Billet de blog 29 nov. 2021

Denis Garnier
Conseiller social - Polémiste, auteur, blogueur
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Covid-19 : le taux d’indécence de l’armée des ombres

En exposant le thermomètre au soleil, les gouvernements ont artificiellement fait monter la température. Pourquoi la France et d’autres pays, ont pu imposer la vaccination et des mesures privatives de liberté, alors que d’autres vivent normalement en affichant les mêmes résultats ? Cela mérite une longue réflexion, car la quête de réalités supporte mal les raccourcis.

Denis Garnier
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une réflexion un peu longue, mais la quête de réalités supporte mal les raccourcis. Après avoir exposé la méthode pour calculer un taux d’incidence de la grippe, nous prendrons le même chemin pour mesurer celui de la COVID-19. Nous le comparons avec celui publié par Santé Publique France et là, c’est stupéfiant !

En se basant désormais sur la positivité de tests et non plus sur un nombre estimé de malades comme pour toutes les autres épidémies, l’affichage du taux d’incidence passe de 25 cas pour 100 000 habitants à plus de 200, soit un résultat affiché multiplié par 8 ! Cheminons dans les données publiées pour comprendre ce résultat avant d’en déduire les raisons.

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Le taux d'incidence de la grippe :

« Les épidémies saisonnières annuelles touchent chaque année 2 à 8 millions de personnes en France, avec un excès de mortalité attribuable à la grippe de 10 000 à 15 000 décès, principalement chez les sujets fragiles » (source- Institut Pasteur). Pour en mesurer l’intensité, un taux d’incidence est calculé à partir du nombre de malades vus par les médecins pour 100 000 habitants. Les données sont collectées par le réseau sentinelle sur lequel s’appuie Santé Publique France (plus de détails).

Par exemple, dans son graphique ci-dessous, le pic du taux d’incidence pour la grippe 2019-2020, avait atteint son plus haut avec 600 cas pour 100 000 habitants.

(Source : SPF à télécharger)

Les cas sont des malades. La grippe est une épidémie qui s’étale sur 3 mois en provoquant un excès de mortalité de 10 000 à 15 000, soit entre 110 et 160 décès par jour. Mais ces données sont fluctuantes. La surmortalité a été d’environ 20 000 décès supplémentaires dans les hivers 2016-2017 et 2017-2018 ; 12 000 dans l’hiver 2018-2019 ; 8 000 dans l’hiver 2019-2020.

Pour rappel, la France comptabilise plus de 600 000 décès par an, soit 1650 décès par jour en moyenne. Au 28 novembre 2021, la COVID-19 comptabilisait 62 décès (moyenne quotidienne sur une semaine). Pour rappel cette moyenne sur cette même journée du 28 novembre en 2020, était de 516 décès par jour, soit 8 fois moins.

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Taux d'incidence de la COVID-19 :

Précision : tous les encarts et graphiques qui suivent sont extraits de cette page ICI

C’est le même « Réseau sentinelles« , en partenariat avec Santé publique France et le Centre National de Référence des virus des infections respiratoires (Institut Pasteur et Hospices civils de Lyon), qui présente les données. De toutes ses observations liées aux Infections Respiratoires Aiguës (IRA), ils ont extrait celles liées à la COVID-19. 

De ces données, apparaissent les résultats suivants :

Au plus haut de l’épidémie, en mars 2020, le taux d’incidence ainsi calculé était proche de 140 cas pour 100 000 habitants. En novembre 2020 (graphique ci-dessous) le pic atteint 80 cas pour 100 000 habitants. La semaine du 15 au 21 novembre 2021, ce taux était de 24 malades pour 100 000 habitants.

Ces chiffres sont validés sous les tampons du « réseau sentinelles »(RS), de l’INSERM, de Sorbonne-Université, de Santé Publique France et du Ministère de la Santé ! Pour rappel et à titre de comparaison, le pic du taux d’incidence de la grippe 2020 était à 300 malades pour 100 000 habitants quand celui de la COVID était à 80 !

Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, l’impact d’une épidémie est évalué au regard de « l’excès de mortalité« . Il est évalué à 55 500 en 2020 selon l’Insee. Pour 2021, la courbe tend à rejoindre la normale de l’année 2019 sans covid. Mais les annonces de décès liés à la COVID-19 se font sans aucune nuance, avec des chiffres à l’unité près alors que les autres épidémies font toujours l’objet d’une estimation au regard de l’excès de mortalité. Il n’est pas illégitime de penser une surestimation de ces chiffres.

Comme le démontre le tableau de l’INSEE ci-dessous, la surmortalité COVID-19 (ligne bleue) tend à regagner celle de l’année 2019 (jaune) qui ne connaissait pas de COVID.

La Covid moins grave que la grippe ?

Il faut tout d’abord souligner la confusion entre « les décès dus à la COVID » et « les décès des personnes positives à la COVID ». C’est pourquoi il est plus réaliste d’observer la surmortalité.

Il y a bien une épidémie COVID-19, mais son ampleur doit être ramenée à sa juste proportion. Il convient donc de poursuivre la lecture de cette page du « réseau sentinelles » de la semaine 46.

