Décès d'un militant laïque historique: Michel Bouchareissas

Michel Bouchareissas (1932-2013) fut en particulier secrétaire général du Comité national d'action laïque. Luc Bentz, secrétaire national de l'UNSA Éducation, secteur Fonction publique-Personnels et secrétaire général du Centre Henri-Aigueperse / UNSA Éducation, nous offre ci-dessous un texte en sa mémoire.

Michel Bouchareissas (1932-2013) fut en particulier secrétaire général du Comité national d'action laïque. Luc Bentz, secrétaire national de l'UNSA Éducation, secteur Fonction publique-Personnels et secrétaire général du Centre Henri-Aigueperse / UNSA Éducation, nous offre ci-dessous un texte en sa mémoire.


Michel Bouchareissas Michel Bouchareissas
Pour une génération militante, il reste Boucha: le héraut — et le héros — du combat laïque, notamment dans la période 1981-1984, un combat dans lequel il avait mis toute son énergie, la force de convictions fortement affirmées, la vigueur de sa plume et, pour ceux qui avaient eu le bonheur de l'entendre, en meeting comme en congrès, ses dons exceptionnels d'orateur.

Michel Bouchareissas, né dans un milieu très modeste d'exploitants agricoles limousins, avait été admis à l'école normale d'instituteurs de Limoges après avoir suivi le cursus honorum prolétaire de l'époque: classe de certificat d'études, cours complémentaire, collège moderne.

Affiche pour une réunion sur l'Espagne présidée par Michel Bouchareissas (1965). Délégué normalien auprès de la section départementale du Syndicat national des instituteurs, (SNI) il y milita activement tout en poursuivant une carrière professionnelle comme professeur de collège. Secrétaire de la section de Haute-Vienne en 1963, militant remarqué pour son action en 1968, il entra simultanément au Bureau national et au Secrétariat permanent du SNI en 1969 où il faut successivement chargé des jeunes, de la vie interne (où il jouera un rôle éminent dans la structuration du courant majoritaire Unité-Indépendance-Démocratie du SNI) puis de l'École libératrice (responsabilité qu'il occupera deux fois), hebdomadaire du Syndicat qui tire alors à 300 000 exemplaires et dans lequel il publie des «notes d'humeur» à l'humour incisif.

En 1980, Michel Bouchareissas devint secrétaire général du Comité national d'action laïque (CNAL), responsabilité dont il eut la charge jusqu'en 1987. À partir de 1983, il est déchargé de la direction de l'École libératrice.

Comme le précise la note biographique rédigée par Guy Le Néouannic pour le dictionnaire Maitron :

    « L’élection en 1981 de François Mitterrand à la Présidence de la République et l’arrivée de la gauche au pouvoir en firent le porte-parole et l’animateur des multiples manifestations laïques dans la tourmente politique que déclencha le projet de « grand service public unifié et laïque de l’Éducation Nationale », proposition du programme du candidat à l’élection présidentielle, appuyée par le CNAL. Il fut l’un des organisateurs du meeting du CNAL du Bourget où Pierre Mauroy, premier ministre et Alain Savary, ministre de l’Éducation nationale, prirent la parole avant lui. »

    En 1983, il est en concurrence avec Alain Chauvet pour succéder comme secrétaire général du SNI-PEGC à Guy Georges. Finalement, c'est Jean-Claude Barbarant qui devient secrétaire général du Syndicat. Michel Bouchareissas, à partir de 1985, reprend la direction de l'École libératrice tout en conservant le secrétariat général du CNAL.

    En 1987, il cesse ses fonctions syndicales mais, dès 1988, est appelé au cabinet de Roger Bambuck. Nommé inspecteur général de la Jeunesse et des Sports, il assume cette fonction jusqu'en 1997. En 1992, il tient à adhérer au Syndicat des enseignants (SE-UNSA) et participe régulièrement aux activités du Centre Henri-Aigueperse ainsi qu'au jury du prix Maitron. Adhérent du Parti socialiste depuis les années cinquante, il y milite activement à partir de 1997, devenant délégué général de la fédération socialiste de Haute-Vienne et écrivant  des billets d'humeur dans le Populaire du Centre. Toujours fervent défenseur de l'École publique — le combat d'une vie — il milite activement au sein des Délégués départementaux de l'Éducation national et devient même président de l'union départementale des DDEN de Haute-Vienne et membre du Bureau national de la Fédération des DDEN.

    C'est Michel Bouchareissas qui prononça en 2002 l'éloge funèbre de son maître en syndicalisme, Pierre Desvalois, ancien secrétaire général du SNI. Frappé par la maladie qui, peu à peu, le tenait de plus en plus éloigné du monde, Michel Bouchareissas vient de disparaître à son tour. Et avec lui une grande page d'histoire syndicale.

    En 1967, Jean Cornec, président de la FCPE, avait publié Laïcité chez SUDEL. En 1982, Jean Cornec et Michel Bouchareissas publiaient L'Heure laïque (éd. Clancier Guénaud). Ce n'était pas qu'une version actualisée du précédent. Depuis 1967, malheureusement, il s'était passé tant de choses !

    Les deux auteurs affirmaient dans leur conclusion, datée du 28 mars 1982 (un siècle avec l'adoption de la loi Jules-Ferry) :

    « L'histoire de la laïcité est cette longue histoire des hommes qui, peu à peu, ont dégagé la dignité et la raison de ce qui les opprimait jusqu'à construire la démocratie politique et la République.

    « Ils ont su le faire, du moins en France, malgré les puissances d'argent, malgré les féodalités spirituelles, malgré la colonisation des médias; ils le feront encore parce que cette conquête de la liberté ne laisse pas de trêve et ne connaîtra pas de fin; parce que la laïcité ne trie pas entre les êtres et les convictions; parce qu'elle accepte leurs différences  et parce qu'il y aura toujours, hélas, face à elle, des fanatismes, des idéologies obligatoires et des normalisateurs.

    «La laïcité est bien, en cela, la forme supérieure de la pensée libre, l'éthique la plus jeune et la plus actuelle tout à la fois. Aucune dialectique ni aucun slogan ne pourront jamais gommer une évidence d'une telle dimension...»

Luc Bentz

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