Les jours et les nuits où je ne fais « rien »

Jean-Philippe, agent maintenance voies – Propos recueillis et mis en récit par Christine Depigny-Huet et Jacques Viers, Coopérative Dire Le Travail

Il nous arrive de travailler sur des voies où la circulation des trains n’est pas interrompue. C’est pour cela qu’on nous voit regarder passer les trains ; c’est parce que nous sommes en train de travailler sur la voie où ils circulent.

Quand je suis annonceur, je n’aide pas sur le chantier. Si c’est un chantier bruyant, je ne peux pas m’écarter de plus de cinq mètres de l’équipe. Personne n’a le droit de me parler, je ne dois pas être distrait. Je ne fais « rien », rien d’autre que de regarder le point d’annonce que m’a fixé l’agent sécurité et donner un coup de trompette si un train y arrive. Ça peut être à 170 mètres du chantier, à 300 mètres. Si une circulation arrive à cette distance, je dois l’annoncer. L’annonce est le premier niveau d’habilitation sécurité que j’ai passé quand je suis entré à la maintenance voies. Il s’agit d’avertir pour que les collègues aient le temps de se mettre hors zone dangereuse, en zone de garage comme on dit.

L’agent sécurité calcule la distance d’annonce pour chaque chantier, selon le temps qui sera nécessaire pour le dégager. Il doit bien connaitre les lignes, les matériels qui roulent, à quelle vitesse, s’il y a des circulations dans les deux sens. Et prendre les marges suffisantes. Comme tout le monde dans l’équipe, je suis aussi habilité agent sécurité. Il y en a toujours un sur un chantier. C’est lui qui, si c’est nécessaire, met en place un dispositif d’annonce et place l’annonceur.

Agent sécurité, annonceur, ça apporte de la diversité dans le travail. Nous prenons ces fonctions à tour de rôle ; ça se décide au briefing, avant le chantier. Ce sont de grosses responsabilités, la vie des collègues est en jeu. C’est même une responsabilité pénale. Elle n’est pas très reconnue sur ma rémunération. Quand je fais une tournée d’inspection des voies, je bouge et le temps passe vite. Quand je suis annonceur sur un chantier de nuit, en hiver, debout dans le froid, que je regarde le point d’annonce pendant quatre ou cinq heures de rang, que j’attends les circulations et qu’il n’en passe qu’une ou deux… ça peut être très long.

Jean-Philippe, agent maintenance voies
Propos recueillis et mis en récit par Christine Depigny-Huet et Jacques Viers, Coopérative Dire Le Travail

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