Billet de blog 1 mars 2013

Le Printemps des Poètes

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Claude Ber présente Violente Vie, de Marie-Claire Bancquart

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Claude Ber présente l'ouvrage de Marie-Claire Bancquart, Violente Vie

A quelques mois d’intervalle viennent de paraître les Actes du Colloque de Cerisy-La-Salle sur Marie-Claire Bancquart, qui s’est tenu en septembre 2011 et son dernier livre, Violente vie, aux Editions du Castor Astral. Deux livres somme. L’un décline les principaux aspects d’un parcours poétique majeur à travers analyses universitaires et témoignages de poètes, l’autre donne à voir la quintessence d’une vie à travers la parole poétique.

Parole dense, brève qui allie comme toujours la clarté – cette lucidité aigue qui fait l’intensité de l’écriture - et la surprise du poétique à l’affût de notre énigme. Tout est dit dès le titre de cette « violente vie » qui tiraille entre « le bruit et la fureur » et la musique unique de chacune de nos frêles et précieuses existences. Son et sens expriment cette dualité qu’est vivre quand il faut à la fois savoir le futur mourir et continuer de goûter la saveur de chaque instant.

Cette ambivalence traverse tout le recueil jusqu’à cette racine ou saveur et sagesse se rejoignent comme se joignent les deux mots à leur origine.

Je suis pour dire

la non destination

l’étroite peau

dans l’étroit décor

mais pour dire aussi

l’énergie

son étrangeté

lumineuse

célébrer le regard vers les choses

l’enracinement de parole

dans les formes du monde

et la vie provisoire

Le poème est là pour « susciter présence/de toutes les vies/ surtout les très minces » avec une simplicité attentive au détail du quotidien comme au profond du corps, à « ses reptations de tissus »,  à cette surprenante aventure de vieillir, dont il apprivoise l’angoisse de l’avancée vers l’inconnu : « suinter/ matière à vif,/ suc de matière, / mot d’investiture possible ». C’est en explorant « les minutes de notre vie », qu’il recueille et apprivoise son irréductible et inquiétante étrangeté. Réconciliant avec le tout dont un jour « nous serons indiscernables » par une obstinée « célébration du temps qui reste ». S’élevant à une méditation qui interroge notre condition dans son intimité (les battements du « coeur entre les côtes » ou contre nos gencives, la langue qui se débat, «animal prisonnier » …) mais aussi la destinée collective quand  « il fait/partout/violemment anti-homme parmi les hommes ».

Et toujours l’imaginaire du langage, où la profondeur du regard est indissociable de l’expérience sensible, va avec sûreté au cœur des choses. A l’esquisse rapide de ce vieil homme assis sur un banc et qui « s’efforce/de trouver la vie naturelle » comme à encore et toujours un « oui » à la vie qui appelle l’éveil.

Dans le sabotage du monde

né de haine et guingois

parmi l’univers rond, plissé, froissé, comme on voudra

va-t-en vers les provisions de bonheur

cachées çà et là, comme l’écureuil fait de sa nourriture

Saisi par une passée d’hirondelles, un détail de tableau,

Fais réserve de garde, de tendresse,

et partage

A prendre au mot le poème et à glaner ce que ceux de Marie-Claire Bancquart nous livrent en partage, il se fait ample provision de l’essentiel…

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