Projet Ernotte pour France Télévisions: décryptage et questions de la CGT

Delphine Ernotte a été désignée, il y a un mois, à la tête de France Télévisions. La CGT, premier syndicat de l'entreprise – par la voix de Marc Chauvelot, secrétaire général du snrt CGT FTV, et Véronique Marchand, secrétaire générale du Snj CGT FTV –, s'est livré à l'exercice du commentaire linéaire de la note d'orientation stratégique que la nouvelle patronne de FTV a transmis au CSA.

Delphine Ernotte a été désignée, il y a un mois, à la tête de France Télévisions. La CGT, premier syndicat de l'entreprise – par la voix de Marc Chauvelot, secrétaire général du snrt CGT FTV, et Véronique Marchand, secrétaire générale du Snj CGT FTV –, s'est livré à l'exercice du commentaire linéaire de la note d'orientation stratégique que la nouvelle patronne de FTV a transmis au CSA.


 

 

La période de « tuilage » entre M.Pflimlin et Mme Ernotte à la tête de FTV a commencé le 22 mai. Elle va se prolonger pendant 3 mois, jusqu'au 22 août, date de l'entrée en fonction officielle de Mme Ernotte. Si M. Pflimlin reste bien le patron du groupe pendant l'intervalle, il a attribué à Mme Ernotte un bureau à deux pas du siège de FTV, où elle consulte beaucoup. Elle recevra les syndicats représentatifs de façon informelle après le 15 juin.

 

Nous ne reviendrons pas sur les conditions d'élection de la PDG, l'opacité qui l'a entourée, source des rumeurs les plus fantaisistes, y compris celle qui lui attribuait le soutien de la CGT sous prétexte qu'elle l'avait rencontrée... comme ce fut le cas d'une dizaine d'autre candidats.

 

Pour autant, même si l'on peut comprendre la frustration de candidats qui n'ont même pas pu être entendus par le CSA, on discerne mal l'intérêt qu'il y aurait pour FTV à « rejouer la partie » de la désignation du PDG.

 

Nous préférons contribuer au débat de façon constructive en nous concentrant sur le projet stratégique de Mme Ernotte adressé aux sages du CSA, rendu public après l'élection et que la CGT de FTV se propose de commenter.

 

1. Management, organisation, maîtrise des coûts...

 

Première curiosité, le projet met l'accent sur le management, l'organisation et la maîtrise des coûts, et pas sur les contenus, les programmes ou l'information.

 

Mme Ernotte a visiblement lu le rapport Vacquin qui constate l'absence de vision partagée de l'entreprise. Elle se donne jusqu'au 1er semestre 2016 pour élaborer, dans le cadre d'Assises de l'entreprise organisées selon un processus décentralisé, un plan stratégique adapté aux besoins de l'entreprise et de ses salariés... Pourtant il est difficile de se projeter dans sa réalisation et encore plus dans un résultat partagé tant les cassures internes sont fortes entre le management et les salariés.

 

Mme Ernotte  déplore que la mise en oeuvre de l'Accord collectif du 28 mai 2013 n'ait pas débouché  sur un vaste plan de formation dans le cadre d'une GPEC (Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences). Mais ses développements sur le sujet sont assez flous. De quel « mille feuille » statutaire parle-t-elle puisque l'accord a justement permis d'unifier le plus possible les statuts ? Plus loin, elle annonce une refonte des ressources humaines en évoquant une démarche de décentralisation très volontariste... Dans une entreprise en surtension comme l'est FTV, où les décisions ont le plus grand mal à être appliquées sur le terrain, voire comprises, cela paraît là aussi très compliqué à imaginer. Qui seront les futurs responsables de proximité ? Les responsables en ressources humaines remplaceront-ils les directeurs des ressources humaines jugés trop éloignés des salariés ?

