Je suis délinquant, donc je suis

« Je pense, donc je suis » écrivait Descartes, notre pensée prouve notre existence au monde. Dans ce billet, cette logique sera appliquée à la question de la délinquance. Face aux difficultés juvéniles, l'activité délinquante serait avant tout la construction d'un espace de socialisation et de re-construction identitaire pour des jeunes en perte de repères. Délinquant donc je suis.

Introduction

La délinquance, comment la comprendre et l'appréhender ? Contrairement à l'idée reçue, elle n'est pas homogène. En effet, elle recouvre une multitude d'attitudes, pour des raisons et des conséquences diverses. Ainsi, je vais d’abord présenter ce sur quoi va traiter le billet, et ce sur quoi il ne traitera pas.

Déjà il ne traitera pas de la délinquance administrative ou routière, ni de la délinquance initiatique (actes peu graves et petits accidents de parcours).[1] Aussi, bien qu’elle soit la plus grave en termes de conséquences macroscopiques, la délinquance en col blanc ne sera pas abordée. Cette dernière est malheureusement peu étudiée par la sociologie et la philosophie politique. Les sciences sociales ont essentialisé la délinquance aux seules classes populaires. La délinquance d'affaires (abus de biens sociaux, fraudes, évasion fiscale, infraction au droit du travail...) est devenue moins grave symboliquement et pénalement. Il existe donc un processus d'invisibilisation de la délinquance des élites économiques par les classes dominantes.[2] En France nous vivons dans ce paradoxe : l’idéologie de la tolérance zéro pour les petites et moyennes délinquances (classes populaires et moyennes), et de l'autre une dépénalisation progressive de la délinquance économique et financière des classes dominantes ruinant pourtant le pays[3]. Cette délinquance sera abordée dans un prochain billet.

Dans cet article sera donc étudié une certaine forme de délinquance, la délinquance des jeunes au sein de la bande, dans un aspect psycho-sociologique. Ainsi, lorsque j'utiliserai le terme de délinquance, il sera question seulement de cette forme citée ci-dessus. L'hypothèse de cet écrit s'inscrit dans la logique de l'école de Chicago : la bande, et l'activité délinquante au sein de celle-ci, est d'une part un espace de socialisation pour ses membres, et d'autre part un espace de re-valorisation et de construction identitaire.

 

  1. Une évolution dans l'image du délinquant

Pendant les « 30 glorieuses », la délinquance n'inquiétait pas les agents politiques. Contrairement aux forces militantes et révolutionnaires, elle n'était pas perçue comme un danger pour la société et pour sa cohésion, mais comme « une réponse aux tensions issues de la contradiction entre un idéal de réussite et les inégalités réelles qui empêchaient d'y parvenir[4] ».

Ainsi les actes délinquants étaient la traduction d'effets pathogènes de l'environnement social et affectif dans lequel la personne vivait.[5] Que s'est donc-t-il passé dans les années 80 ?

 

A. L'émergence de la société sécuritaire

A partir des années 80, le chômage de masse s'installe et les jeunes sont particulièrement touchés. Leur pauvreté va doubler entre 1984 à 1994 et la multitude des dispositifs d'insertion, censé les intégrer dans les rouages sociaux et professionnels de la société, s'essouffle dans les années 90.[6] Les émeutes du début des années 80 et des années 90 sont les conséquences de cet échec politique. La vision de l'individu va également se modifier sous l’ère néolibérale, dans laquelle autonomie et responsabilité deviennent les maîtres mots. Ainsi les délits sont désormais commis par un acteur rationnel et responsable de toute chose et de toute situation.[7]

