Le Guêpier – Chapitre 4

Chapitre 4 de l’épopée à suspense inspirée des méandres de l’« affaire » DoublO

 

 

 

Le guêpier1

 

 

Pas de noisettes pour les pigeons

(L’antimirage des chaumières)

 

 

Épopée2 à suspense
née de l’imagination de

Jean-Pierre Lamargot

 

1 « Endroit dangereux, situation complexe et délicate dont on arrive difficilement à sortir sans dommage. Synonymes : pétrin (familier), piège, souricière, traquenard. Donner, tomber dans un guêpier. »

« Ce n'est pas la peine de nous donner tant de mal pour tirer Albert du guêpier où il s'est fourré »  (François de Curel, La nouvelle idole, 1899, I, 1, p. 163), selon Le Trésor de la Langue Française informatisé (cf. http://atilf.atilf.fr/)

2 Long poème ou récit « de style élevé » où la légende se mêle à l'histoire pour « célébrer un héros ou un grand fait ». On pourrait sans doute à bon droit aussi bien parler de prétérition (« figure par laquelle on attire l'attention sur une chose en déclarant n'en pas parler »)

 

 

- 4 -

Côté pile et côté faste

 

Viaduc était à présent parfaitement détendu … et tout à fait serein !

 L’avenir se présentait bien !

 Un dernier doute plissait pourtant encore une légère ride en travers de son front : 

 « - Un risque subsiste malgré tout car, même si le sort nous est favorable, il faudra cependant rembourser le capital à l’échéance.

- Évidement, il le faudra, puisque c’est contractuel !

- Et nous tiendrons nos engagements, puisque nous sommes Squirrel. Mais ne paierons-nous pas chèrement cette garantie en commissions d’assurance ?

- Pourquoi voudrions-nous nous embarrasser d’assurances ? Tenez-vous tellement à faire prospérer leur chiffre d’affaires ?

- Proposeriez-vous que nous soyons nos propres garants ?

- Et pourquoi nous en priver, si cela ne nous coûte rien1 ?

-  Je ne pratique pas la roulette russe ; voilà pourquoi !

- Je vous en prie, gardez votre sérénité. Nous connaissons parfaitement les moyens de maîtriser parfaitement et complètement le risque. Et même au-delà !

- ? ? ? …

- Raisonnons sur des chiffres simples : 100 euros, par exemple. Comment être certain de pouvoir rembourser 100 euros qu’on vous aurait prêtés six années auparavant ?

- ? ? ? …

- D’abord, il faut connaître la valeur du taux sans risque à l’origine »

Sans plus attendre, et devançant l’objection qu’annonçait le retour de la ride frontale, DP enchaîna :

- « Le taux sans risque est celui auquel peuvent être placés des fonds pour une durée donnée, auprès d’emprunteurs présentant des garanties de remboursement absolues. Des emprunts d’États, par exemple…

Il est en ce moment de 5 % environ. C'est-à-dire, en capitalisant sur six ans (1,05 puissance 6) 34 %, en négligeant les décimales. Autrement dit, en plaçant 100 euros pendant six ans, vous en récupérez 134 ; ou encore 100 euros plus 34 euros.

- Ou bien encore, sur les 100 euros que j’ai collectés, je peux en placer 75, qui deviendront à coup sûr 100 six ans plus tard.

Il en reste donc 25 euros dont je peux faire ce que bon me semble !

- Bravo ! Vous avez saisi le b-a-ba de l’ingénierie financière.

Le front de Viaduc était devenu plus lisse que le popotin d’un nouveau né. Mais cette sérénité ne dura que l’ombre d’un instant, car avaient resurgi les tourments du doute, en troupeaux (et en rides) serrés :

- Mais si moi, j’ai réussi à comprendre, pourquoi nos clients ne le pourraient-ils pas ?

Et s’ils y parviennent, pourquoi donc nous confieraient-ils 100 euros dans la seule perspective d’en récupérer autant six ans plus tard ? Alors qu’en les plaçant directement eux-mêmes au fameux taux sans risque, ils en auraient recueilli 134 ?

Un suicide financier en quelque sorte ou de la générosité gratuite, ce qui revient au même.

- C’est que leur perspective ne sera pas celle que vous dites : ils seront persuadés de récupérer 200 euros, de doubler leur mise, en souscrivant à Duplex.

- Par quelle alchimie miraculeuse ?

- Douteriez-vous des capacités de notre service marketing ? jésuita derechef DP.

 

 

 

 

Prochain épisode : Chapitre 5 – Les grandes manœuvres

 

1 Un bel échange, tout à fait digne des Jésuites et de leur art consommé de répondre à des questions par d’autres questions ; on se souvient de ce quidam qui, ayant suggéré au Jésuite de répondre autrement qu’à son habitude, s’entendit concéder finement : « Et pourquoi pas ? »

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