Maria Montessori, une vie entière pour l'enfant

Maria Montessori, militante socialiste et féministe a marqué le 20ème siècle en développant une pédagogie alternative. De nombreux acteurs de l'éducation populaire ou de l’enseignement alternatif sont toujours influencés par son travail. Retour sur une pédagogie et une philosophie de l'émancipation.

Introduction

Maria Montessori est née en 1870 en Italie. Issue d’un milieu bourgeois, ses parents s’installent à Rome à ses 5 ans. Très tôt, Maria a un grand intérêt pour les sciences et s’orientera vers des études de médecine. Pendant ses études supérieures se développera sa personnalité socialiste et féministe face au système patriarcal laissant aucune place aux femmes. Elle doit se battre pour intégrer la faculté de médecine de Rome réservée à l'époque qu’aux hommes. A 26 ans, elle obtient une première victoire historique : elle devient l’une des premières femmes médecins en Italie. En 1897 Maria rentre dans la clinique psychiatrique de l’université de Rome qui accueille ce qu’on appelait autrefois les « malades mentaux ». En observant les enfants et les adultes déficients, elle va partir du principe que les solutions ne sont pas de l'ordre du médical mais de l'éducatif. Toute sa vie, Maria s'opposera aux modèles traditionnels d’accompagnement de patients déficients.

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Quelques dix années plus tard, elle prend en charge des enfants de 3 à 6 ans dans un quartier pauvre de Rome. Les observations, les analyses de pratiques, les surprises et les découvertes qu'elle fera pendant cette expérience lui permettra de développer une vision révolutionnaire relative à l'éducation des enfants. Par ailleurs, Maria Montessori va s'enrichir intellectuellement et culturellement en voyageant à travers le monde. En observant les enfants issus de différentes cultures, elle établira le principe qu’il y a des besoins fondamentaux et universels pour l’enfant. Refusant le dogmatisme, la pédagogue est toujours restée dans une réflexion permanente sur les besoins de l’enfant et de fait, son modèle d'éducation s'est modifiée durant son existence. Cette sagesse d’esprit fait d'elle, encore aujourd’hui, une grande figure de la pédagogie alternative et émancipatrice. Elle continuera toute sa vie à étudier les sciences sociales et humaines, mais également la philosophie, la psychologie, l’anthropologie, la biologie, et restera fidèle à son militantisme socialiste et féministe en participant à de nombreuses campagnes en faveur des droits politiques, des droits sociaux et du droit des femmes.

 

1. Les secrets de l’enfant

Pour Maria Montessori, l’enfant est à découvrir. Partant du principe qu'il peut apprendre par lui-même, par la tentative, l’essai, l'expérimentation, tout en lui laissant un maximum de liberté. Celle-ci est pour l’enfant le moteur de son désir et lui permettra de développer son autonomie. Ainsi, à partir d'une palette d’activités, l’enfant décide lui-même des activités qu’il va effectuer. Laisser le libre choix permet de responsabiliser l’enfant sur ce qu’il va faire tout en augmentant ce que Maria appelle « le pouvoir de concentration ». Aider l'enfant à se concentrer était une priorité de la pédagogue. Ainsi, outre la plus grande liberté laissée à l'enfant, Maria Montessori s'adapte au rythme de chacun pour lui permettre de se concentrer sur le long terme dans une activité avec calme et sérénité. Pour justifier intellectuellement cette idée, elle va utiliser une idée « bourdieusienne ». En effet, elle considère que le patrimoine familial, l'éducation à la maison, la culture, l'environnement social, les difficultés liées au corps et psychisme font que les enfants n'avancent pas à la même vitesse. Le contexte familial et social reproduit les inégalités et il faut donc laisser le temps à l'enfant pour qu'il apprenne progressivement par lui-même. Montessori est bourdieusienne avant même la naissance de Pierre Bourdieu !

Bien en avance sur son époque mais encore sur la nôtre, sa pédagogie tend à libérer l’enfant de toute source de tension et de stress dont le manque de temps et la peur de l’échec sont les principales. L'échec ne doit pas être une sanction mais une information qui permet à l'enfant et à l'éducateur de se positionner dans le chemin qui reste à parcourir afin de réussir ce qui n'a pas été compris. La pédagogie de Montessori donne le droit à l'enfant de se tromper sans avoir honte, tout comme le droit de poursuivre une activité aussi longtemps qu'il le veut afin de vivre ses aspirations en profondeur.

 

2. Les activités pédagogiques

Les activités sont divisées en plusieurs domaines : la vie pratique, sensorielle, le langage et les mathématiques. Le matériel est adapté de manière à ce que l’enfant puisse s’auto-corriger. Il n’y a pas de sanction ni de punition, ni de note, le regard stigmatisant d'autrui sur ses erreurs est banni. C’est l’enfant qui va visualiser ses fautes pour ensuite y remédier. Par ce principe d’autocorrection, l'enfant devient indépendant de l’adulte et construit peu à peu son autonomie. Cependant, il ne faut pas imaginer que l'enfant peut faire ce qu'il veut peu importe son degré de développement psychique et moteur. Afin que l’enfant puisse développer tout son potentiel, les activités sont définies dans une gamme selon les périodes sensibles de l'enfant, un concept défini par Maria Montessori qui caractérise la construction de l’autonomie et identitaire de l’enfant.