Au sujet des politiques publiques relatives à la délinquance, ce qu’il se produit dans les années 80 mais surtout durant les années 90, c'est l'émergence du paradigme sécuritaire, faisant perdre peu à peu la valeur des réponses éducatives. Ainsi, les agents politiques vont utiliser l'arme pénale pour maintenir leur autorité face au chômage, à la pauvreté, et à la désillusion des jeunes prolétaires entre les promesses d'une société égalitaire et les inégalités réelles. Le paradigme sécuritaire, c'est d'une part une inflation législative qui explose depuis 1981 élargissant le champ de judiciarisation des actes délinquants (une augmentation encore plus grande depuis 2002 avec plus de 40 nouvelles lois), avec en prime l'augmentation massive de l'incarcération. Ces réformes répressives menées par les agents politiques vont surtout être dirigées vers les mineurs et l'immigration clandestine. Ceci est assez paradoxale lorsque l'on sait qu'au sein de la délinquance générale, les délinquances des jeunes et des immigrés sont rangées majoritairement dans les catégories d'infraction les moins graves.[8] Aussi, depuis 2002, une guerre contre la délinquance est menée grâce à une augmentation de la répression, sans grande efficacité. Ainsi entre 2002 et 2010, le niveau de répression a augmenté de 75 % pour l'usage des stupéfiants, de 50 % pour la police des étrangers, ainsi qu’une augmentation de 72 % des gardes à vue entre 2001 et 2009[9]. L’augmentation croissante du budget de la police[10] n’y changera rien, l’efficacité n’est pas au rendez-vous. Ainsi ce système de répression est avant tout une réponse symbolique des agents politiques pour construire leur affirmation au pouvoir.[11]

D'autre part, le paradigme sécuritaire va dans les années 2000 élaborer la construction de politiques de sécurité visible pour la population, afin de répondre au sentiment d'insécurité créé par le système médiatique et politique. Ainsi, le commerce industriel de la vidéo-surveillance a explosé depuis 25 ans ![12] Entre 2008 à 2012, le FIPD (fonds interministériel de prévention de la délinquance) a utilisé 2/3 de ses fonds pour l'aide à l'installation des caméras au détriment de la prévention spécialisée. Ainsi entre 2007 et 2013, c'est 150 millions recouvrant 80 à 90 % des communes en zone urbaine qui furent utilisés pour une efficacité discutable. En effet, la vidéo-surveillance ne peut qu'aider après le délit, mais sans jamais l'éviter. Elle est efficace seulement dans les espaces clos tels que les parkings sous-terrain par exemple.[13]  Mais alors, si la répression est peu efficace, que devons-nous comprendre de la délinquance ?

 

  2. Comprendre l’origine des carrières délinquantes

A. La délinquance, de l'ADN à l'environnement social et territorial

Au 18ème et 19ème siècle, la criminologie règne sur la vision de la délinquance. Selon cette science, la criminalité émanerait tout droit d'une nature biologique, séparant ainsi le monde en deux : les bons et les mauvais. Cette vision manichéenne est restée influente jusqu'en 1945, avant qu’en France la notion d'éducabilité entre en jeu avec l'ordonnance du 2 février 1945 relative à l'enfance délinquante. Cependant, c’est aux USA avec la première école de Chicago (1910-1940) que la nature biologique de la criminalité sera radicalement remise en cause. En effet, l’école va mettre l'accent sur le rôle prédominant de l'environnement social et familial. Ainsi c'est un certain type de territoire qui favorise la délinquance et non un certain type d'individu.[14]

La deuxième école de Chicago (1940-1970) va développer cette idée qui encore aujourd'hui, se relève être un horizon indépassable de la sociologie. Edwin H. Sutherland démontrera que la délinquance est un phénomène social. Elle est l'apprentissage d'un métier, au contact d'autres délinquants, recouvrant des comportements, des attitudes, des valeurs et des techniques, donc un mode de vie général. Selon lui, la famille est un premier milieu potentiel de délinquance, la périphérie du centre-ville est le deuxième.[15] Ainsi, l'environnement familial et le territoire dans lequel l’individu s'inscrit seraient deux facteurs importants menant aux processus des carrières délinquantes. On démontrera plus tard que l’échec scolaire favorise au même niveau ces carrières déviantes.

 

B. L'école et la famille, deux grands facteurs de carrières délinquantes

Le sociologue Laurent Muchielli analyse les carrières délinquantes au regard de deux expériences : les difficultés familiales et les difficultés scolaires, dont celles-ci œuvrent très souvent à la périphérie de la ville au sein d'habitat social.