Cet encart, duquel j’ai enlevé la carte de France pour plus de visibilité, précise que le taux d’incidence pour l’ensemble des Infections Respiratoires Aiguës (IRA) dans cette semaine 46, du 15 au 21 novembre 2021. Il s’élève à 142 cas pour 100 000 habitants pour l’ensemble des infections respiratoires aiguës ! Un taux en nette augmentation au regard de la semaine passée qui était de 91 cas en moyenne pour 100 000 habitants.

Comme vous pouvez le remarquer en bas de cet encart, le réseau sentinelle nous invite à cliquer sur le lien qui nous relie à Santé Publique France. Je clique et j’arrive sur cette page :

https://www.santepubliquefrance.fr/dossiers/coronavirus-covid-19 et je lis :

« En semaine 46, […] le taux d’incidence était de 193 cas pour 100 000 habitants et dépassait 200/100 000 chez les 6-14 ans et les 20-49 ans ».

Comment peut-on passer de 142 cas pour l’ensemble des Infections Respiratoires Aiguës à 193 cas uniquement pour la COVID-19 ? Pour y répondre, il convient de déterminer ce qu’il faut entendre par le terme de « cas ».

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Qu'est-ce qu'un cas COVID-19 ?

Comme nous l’avons lu au sujet de la grippe, le taux d’incidence se calcule à partir des données collectées par le réseau sentinelle et, en ce qui concerne la COVID-19, le traitement de ces données est enrichi par les partenaires que sont, l’INSERM, Sorbonne-Université, Santé Publique France et le Ministère de la Santé. En résumé, c’est une évaluation du nombre de malades atteints par une infection pour 100 000 habitants.

Alors comment comprendre les chiffres agités par le gouvernement avec un taux d’incidence affiché à plus de 200 pour 100 000 habitants, alors que le taux d’incidence sur la COVID-19 est une réalité statistique inférieure à 30 ?

Tout simplement parce qu’au lieu de s’appuyer sur le nombre de malades, ce qui a toujours été fait pour suivre l’évolution d’une épidémie, le gouvernement et d’autres ont choisi de se fonder sur le nombre de tests positifs.

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C’est un peu comme si Météo-France relevait les températures en exposant le thermomètre en plein soleil !

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Les médecins de ville ont été mis sur la touche et le test remplace tous les diagnostics médicaux. La positivité est assimilée à un malade alors que, sans symptômes, ce n’est pas le cas. Par exemple, si au 26 novembre, on calcule le taux d’incidence COVID en additionnant les personnes hospitalisées (9 181)+ les personnes en réanimations (1 563) + les consultations médecins (environ 6 000 -RS), nous arrivons à un total de 16 176 cas et donc un taux d’incidence de 25 cas pour 100 000 habitants, ce qui se rapproche de l’estimation de l’incidence des IRA dues à la COVID-19 rappelée ci-dessus.

En se basant désormais sur la positivité de tests et non plus sur un nombre estimé de malades comme pour toutes les autres épidémies, l’affichage passe d’un taux de 25 cas pour 100 000 habitants à plus de 200, soit un taux multiplié par 8 !

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Semer la panique et la peur ?

Oui, il y a bien une épidémie de COVID-19 en France et dans le reste du monde industrialisé, mais les données s’y rapportant peuvent permettre de douter de son intensité réelle. Pourquoi avoir changé de taux d’incidence ? Pourquoi avoir opté pour un monde de calcul qui multiplie par 8 les valeurs antérieures ?

Si le gouvernement avait affiché le taux d’incidence réel de 25 malades pour 100 000 habitants, ou bien de 9 décès pour 100 000 habitants, il n’aurait jamais pu semer la panique dans la population. En remplaçant la consultation du médecin par un test PCR, en remplaçant les malades par des tests positifs, en comptabilisant comme victimes de la COVID-19 toutes celles qui sont positives, mais décédées pour d’autres causes, la panique devenait présentable. Les médecins de ville sont disqualifiés et la comptabilité de l’épidémie se voit transférée aux laboratoires habilités à réaliser des tests ! La peur s’installe. La voie est libre ! Tout devient possible !

Confinement, vaccins, pass-sanitaire, obligation vaccinale, 3e dose, vaccination des enfants, chasse aux non-vaccinés et qui sait quoi encore ?

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Alors pourquoi ?

La réponse nous est inconnue aujourd’hui. Ce qui est connu, ce sont les lois votées récemment protégeant le secret des affaires (loi de 2018) ; le secret des contrats liés aux vaccins (Europe) ; la concentration des décisions dans un cadre tenu par le secret-défense (Macron) ; le souci du gouvernement de masquer la situation catastrophique des hôpitaux. Effectivement, depuis 2017, le chiffre de 100 000 suppressions de lits est largement dépassé (source 2019), dont 5 700 suppressions en pleine pandémie ! 

Ce qu’il y a d’évident, c’est l’interdiction de prescrire imposée aux médecins (BUZIN-VERAN), c’est le forcing entrepris pour imposer la vaccination, ce sont les mesures coercitives prises à l’encontre des non-vaccinés et qui rappellent une époque que l’on croyait révolue.

Pour me détendre après ces constats qui interrogent, je suis allé me réfugier en Suède pour savoir comment ils ont pu traiter cette épidémie, sans confinement, sans test, sans pass-sanitaire, sans masque obligatoire et sans fermeture d’école. « Comment la Suède démontre l’inefficacité des principales mesures sanitaires ».

L’histoire nous apportera peut-être la vérité dans quelques années, à moins que des journalistes indépendants en accélèrent la venue ?

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