 

Sur l'organisation des chaînes, Mme Ernotte semble vouloir renouer avec la politique de bouquet initiée par M. de Carolis mais  évoque dans le même temps le retour des patrons de chaines aux pouvoirs renforcés, les mêmes que M.Pflimlin avait remis en place à son arrivée en 2010 puis supprimés un an après son arrivée. Perte de repères garantie pour les salariés. A ces patrons de chaînes seraient fixés des objectifs éditoriaux et économiques... Lesquels et pour quoi faire?

 

Cinq patrons de chaines, donc, mais coiffés par deux directions transversales (stratégie et programmes/information) qui annoncent des séances mouvementées du comité de direction quand il s'agira d'arbitrer... La collégialité est un joli concept, la réalité est toute autre. La « solidarité sans faille » que Mme Ernotte appelle de ses voeux tient-elle vraiment compte de la réalité de FTV ?

 

La mise en place d'une direction unique de l'info contient tous les dangers de l'info unique. Le directeur de l’info de FTV aura-t-il la mainmise sur  l’info diffusée sur tous les supports et sur toutes les chaînes ? L’info échapperait donc aux directeurs de chaînes ? Placer  l’info  sous la férule d’une autorité transversale, c’est donner bien du pouvoir à une seule personne dans une période pré-électorale sensible.

 

Par contre, parmi les 6 directions fonctionnelles, la création d'une direction commerciale unifiant FTP, FTD et MFP nous semble aller dans le bon sens. Voilà des années que la CGT milite pour la construction d'un vaste domaine commercial de FTV susceptible de générer, à l'instar de la BBC, les ressources complémentaires qui font si cruellement défaut.

 

Pour autant, Mme Ernotte ne semble pas croire à ces recettes additionnelles dans un premier temps et elle annonce d'emblée une énième cure d'économies. Très sévère sur la situation budgétaire 2015, elle prévoit une remise à plat dès son arrivée, avant même de repenser le modèle économique.

 

Autant la CGT partage le diagnostic sur le budget 2015 (dont le volet recettes a été clairement surévalué), autant elle conteste la position de Mme Ernotte sur la question de la publicité après 20 h (Mme Ernotte semble ne pas y croire), solution pourtant évidente pour rétablir les équilibres.

 

Sur l'outil de production de FTV, l'idée d'augmenter le plan de charges en incitant les producteurs à l'utiliser au maximum de ses capacités fait partie des revendications historiques de la CGT. C'est bien évidemment à cette condition que l'outil intégré démontrera son efficacité économique. C'est le principe même du pacte de priorité sur le recours aux moyens internes que la CGT cherche à faire adopter depuis des mois et qui sera à l'ordre du jour du CCE de juin 2015.

 

Sur la question de l'emploi et des salaires, si Mme Ernotte reste sur ces positions très libérales, elle rencontrera l'opposition déterminée de la CGT. Le non remplacement des départs, c'est-à-dire de nouvelles suppressions de postes après le PDV (plan de départs volontaires) que l'on vient de subir, est impossible à mener sans toucher au périmètre et aux missions des chaines. Pour la CGT, les départs doivent être soit comblés soit compensés par des redéploiements sur des secteurs à développer comme le numérique. Pour mémoire, les effectifs globaux de FTV ont diminué de près de 800 postes en 5 ans alors que dans le même temps les conditions de travail se sont énormément dégradées dans bien des  secteurs de l'entreprise.

 

De même la modération salariale n'est pas envisageable, d'autant qu'elle est déjà en vigueur. L'accentuer ne ferait qu'aggraver les frustrations et l'incompréhension des personnels.

 

Enfin, sur la politique des achats et les partenariats avec Radio France et l'INA, il s'agit là de pistes sérieuses à creuser.

 

2. Offre nouvelle, chaines, bouquet, numérique, modèle économique

 

On sent bien dans le document l'ombre portée des différents rapports commandités par la tutelle. La candidate Ernotte n'a pas pris le risque de s'écarter du rapport Schwartz, feuille de route imposée aux différents candidats. Mais considérer que le triptyque informer/éduquer/distraire a fait son temps et qu'il doive céder la place au triptyque comprendre/rayonner/participer comme le recommande la ministre, nous semble à la limite de la flagornerie.