La première grande violence surgit au sein de la famille. La précarité économique, la dépendance envers les services sociaux, font passer les familles de l'injustice à l'humiliation sociale et à la violence symbolique. Il y a également des violences intrafamiliales qui peuvent exister (maltraitances, traumas...), et dont celles-ci peuvent être augmentées par la précarité économique et la disqualification sociale. La deuxième grande violence se déroule à l'école. L'échec du jeune dans la concurrence scolaire représenté par le classement des notes lui fait vivre une deuxième humiliation sociale et symbolique. Nous verrons aussi que la conflictualité entre le jeune et l’institution scolaire permet à la personne déviante de se construire une identité, pour ne pas perdre la face dans la bande.[16]

Pour certains jeunes, ces deux expériences vont les faire plonger dans la déviance et dans une culture de la rue pour tenter de se revaloriser.[17] En effet, la délinquance serait avant tout un « processus psychosocial qui passe par la rationalisation de l'opposition à un modèle jugé inaccessible et qui vise une revalorisation identitaire du sujet.  »[18]Ainsi, on devient délinquant pour éviter de baisser la tête, pour sortir de la honte en tentant de s'affirmer dans un contre-modèle. La délinquance est donc une activité sociale, supposant un apprentissage de savoir et un nouveau réseau de sociabilité.[19]

 

  3. La bande et le territoire : une ressource et une revalorisation identitaire

A. La bande anesthésie la souffrance par une vitalité collective

Contre l’angélisme de la délinquance, il faut partir du principe que même si un individu vit dans un environnement social délétère, s'engager dans une bande avec ses activités délinquantes reste un choix. Ce choix ne repose pas seulement sur la fuite d'un monde qui ne lui correspond pas, mais sur la volonté d'en créer un qui apporte satisfaction. Dans ce nouveau monde, la bande devient un remède, un médicament contre la souffrance individuelle par une certaine vitalité collective[20]. Ses membres deviennent une famille par défaut, et pour rester en son sein, il faut suivre dans les activités délinquantes pour ne pas se sentir une nouvelle fois rejeté.[21] Il n’y a donc pas de désocialisation chez les personnes délinquantes puisque celle-ci mène plutôt à l'inertie et à la dévitalisation. La bande est justement une alternative à la socialisation « normale », soit une nouvelle forme de socialisation où la puissance et vitalité collective vont caractériser le groupe. Yazid Kherfi témoigne parfaitement de ce sentiment lorsqu'il écrit que lorsqu’il était dans la bande, ils éprouvaient la nuit, un « sentiment de toute puissance (...), d'être maître de la ville ».[22] D’ailleurs, l’activité délinquante tout comme la violence, au contraire, est le signe de la puissance et de la vie et non de l’inertie.[23]

 

B. Le territoire comme unité de la bande

La dimension territoriale, le quartier, est le cœur du processus de construction des bandes : « la bande n’existe pas en dehors du territoire auquel ses membres s’identifient, prolongeant un quartier valorisant et valorisé »[24]. Ce sentiment d'appartenance des jeunes à leur territoire est souvent rappelé et valorisé. D’ailleurs, les affrontements entre les jeunes de différents quartiers témoignent de cet attachement à l'égard de leur espace territorial qu'ils sont prêts à défendre, préservant par ces batailles la réputation et l'intégrité du quartier, donc de la bande, donc de soi.[25] La bande valorise le quartier et le quartier valorise l’individu en retour. Parazelli explique bien que l'espace de la rue est un point de repère central dans la construction identitaire des jeunes : « Lorsque le lien social se fragilise, l’appropriation de l’espace devient un point d’appui élémentaire de la réalisation de soi »[26].

 

C. La bande repose sur valeurs, règles et rapports de domination

Les valeurs liées à la masculinité hégémonique sont dominantes. En effet, les valeurs d'honneur, de force, de virilité, de courage et de réputation sont particulièrement valorisées.[27] L’incorporation de ces valeurs à la culture de rue va mettre en place dans de nombreux territoires une invisibilisation marquée d’une catégorie de personnes : les jeunes femmes. C’est l’une des raisons de l’absence des femmes dans les quartiers, la rue est avant tout le territoire des hommes. 

