Frontière belge de Nicolas Freeling

Ce roman se déroule dans les années 1960 quand il existait encore des frontières entre la Belgique, la France et les Pays-Bas.

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Nicolas Freeling (de son vrai nom Nicolas Davidson) est décédé en 2003 (né en 1927). Il était chef cuisinier et alors qu’il purgeait une peine de prison de trois semaines (accusé à tort d’un vol de nourriture), il a décidé d’écrire pour ne pas s’ennuyer. C’est comme ça qu’est né, à partir de 1962, son héros récurrent, le commissaire Van der Valk. « Frontière belge » est la troisième histoire de ce policier et a été publiée en France, en 1965, la première fois. La réédition aux éditions L’Archipel m’a permis de faire connaissance avec l’auteur et son policier. Et je dois le dire tout de suite, c’est une belle rencontre !

Le récit se situe dans les années 60. On est loin des procédés modernes avec l’ADN, des téléphones portables, des échanges par mail et des recherches sur internet. Cela donne un petit côté suranné que j’ai énormément apprécié tant dans le contexte que dans l’écriture.

L’inspecteur Vand Der Valk marche dans les rues d’Amsterdam et assiste à un accident. Il échange quelques mots avec le conducteur qui meurt sous ses yeux et il aide une jeune femme, sa fille à s’en sortir. Pour une raison inexplicable, elle l’intrigue mais il finit par ne plus y penser car il doit se concentrer sur son métier : enquêter. Ça tombe bien, une voiture abandonnée ouverte avec les clés, devant une demeure lui pose question.  En jouant les cambrioleurs, il rentre dans l’habitation et découvre un homme assassiné. Rien ne permet de l’identifier, pas de vie privée ? Il se cachait ? Bizarre…..

Pour essayer de cerner, de savoir qui est vraiment l’homme tué sans identité, l’inspecteur va se « couler » dans sa personnalité. En utilisant le peu d’indices qu’il a, il se glisse dans ses pantoufles, s’imprègne de ce qu’il observe pour arriver à raisonner, à penser comme lui. Il est suffisamment intuitif pour exploiter la moindre petite piste et il s’en sort pas mal. Il s’arrange avec les formalités car il aime bien exploiter ce qu’il examine à sa façon. Ses déductions et ce qu’il en fait valent le détour car c’est très original. Les investigations de notre fin limier vont l’amener à visiter l’Allemagne, la Belgique en plus du pays où il réside. Cela permet de découvrir les mœurs de chaque endroit, les relations plus ou moins tendues entre ces contrées, les commentaires des douaniers etc. C’est très intéressant.

L’écriture, un peu à l’ancienne, est quelques fois teintée d’ironie, voire d’autodérision et d’humour, c’est un régal. Les traducteurs avaient bien besoin d’être trois pour ne pas rater la subtilité du texte, merci à eux ! Il n’y a pas un rythme trépidant, des rebondissements à foison, simplement un homme qui a les yeux ouverts, qui scrute et ne laisse rien passer. J’ai lu qu’on comparait les romans de cet auteur à ceux de Simenon. Simenon m’ennuie, je trouve que ça n’avance pas. Là, je n’ai vraiment pas ressenti de lenteur. L’attitude de l’inspecteur ne m’a pas exaspérée ou gênée, bien au contraire. Je l’ai trouvée amusante, un brin roublarde parfois et son interprétation des faits est captivante. Et puis, il y a cette atmosphère indéfinissable, si bien exprimée qu’on a l’impression de regarder un film en noir et blanc.

Vraiment un super moment de lecture !

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