Un texte d'Eddy Khaldi, auteur de "Main basse sur l'école publique".

« Le système éducatif gagnerait à être moins administré, moins géré, et plus animé. L'enjeu est de faire vivre une communauté et une équipe éducative, dans laquelle le chef d'établissement a un rôle pivot », déclare jeudi 22 septembre 2011 Éric Mirieu de Labarre, secrétaire général de l'enseignement catholique, à l'occasion d'un déplacement de Luc Chatel, , au lycée Teilhard-de-Chardin, un établissement privé sous contrat d'association avec l'État, à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne).
Luc Chatel explique : « Nous avons regardé ce que faisait l'enseignement privé sous contrat, qui avait déjà une culture de travail en équipe pédagogique, et nous avons instauré deux heures d'aide personnalisée au lycée et les enseignements d'exploration, qui ne correspondent pas à une pré-orientation ».
Éric de Labarre. « ...nous souhaitons un débat de fond sur l'école pendant cette période électorale », indique-t-il. « L'enseignement catholique contribuera à ce débat, pour tout le système éducatif, qu'il soit privé ou public ».
Extraits de la dépêche AEF n°155471 du 22 septembre 2011


QUELQUES REMARQUES
Un véritable contre-pouvoir ecclésial s’est ainsi installé, par effraction dans le champ institutionnel, aucune loi ne
reconnaissant au secrétaire général de l’enseignement catholique, aux directeurs diocésains et à leurs différentes structures le droit de s’arroger un pouvoir pseudo-administratif et d’interférer dans les contrats de droits publics en lieu et place des responsables d’établissements privés, chefs d’établissement, organismes de gestion d’établissement ou propriétaires .
Ces établissements privés si souvent présentés comme « libres » et « autonomes », sont de fait, muselés par un nombre impressionnant de structures para-administrative, fortes de quelques milliers d’agents…A titre d’exemple la seule direction diocésaine de Vendée emploierait près de 50 personnes, sans compter les structures académiques et régionales !
Ceux qui ne cessent de présenter l'enseignement public comme uniforme et l'enseignement privé contractuel comme original, moderne, pluraliste, divers… en un mot, libre, s’adonnent à une publicité mensongère des plus grossières. L’enseignement catholique relève du droit public pour les subventions, du droit privé pour sa gestion et son recrutement sur le modèle de l’entreprise, et du droit canon pour formater les consciences.
Les orientations données à l’enseignement catholique français, sont définies conformément aux grandes orientations du Vatican, au sein de la Congrégation pour l’Education catholique. L’assemblée de l’épiscopat nomme quant à elle, le secrétariat général de l'enseignement catholique (SGEC).
Ce dernier, on l’a vu, s’est érigé en toute illégalité, au rang d’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics, en toute illégalité.
Les services du Secrétariat général reposent juridiquement, quant à eux, sur plusieurs associations : le Comité
national de l’enseignement catholique (CNEC), l’Œuvre des apprentis orphelins d’Auteuil(OA), l’Association de Gestion de l'Information et de la Communication dans l'Enseignement Catholique (AGICEC), et enfin, la Maison Associative de la Formation de l'Enseignement Catholique (MAFEC).
Ajoutez à cela, le CNEAP, la FNOGEC, l’UGSEL, et Formiris…Non, vous n’êtes pas devant la liste des excipients d’un nouveau bonbon acidulé, encore moins devant une liste des codes-emploi de l’ANPE. Il s’agit de quatre organismes représentant l’enseignement catholique, à l’échelle nationale.
La fédération Formiris s’est constituée en 2004, se substituant à l’UNAPEC et aux ARPEC. Les crédits de formation des enseignants sont globalisés et versés globalement par l’Etat à cette Fédération d’organismes nationaux, personnes morales indépendantes, qui sont en lien étroit avec le Secrétaire général de l’Enseignement catholique.
On notera que l’UGSEL signe chaque année deux conventions, l'une avec le Ministère de l’Education nationale et de la
Recherche, l’autre avec le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative. Le SGEC administre le CNEC, Comité National de l'Enseignement Catholique, présidée par l’évêque qui représente l’épiscopat.
Ce CNEC est exclusivement composé d’organisations ayant l’aval de l’épiscopat et ses membres sont cooptés. C’est pourquoi, certaines organisations syndicales (SNUDEP hier, CGT, CGC, FO …aujourd’hui) en furent, ou en sont exclues, y compris certains syndicats de parents d’élèves, jugés trop à gauche (tels l’APEEC).
Parmi les membres du CNEC figurent donc, l’UNAPEC, seule association de parents d’élèves reconnue, mais aussi, des anciens élèves, des personnalités, des représentants de diverses congrégations, des mouvements d’action catholiques telles que l’Action Catholique des Membres de l'Enseignement catholique (ACMEC), des religieux, avec la Conférence
des supérieures majeures (CSM), ou encore, la Conférence des supérieurs majeurs de France (CSMF), des religieuses en mission éducative (RMS), issues de l’Union des fr res enseignants (UFE)…
Ces multiples instances se sont regroupées au sein de l’Union des réseaux congréganistes dans l’Enseignement catholique (URCEC).
Il faudrait citer, pêle-mêle, l’enseignement supérieur privé, les instituts catholiques, les organismes de formation catholiques, les organismes de gestion (FNOGEC), les réseaux de la Formation et les centres de formation CFP ICP, des
représentants des directeurs diocésains nommés par les évêques, des chefs d’établissements (SNCEEL Syndicat national des Chefs d'établissements de l’Enseignement Libre), l’UNEAP, Union nationale de l’Enseignement
agricole privé, l’UNETP Union nationale de l'Enseignement technique privé, ADDEC Alliance des Directeurs et Directrices de l’Enseignement chrétien…,
S’ajoute à ce mille-feuille certes indigeste, plus d’une vingtaine d’autres organismes et associations toutes apparemment plus essentielles les unes que les autres, à la bonne marche de l’ « école libre ». Tellement plus moderne…
En multipliant les associations qui s’emboitent plus ou moins bien comme des poupées russes on multiplie ces tirelires réceptacles des fonds publics.
Pour justifier son « caractère propre », bien souvent l’enseignement catholique prétend conduire une « pédagogie propre ». Peu de chercheurs se sont penchés sur cette affirmation portée par l’enseignement catholique pour justifier le fait qu’elle quémande ainsi une part toujours plus grande dans le marché de l’éducation.
L’argument pédagogique est un leurre pour inscrire l’enseignement privé dans le jeu de la concurrence entre les établissements et du consumérisme des utilisateurs.
Il n’y a pas de pédagogie propre comme telle à l’enseignement privé.
Dans un article du Monde, Paul Malartre précédent secrétaire général de l’enseignement catholique, soutenait une thèse inverse et analysait objectivement la situation avec regret pour dévoiler un constat en forme d’avertissement : « l'indifférenciation, au point d'arriver à un faux pluralisme scolaire et que plus rien ne nous distingue de l'enseignement public en termes de projet éducatif.", désignant "des chefs d'établissement parfois démissionnaires, des projets qui n'ont plus aucune référence catholique ou font montre d'une très grosse discrétion, par peur que cela ne gêne le recrutement ».
S’il n’y a pas de pédagogie propre à l’enseignement catholique, il demeure par contre une sélection très insidieuse des élèves avec un profil en termes d’origine sociale le plus souvent très homogène. Et des méthodes assez particulières pour faire le tri entre le bon grain et l’ivraie idéologique des enseignants.
Eddy KHALDI

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