La bande n'est pas une organisation anomique. Au contraire, elle repose, outre les valeurs, sur des règles, des codes singuliers selon les bandes. Par exemple lorsque le trafic structure la bande, il y a une division du travail, des rôles spécifiques, un marché, des clients… C’est une réelle organisation du travail. Aussi il faut rendre compte de la socialisation particulière qui structure ces bandes. Cette socialisation a recours à la loi du plus fort. En effet, s'il n'y a pas vraiment de ‘’hiérarchie’’ avec un chef proclamé, il y a tout de même la présence de leaders qui s'affirment par l'intermédiaire de pression ou de mises à l'épreuve[28]. T. SAUVADET parle d’une gestion collective des rapports de domination : « La loi du plus fort reste déterminante dans l’attribution de ces places et se manifeste par des pressions d’ordre physiques, des intimidations et l’affirmation d’une réputation qui permettra de maintenir sa « face » dans le jeu des interactions de la bande et du quartier ».[29] Par exemple, l'école va permettre la construction d'un statut valorisant et valorisé. En effet, l'école est le lieu pour mettre en spectacle des comportements déviants et conflictuels envers l'institution scolaire, envers les adultes et la société, permettant d'une part de ne pas perdre ''la face'' dans la bande, et d’autre part de construire et de développer son « statut dans la hiérarchie de domination liée à la loi du plus fort[30] ».

En revanche, au sein de cet univers qui a recours à la loi du plus fort, la bande est aussi une source de protection contre autrui. Ainsi, si un des membres est attaqué, tout le monde va intervenir pour le défendre. Ces actions permettent à chacun d'affirmer son attachement et son appartenance à la bande. La bande recouvre donc en son sein un paradoxe : la loi du plus fort et la solidarité agonistique.

 

D. Délinquant pour devenir quelqu’un

Dans son livre Repris de Justesse, Yazid écrit que la délinquance devient valorisante quand il n’y a plus d’autres valorisations. La justesse de ce propos est étonnante mais pourtant évidente. La délinquance demande effectivement des aptitudes et des qualités, ce qui permettra à un membre de se démarquer des autres et de monter en notoriété dans la bande. Ainsi les aptitudes et les compétences telles que la fiabilité, la force physique, la discrétion, l'éloquence, la ponctualité, le courage, la réflexion, la patience sont particulièrement estimés et valorisés.[31]

On pourrait donc conclure que l'inscription de l'individu dans une bande, avec ses activités délinquantes (qui ne concerne seulement qu’une partie de son activité !), est d'une part un processus de socialisation et d'autre part un processus de re-valorisation identitaire. Dans la déviance, l'individu recherche la construction d'un monde qui fait sens pour lui et dans lequel il pourra devenir quelqu'un d’estimé. Paradoxalement, il retournera le processus de stigmatisation qu'il subira de la part de la société, en brandissant le drapeau de son stigmate dans sa construction identitaire. F. DUBET l’explique très bien : « lorsqu’un groupe est stigmatisé, une des manières d’échapper à l’étiquetage consiste à revendiquer pour soi le stigmate négatif, à l’exacerber afin de le retourner contre ceux qui stigmatisent. »[32].

Ainsi, l'existence des bandes ne serait-elle pas l'un des aspects du culte des apparences contemporain au sein duquel l'activité délinquante serait l'expression du désir d'être acteur de sa propre vie comme l'exige la société actuelle. Alain Ehrenberg dans ses recherches sur les hooligans, pense justement que la violence permet à l'individu de sortir de l’anonymat et de l'indifférenciation des masses [33]: « Dans une société où l'image, le spectacle, l’apparence dessinent les nouveaux repères de la vie (…) la violence constitue une spectacularisation efficace de la conduite, un supplément d'identité sociale pour ceux qui ne pensent pas pouvoir la trouver ailleurs et autrement.  »[34].

Ainsi, délinquant donc je suis ?

