriques

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Politique énergétique: confusion obstinée des médias scientifiques concernant le rendement

 

L'entretien de cette confusion consiste à faire croire qu'un rendement énergétique ne peut jamais être supérieur à 100%, alors même que c'est là justement l'avantage des pompes à chaleur par rapport aux chauffages électriques.

Par exemple, une pompe à chaleur ayant un COP de 4 est tout simplement une pompe à chaleur ayant un rendement énergétique de 400%

Conséquence de ce négationisme qui refuse la réalité de ces rendements supérieurs à 100%, la France a déjà pris 30 à 50 ans de retard par rapport au développement de la cogénération, c'est à dire de la production combinée de chaleur et d'électricité.

La cogénération est déjà très développée en Allemagne et en Europe du Nord, et c'est pour cette raison si l'Allemagne a pu vendre de l'énergie électrique à la France pendant toute la vague de froid de février 2012

L'incroyable obstination constatée dans nos médias scientifiques pour nier ces rendements supérieurs à 100% a une explication et une seule:

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Le fait de reconnaitre leur existence 

- met déjà en évidence le gaspillage que constitue un chauffage électrique  par rapport à une pompe à chaleur,

- mais surtout et en même temps, il met aussi en évidence le gaspillage que constitue une pompe à chaleur ordinaire du commerce par rapport à une "pompe à chaleur idéale"

 

En effet, le rendement 400% d'une pompe à chaleur ayant un COP=4 est encore typiquement une dizaine de fois inférieur au rendement maximum théorique, bien connu des thermodynamiciens, et qui est donné par la formule

rpachmax = 295 / deltaT

avec deltaT = écart de température entre les locaux que l'on chauffe et le milieu ambiant: "l'air du temps", en °C.

Par exemple, avec dix degrés d'écart entre la température intérieure de l'immeuble et la température extérieure, ce rendement maximum théorique a pour valeur:

295 / 10 = 29,5 = 2950%, soit environ 3000%



Du point de vue pédagogique, l'utilisation du concept de rendement énergétique est une des manières les plus simples de montrer au grand public que tous les chauffages traditionnels sont incompatibles avec une gestion rigoureuse des ressources énergétiques, parce que le très grand écart entre le rendement maximum théorique et le rendement réel met en évidence  des pertes par dégradation d'énergie ou pertes entropiques, qui représentent typiquement

- 97% des ressources consommées dans le cas des chauffages électriques, et

- 95% des ressources consommées dans les divers chauffages par combustion.

Dans le cas des pompes à chaleur, les pertes entropiques représentent encore typiquement 90% des ressources consommées

Avec les chauffages par cogénération, les pertes entropiques sont beaucoup plus faibles. La consommation de ressources est alors peu différente de celle d'une pompe à chaleur idéale pour une raison évidente: la chaleur utilisée est alors la chaleur sans valeur rejetée par un groupe électrogène ou par une centrale thermique



Wikipédia dans la préhistoire et Larousse recule

Le fait que le rendement d'une pompe à chaleur soit supérieur à 100%  est tout de même pris en compte - avec des pincettes - par la nouvelle encyclopédie Larousse, qui remplace depuis fin avril 2013 ce qui était auparavant l'encyclopédie contributive Larousse en ligne. On y lit ceci:

En revanche, les machines frigorifiques ou pompes à chaleur ont un rendement supérieur à l'unité, que l'on préfère, pour éviter toute confusion, désigner par le terme « efficacité » ou « coefficient de performance »

 

Remarquer au passage un superbe contre-sens: le fait de remplacer le mot "rendement" par "coefficient de performance" ou "COP" lorsque sa valeur est supérieure à 100% ne peut que servir à entretenir la confusion et pas du tout à l'éviter. Il s'intègre en effet dans la logique à la fois humoristique et contre-scientifique suivante: 

quand un rendement est supérieur à 100%, on décide de ne plus l'appeler rendement. Après quoi on peut magistralement affirmer qu'un rendement énergétique ne peut jamais  dépasser 100%!!!

Le rédacteur de Larousse n'aurait pas fait cette coquille s'il avait vu un article qui était lisible d'avril 2011 à avril 2013 justement dans l'encyclopédie contributive Larousse en ligne et qui était intitulé: "Les trois rendements d'un transformateur d'énergie: 1°) rendement énergétique  2°) rendement théorique maximum  3°) rendement relatif"

Ce document est toujours disponible dans sa version pdf, 7 pages:

En bref, avec l'exemple utilisé ci-dessus: le rendement théorique maximum de la pompe à chaleur vaut environ 3000%

Si, dans ces conditions, une pompe à chaleur a un coefficient de performances

COP=3, cela signifie: rendement réel = 300%

son rendement relatif vaut

rendement réel / rendement théorique maximum

= 300% / 3000% = 1 / 10 = 10%

A énergie électrique consommée égale, la pompe à chaleur en question fournit donc trois fois plus de chaleur qu'un chauffage électrique, mais c'est encore dix fois moins que le maximum théorique qui serait fourni par une pompe à chaleur idéale.

Cet aveuglement obstiné des médias scientifiques devant la réalité des rendements supérieurs à 100% des pompes à chaleur pose le problème d'une régression dans la capacité de raisonnement rigoureux des scientifiques placés aux postes-clés de l'information.



Si Larousse reconnait bien rappelons-le, la réalité des rendements supérieurs  à 100%, comme on l'a vu:

Les machines frigorifiques ou pompes à chaleur ont un rendement supérieur à l'unité, que l'on préfère, pour éviter toute confusion, désigner par le terme « efficacité » ou « coefficient de performance 

en revanche, Wikipédia n'en est pas encore là, comme on le voit dans Wikipédia/cogénération/discussion:

Le COP d'une pompe à chaleur peut être supérieur à 100% parce qu'il ne s'agit pas d'une conversion d'énergie, mais d'un déplacement. Rien à voir avec un rendement (sic). En revanche, cela a du sens de parler du rendement d'une chaudière

 

En conclusion, force est bien de reconnaitre  l'aveuglement obstiné des médias scientifiques français devant cette réalité qui crève les yeux:

le rendement d'une pompe à chaleur idéale est très supérieur à 100%, il constitue une nouvelle référence qui montre à quel point la mise en exergue du fameux rendement 100% des chauffages électriques est un anachronisme. Il montre que la chaleur de nos immeubles, appelée "chaleur basse température", est une énergie de très faible valeur et qui peut être pratiquement gratuite quant aux ressources consommées

Il est aisé de contourner ce blocage grâce à la preuve que constitue justement le grand développement  déjà pris par la cogénération  en Allemagne et en Europe du nord: le chauffage par cogénération utilise tout simplement  la chaleur rejetée par un groupe électrogène dans le cas du chauffage individuel, ou par une centrale thermique dans le cas du chauffage urbain.

Voir l'article suivant, ses liens et ceux donnés par ses commentaires:

Les chaudières à gaz avec ou sans condensation: toutes en retard d'une génération

Ortograf-FR doc f460 d05 mai 2013

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