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Pour la pédagogue, l’enfant jusqu'à environ 7 ans se construit dans des périodes dites sensibles comme le mouvement physique, la période de l’ordre ou encore de la vie sociale. Pour cela, l'éducateur doit créer un espace de liberté qui favorisera le mouvement à travers différentes étapes. La stimulation de l’enfant est indispensable afin de coordonner les mouvements physiques et la vie psychique. Par exemple, le développement de la vie psychique ne peut se construire sans une sécurité ressentie par l’enfant pour qu'il puisse s’ouvrir ensuite vers l’extérieur. L’extérieur c’est la découverte du social en dehors de la famille. En définitif, l’éducateur et les parents doivent être à l’écoute de ces périodes sensibles pour adapter les activités aux rythmes d’apprentissage de l’enfant.

 

3. L’adaptation de l’environnement

Adapter l’environnement au développement de l'enfant est indispensable. Cette transformation de l’espace est globale, matérielle et temporelle. Par exemple en salle de classe, il y a des chaises adaptées aux enfants, des lavabos adaptés à leur taille, des plantes vertes pour décorer la salle, parfois des animaux (poissons, tortues…), et du matériel pédagogique pour apprendre à lire, à écrire, et à compter. Par ailleurs, l’un des points les plus importants est qu’il y a également une transformation de l’espace social. Ici, Maria Montessori est influencée par ses idéaux socialistes : la classe est un lieu d’entraide et de solidarité. Il n’y a pas de mise en compétition des élèves entre eux par l'existence des notes. Les enfants peuvent se déplacer, discuter et échanger ensemble.

Dans cet aménagement social, les âges des enfants sont mélangés. Ceci est rendu possible parce que les enfants avancent seuls et à leur rythme selon les activités qu’ils auront choisies. Ce mélange des âges aura pour but de développer l’entraide et la sympathie. Lorsqu’un « grand » aide un « petit », d’une part cela valorise le premier dans l’image qu’il a de lui même, d‘autre part « le petit » va apprendre avec un autre enfant, il va prendre conscience du chemin qui reste à parcourir et plus tard, ce sera à lui de montrer le chemin aux autres. Les enfants seront en quelque sorte à la fois maître et apprenant de l'acte éducatif.

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La critique principale que font les enseignements traditionnels repose souvent sur le principe de liberté qui serait impossible à mettre en place, et qui dénaturerait la fonction du maître sachant et de son autorité. Pourtant, la création d’un espace de liberté ne veut pas dire que tout est permis. Un cadre est posé afin que le vivre-ensemble puisse s'opérer et transmettre toutes ses richesses. Pour garder cette liberté et donc la liberté des autres, il faut fixer des limites. C’est pourquoi la liberté et la discipline s'imbrique ensemble contre la soumission et la contrainte. 

 

4. La distance contrôlée de l’éducateur

Si la pédagogie de Maria Montessori incite les enfants à construire leur indépendance vis-à-vis de l’adulte, la présence de ce dernier est-elle superficielle ? Pour la pédagogue, se mettre en retrait ne veut pas dire qu’on est improductif. Dans un premier temps, il y a un grand travail pour préparer l’environnement, le transformer selon les besoins de l’enfant et construire la gamme d’activités pour eux. D’autre part, se mettre à distance ne fait pas l’impasse sur l’observation active des enfants, reconnaître leurs besoins afin de pouvoir y répondre. Cette distance contrôlée de l’éducateur vis-à-vis de l'enfant est en fin de compte un travail actif. Délaisser le pouvoir, c’est laisser un espace de liberté pour que les enfants deviennent réellement acteurs de leur développement, dans le respect des autres et la tolérance. L’éducateur est donc un guide, un passeur qui va permettre aux enfants de se développer à travers des activités riches et adaptées, tout en s’effaçant pour donner le crédit au groupe. L'éducateur n’est pas un juge, ni un correcteur mais une personne ressource pour l'enfant.

 

En conclusion

Pour Maria Montessori, tous les enfants peuvent réussir à devenir des sujets à part entière de leur développement social et psychique. Cette conception humaniste de l’éducation n'est pas seulement une philosophie de l’éducation, mais une philosophie de vie. L'éducateur doit placer sa confiance dans l’enfant, ces « petits adultes » en construction. C’est par cette pédagogie humaniste que l’éducateur se positionnera en guide pour que l’enfant développe à sa cadence toutes les dimensions de son être : physique, sociale, émotionnelle, psychique et intellectuelle afin d'être l’artisan de sa propre histoire par le choix éclairé de ses expériences et de ses expérimentations.

 

« L’enfant a un pouvoir que nous n’avons pas, celui de bâtir l’homme lui-même »

Maria Montessori

 

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