 

  4. La délinquance des immigrés

Une petite précision est nécessaire sur la délinquance des immigrés puisque régulièrement, le facteur ethnique est mis sur le devant de la scène pour expliquer les phénomènes de délinquance. Ainsi, on revient au 19ème siècle avec la nature biologique de la criminalité inscrite dès la naissance dans l'individu. Le délinquant serait avant tout de telle nationalité avant d’être pauvre, prolétaire, chômeur… Or, les chercheurs qui ont travaillé sur cette question démontre une autre idée que celle de certains pseudo-experts, éditorialistes et marchands de la sécurité. La conclusion est la suivante : les causes de la délinquance des étrangers ne sont pas différentes de celles des français. Ainsi, on s'aperçoit que sous le facteur ethnique se dissimule trois réalités : le lieu de résidence (le quartier), le résultat scolaire (l’échec) et la taille des fratries (famille nombreuses). Ainsi, c'est bel et bien l'environnement social, économique et familial qui favorise les dynamiques délinquantes.[35] Aussi, pour les jeunes issues de l'immigration, ils subissent trois fragilités qui sont la précarité économique et la disqualification sociale ; le déclin du mouvement ouvrier et des organisations de gauches ; et la violence du racisme pouvant favoriser les conduites délinquantes.[36]

 

  5. Sortir de la délinquance

Si la délinquance est un lieu de socialisation, on comprend que la quitter est un processus complexe, et dont les systèmes de répression étatiques ne peuvent conjurer, voire pire, la développer. Marwan Mohammed, sociologue chargé de recherche au CNRS, explique par ses recherches empiriques que quitter la délinquance ne provient pas d'une rupture radicale, mais d'un processus lent, soit une « distanciation progressive, par tâtonnements »[37]. Ce processus s'établirait en trois étapes successives mais incertaines, comportant bien « des pauses, des remises en question voire des abandons et des retours en arrière » [38]:

1. La conscientisation, c'est-à-dire la projection de soi hors de la bande, et une revalorisation de valeurs communes sociétales avant déniées. Elle se fait progressivement mais avec finalement un « déclic », un moment de prise de conscience globale.

2. La mobilisation, c'est-à-dire la mise en action de nouvelles résolutions personnelles. C'est la période la plus incertaine, la plus difficile car les jeunes sont entre deux mondes. Ils prennent le risque de « sortir d’un espace social qu’ils connaissent, qu’ils maîtrisent, qui les rassurent, dans lequel ils ont fait leurs preuves, pour aller vers des expériences qui comportent de nombreuses inconnues et qui impliquent de s’adapter »[39].

3. La pérennisation, soit « l’adoption d’un nouveau style de vie, c’est-à-dire un nouveau régime de relations sociales, un nouveau socle de normes, de valeurs et un rapport moins pessimiste à l’avenir ». Le rôle de l’entourage est ici essentiel, majoritairement à travers ses ressources psychologiques.

 

Dans ce processus de reconversion, il faut une situation nouvelle qui change et structure les activités journalières, et qui offre une occasion de transformer son identité. Mohammed démontre que trois facteurs son prédominants[40] :

1. L'emploi (en priorité) qui permet d'avoir des ressources fixes, un nouveau rythme de vie et une ouverture sur des nouveaux réseaux de sociabilité.

2. La mise en couple, qui permet d'expérimenter une relation de confiance avec autrui, une nouvelle source de valorisation et de réintégration familiale. La paternité confirmera l'arrêt de la délinquance pour le jeune adulte.

3. La conversion religieuse procurant de l’apaisement psychologique personnel, avec un rythme dans le quotidien. Cette figure est valorisée dans le quartier et permet parfois une réintégration familiale.

 

Pour finir, discutons du facteur pénal et dans quelles circonstances il semble efficace. Le sociologue évoque l’importance de la préparation et de l'accompagnement à la sortie de prison ; l’importance de la stabilité du cadre et du temps pour les mesures éducatives contraignantes (par exemple un projet à long terme en Centre Educatif Fermé par un travail pluridisciplinaire) ; et l’importance des mesures non contraignantes répondant aux infractions de faible gravité (souvent primo-délinquants) et dont la très grande majorité ne récidive pas. Mohammed conclut dans ses recherches empiriques que l’emploi reste la meilleure réponse malgré le rôle indéniable de la famille et des pairs. Or, la situation du marché de l’emploi est tellement violente et instable qu'il peut provoquer un recul de l’âge de sortie de la délinquance.[41]

 

En conclusion 

Ainsi, il serait temps de changer de paradigme sur la délinquance. Faire taire l’idéologie sécuritaire et démolir le biologisme pour les plus racistes, pour poser le cadre d'une nouvelle politique où les notions de revalorisation, de socialisation et de construction identitaire trouvent sens et ne sont pas écartées des politiques publiques. Le chômage, la disqualification sociale et la ségrégation spatiale dont subissent ces jeunes doivent également être questionnés de manière globale. Ces jeunes délinquants, la société les a construits, alors que pourrait-elle leur apporter désormais ? Il serait donc nécessaire d'arrêter de poser ces questions aux seuls marchands de sécurité.

