Pesticides : il est temps d'agir !

« On meurt déjà des pesticides en Corrèze, comme dans d'autres régions », s'alarment Jean-Pierre Frachet (Appel des médecins limousins), Fabrice Micouraud (ONGF), Corinne Morel Darleux (tête de liste Front de Gauche aux européennes Massif Central - Centre) et Pascale Rome (conseillère régionale Limousin). Ils réclament une réorientation des politiques locales, nationales et européennes.

« On meurt déjà des pesticides en Corrèze, comme dans d'autres régions », s'alarment Jean-Pierre Frachet (Appel des médecins limousins), Fabrice Micouraud (ONGF), Corinne Morel Darleux (tête de liste Front de Gauche aux européennes Massif Central - Centre) et Pascale Rome (conseillère régionale Limousin). Ils réclament une réorientation des politiques locales, nationales et européennes.





Alors que la nocivité des pesticides sur l'environnement (pollution des eaux et des sols) et sur la santé humaine est désormais avérée, rien ne semble avancer. On continue en Corrèze de traiter entre mars et octobre des pommeraies proches parfois de moins de 50 mètres des habitations. Certaines sont à une dizaine de mètres des traitements et reçoivent des produits jusque sous les fenêtres des maisons ! Et pour cause, les documents d'urbanisme prévoient de ne pas construire à 50 mètres des vergers mais ce n'est pas une réglementation opposable au droit.. 

40 à 50 traitements par an de produits dangereux, à proximité de lieux de vie, sans protection ni pour les habitants ni pour les agriculteurs.
Et pourtant...

Depuis de nombreuses années les rapports de l'Inserm, le dernier en  2013, pointent la dangerosité des pesticides sur la santé. Des agriculteurs victimes de cancers, leucémie, parkinson, myélome se battent pour être reconnus en maladie professionnelle suite à leur exposition aux pesticides. En mars 2013, un appel de 150 médecins limousins (près de 250 aujourd'hui) a tiré la sonnette d'alarme sur l'augmentation des maladies chroniques chez leurs patients (cancers, troubles de la fertilité, maladies neurologiques, diabètes, obésités, malformations..), et exprimé l'inquiétude de beaucoup sur ces produits toxiques utilisés sans véritable contrôle. Il a relayé en cela le travail de longue haleine des lanceurs d'alertes que sont les associations telles ONGF, sur le territoire d'Allassac, en Corrèze. Les inquiétudes sont nombreuses : malgré ces multiples appels, les épandages continuent. On sait pourtant que de nombreux pesticides sont des perturbateurs endocriniens dont l'effet ne dépend pas de la dose reçue mais de la période d'exposition, et dont l'effet s'ajoutent à ceux d'autres substances. On sait que les enfants et les femmes enceintes sont particulièrement vulnérables.

Il ne s'agit pas de s'opposer à une profession, que nous considérons victime d'un modèle de production qui la contraint à une rentabilité toujours plus grande pour coller aux impératifs de la grande distribution dans un marché européen qui a abandonné l'idée de régulation et qui préfère livrer ses paysans au dumping le plus destructeur.

Mais il s'agit de faire œuvre de responsabilité face à la catastrophe sanitaire qui se joue sous nos yeux. On meurt déjà des pesticides en Corrèze, comme dans d'autres régions de production.

Nous exigeons au niveau local que les maires s'engagent à protéger les populations qu'ils administrent par des arrêtés anti pesticides.

Nous exigeons au niveau régional l'arrêt des financements accordés aux productions qui utilisent massivement des pesticides et leur réorientation vers des aides à la conversion.

Nous nous félicitons de l'arrêt des dérogations à l'interdiction de l'épandage aérien, mais continuons d'exiger au niveau national:

  • la garantie que les autorisations de mise sur le marché (AMM) soient conformes à l'intérêt général, grâce à des tests réalisés par des laboratoires indépendants et par leur délivrance conjointe par les trois ministères concernés : Santé, Environnement, Agriculture
  • que l'Etat fasse appliquer les réglementations existantes en renforçant les contrôles sur l'usage des pesticides toxiques
  • qu'il engage la transition agricole vers un modèle plus respectueux de l'environnement et des hommes par un investissement public conséquent vers l'agriculture paysanne et biologique.

Nous exigeons au niveau européen :

  • un véritable “verdissement” de la Politique Agricole Commune qui réoriente les aides vers les modèles de polyculture paysanne et vers celles et ceux qui dans les petites exploitations en ont vraiment besoin
  • une directive qui interdise l'usage des perturbateurs endocriniens sans céder aux arguties de l'industrie.   

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