… entraîné par le flot cornu
Sa verdure toute gâtée et ses arbres à la dérive
Au fil du puissant fleuve jusqu’à l’embouchure,
Pour y prendre racine, île salée et nue,
Séjour des orques et des phoques et des goélands criards,
Afin de t’enseigner que Dieu n’attribue à un lieu
Aucune sainteté si aucune n’y fut apportée
Par les hommes qui le fréquentent ou l’habitent.
Références : John Milton, Le paradis perdu, poésie Gallimard 1995
Nous vous devons plus que la lumière, promet EDF ; le plus bel endroit sur la terre est le ciel, proclame Air France. On dirait, comme dans cet extrait du Paradis Perdu de John Milton, que le créateur parle à travers ces deux phrases de publicité. Du haut des cieux, du fond de la lumière ; du cœur des Centrales, du haut des avions qui traversent le globe, le séjour des orques et des phoques et des goélands criards.
A défaut d’avion, à nous de vous faire aimer le train et s’ils ne roulent pas, merci de votre compréhension. Laissez-nous tranquille avec vos langues mortes auxquelles vous ne croyez plus : le bon sens près de chez vous, le bon sens en action, et aujourd’hui, à deux doigts du gouffre, le bon sens a de l’avenir. Comme disait l’autre, encore un pas en avant et…
Les vers de Milton me tirent par la manche, me disent humblement que si je viens vers toi avec des fleurs et si tu viens vers moi, alors un parfum nous reliera, au moins un instant. Le temps d’une main dans une autre main, le temps d’une danse, d’une simple danse. Pourquoi mentir, pourquoi prétendre donner plus que la lumière ? Même Dieu ne le peut pas et on n’en demande pas tant. On vous demande juste de faire attention à ce que vous dites.
Yvon Le Men
"En Bretagne, la parole est forte : les conteurs, les chanteurs, il existait donc un certain terreau. L’écriture, c’est la solitude et l’absence. La scène, c’est la présence, le partage. J’ai besoin de ces deux chemins. »
Depuis son premier livre Vie (1974), écrire et dire sont les seuls métiers d’Yvon Le Men. Ce poète breton, né en 1953 à Tréguier, va à la rencontre des amoureux de la poésie pour partager avec le plus grand nombre sa passion des mots : dans les écoles, les salles de spectacles, et bien sûr au festival Étonnants Voyageurs, où il se fait le passeur des poètes et des écrivains du monde entier. Programmateur aux côtés de Michel Le Bris, il y instaure dès 1997 un espace dédié à la poésie. De sa chronique hebdomadaire publiée de 2006 à 2008 pour le journal Ouest France, il a tiré un livre, Le tour du monde en 80 poèmes : une anthologie de 80 poèmes qu’il commente, fort de plus de trente ans d’expérience et de rencontres poétiques. Yvon Le Men, avec son incroyable ouverture au monde, ne cesse de prouver que la poésie ne s’arrête pas aux frontières.
Il est lui-même l’auteur d’une œuvre poétique importante à laquelle viennent s’ajouter quatre récits : Le petit tailleur de short (1996), La clé de la chapelle est au café d’en face (1997), On est sérieux quand on a dix-sept ans (1999), Besoin de Poème (2006), deux romans, Elle était une fois (2003), Si tu me quittes, je m’en vais (2009) et un recueil de nouvelles Existence marginale mais ne trouble pas l’ordre public (2012). Proche du monde et surtout des êtres qui l’entourent, il puise son inspiration dans les événements qui ont jalonné son existence, dans les émotions vécues, et porte de sa voix une sincérité sans pareille : « On peut mentir dans la vie mais pas dans un poème ». Écrire, c’est aussi un travail de mémoire, comme pour redonner vie à ceux qui ne sont plus là. Pour Yvon Le Men, ce souffle vital est l’essence même de la poésie : « la poésie pour moi, c’est être au monde encore plus, ce n’est pas une évasion du monde ». En résulte une sensation vibrante qui émane de la lecture de ses textes : on se rappellera de l’émotion palpable qui s’empara de la salle lors de la poignante lecture de Chambres d’Echo par Denis Podalydès lors du festival en 2008.
Ses dernières publications:
La langue faternelle, Diabase (2013)
Il fait un temps de poème Filigranes (2013)
Sous le plafond des phrases Editions Bruno Doucey (2013)
Existence marginale mais ne trouble pas l’ordre public Flammarion (2012)