 

[1]Laurent Mucchielli, Sociologie de la délinquance, Armand Colin, 2018, 224 pages, p79

[2]Ibid, p34

[3]Ibid, p191

[4]Dubet F, Les places et les chances. Repenser la justice sociale, Paris, Seuil, 2010, p97

[5]Véronique Le Goaziou, Éduquer dans la rue, Presses ESP, 2015, 126 Pages

[6]Catherine Tourillhes, Innovation et rupture avec les jeunes en difficultés

[7]Véronique Le Goaziou, Éduquer dans la rue, Presses ESP, 2015, 126 Pages, p33

[8]Laurent Mucchielli, L'invention de la violence, Fayard, 2011, 344 pages, p51

[9] Ibid, p294-295

[10] https://www.alternatives-economiques.fr/evolution-budget-de-police-de-gendarmerie-nationales-milliards-deuros-0110201662911.html

[11]Laurent Mucchielli, Sociologie de la délinquance, Armand Colin, 2018, 224 pages, p54

[12]Ibid, p176

[13]Ibid, p178

[14]Ibid, p28

[15]Laurent Mucchielli, L'invention de la violence, Fayard, 2011, 344 pages, p33

[16]Ibid, p61

[17]Ibid, p61

[18]Ibid, p64

[19]Ibid, p67

[20]Yazid Kherfi, Repris de justesse, La découverte, 2003, 196 pages

[21]Yazid Kherfi, Guerrier non violent, La découverte, 2017, 160 pages, p30

[22]Ibid, p30

[23]Yazid Kherfi, Repris de justesse, La découverte, 2003, 196 pages

[24]Les bandes de « jeunes » : exclusivité adolescente ou groupes intergénérationnels ?, 2006, p. 3.

[25]Les bandes de « jeunes », exclusivité adolescente ou groupe intergénérationnels ? Colloque « Adolescence : entre défiance et confiance », 2006, Roubaix

[26]Michel Parazelli, La rue attractive. Parcours et pratiques identitaires de jeunes de la rue. 2002, p.47

[27]Les bandes de « jeunes », exclusivité adolescente ou groupe intergénérationnels ? Colloque « Adolescence : entre défiance et confiance », 2006, Roubaix

[28]Les bandes de « jeunes », exclusivité adolescente ou groupe intergénérationnels ? Colloque « Adolescence : entre défiance et confiance », 2006, Roubaix

[29]B. MOIGNARD, Les bandes de « jeunes » : exclusivité adolescente ou groupes intergénérationnels, 2006, p. 5.

[30]Les bandes de « jeunes », exclusivité adolescente ou groupe intergénérationnels ? Colloque « Adolescence : entre défiance et confiance », 2006, Roubaix

[31]Yazid Kherfi, Repris de justesse, La découverte, 2003, 196 pages

[32]F. DUBET. A propos de la violence et des jeunes, Cultures & Conflits 1992/2 (n° 6)

[33]Alain Ehrenberg, Le culte de la performance, Hachette Pluriel Reference, 2011, 336 pages, p51

[34]Ibid, p63

[35]Laurent Mucchielli, L'invention de la violence, Fayard, 2011, 344 pages, p 90

[36]Ibid, p 93-97

[37]Marwan Mohammed, Les sorties de délinquance. Théories, méthodes, enquêtes, 2012, 240 pages, p187

[38]Laurent Mucchielli, Sociologie de la délinquance, Armand Colin, 2018, 224 pages, p 86

[39]Marwan Mohammed, Les sorties de délinquance. Théories, méthodes, enquêtes, 2012, 240 pages, p191

[40] https://www.laurent-mucchielli.org/index.php?post/2012/06/06/Sortir-de-la-delinquance-une-question-fondamentale

[41] https://www.laurent-mucchielli.org/index.php?post/2012/06/06/Sortir-de-la-delinquance-une-question-fondamentale

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