 

Nous ne partageons pas l'idée jamais démontrée selon laquelle la disparition de la publicité sur les antennes après 20 h aurait amélioré la qualité des programmes. De même l'objectif du rajeunissement des publics que Mme Ernotte appelle de ses voeux est à prendre avec précaution. Pour la CGT il ne s'agit pas de perdre l'actuel public de seniors mais bien de l'élargir sans lâcher la proie pour l'ombre...

 

Les pistes évoquées pour reconquérir les jeunes publics sont plutôt évasives, innover,  réinventer des codes, créer de nouveaux rendez vous, inventer de nouveaux formats, et encore ?

 

Mme Ernotte propose d’inventer de nouvelles mises en forme de l’info, de nouveaux rendez-vous comme « Des paroles et des actes ». Pour la CGT, un autre exemple de rendez-vous innovant – dans la forme et le fond cette fois – c’est « Cash investigation ». Il nous semble toutefois que ce type de magazines d’enquête – comme la plupart des magazines d’info emblématiques de FTV– devrait être fabriqué en interne, par du personnel de FTV et non largement sous-traités à la production privée.

 

La création de séries longues est effectivement un enjeu majeur. Mais il faudrait pour cela revoir de fond en comble le système des relations entre FTV et les producteurs privés qui bénéficient largement du jackpot de l'unitaire. Nous sommes convaincus que la filière de production/fabrication intégrée de FTV doit pouvoir jouer un rôle déterminant pour la mise en oeuvre de séries longues. Les décrets sur la production qui viennent d'être publiés sont inacceptables et tournent le dos à la Loi dont ils sont censés encadrer l'application. Ce dossier sera un des chantiers majeurs pour la nouvelle présidente et pour l'avenir de l'entreprise.

 

La création d'un secteur « recherche et développement » en matière de programmes auquel l'entreprise consacrerait au moins 5% du budget des programmes est une piste intéressante mais qui mérite un petit focus financier. Le budget des programmes de FTV étant de 1,130 Md€, il faudrait donc dégager au moins 56 M€ par an pour cet objectif. Or le déficit du résultat d'exploitation 2014 s'élevant à 50 M€, il manquerait d'emblée environ 100 M€ à Mme Ernotte pour boucler son budget.

 

Le retour à l'identité des chaînes prôné par Mme Ernotte fait un peu figure d'arlésienne. Dans le même temps, comment définir France 2 comme « chaine du flux » et France 3 comme « chaîne du patrimoine et des territoires » sans revoir de fond en comble le système d'aide à la création ? Fera-t-on porter l'essentiel du financement du COSIP sur la seule France 3 ? Veut-on remettre en cause le flux sur la chaîne des régions?

 

Sur l'organisation de France 3  et l'impact de la réforme territoriale, Mme Ernotte ne se prononce pas. Elle parle d'une « opportunité pour redéfinir la structure de la chaîne ».

 

De nombreuses questions se posent. Les futures antennes régionales seront-elles circonscrites aux  futures nouvelles capitales régionales ? Que vont devenir les missions,  les équipes et les bâtiments des actuelles 22 antennes régionales  si la nouvelle PDG envisage une restructuration du réseau France 3 calquée sur les 13 régions fusionnées ? Les  BRI (Bureaux Régionaux d'Information) vont-ils  disparaître au profit de super-rédactions à l’échelle des nouvelles régions ? Quel périmètre géographique pour les futurs programmes régionaux ?

 

L'inversion des priorités entre le national et le régional (idée déjà prônée par la CGT, c'est le national qui décroche sur le régional et pas l'inverse), passe par un projet de développement sans précédent des programmes et de l'information en région. Est-ce la position de Mme Ernotte ? Avec quels moyens voudra-t-elle accroitre les décrochages locaux et multiplier les décrochages événementiels ? Et pourquoi ne pas aller plus loin en réfléchissant à la création de chaînes régionales de plein exercice sur la TNT en HD ?

 

Si la place plus importante consacrée à l’actualité locale ne doit concerner que les services de proximité et les actualités culturelles, c’est un peu court. C’est déjà  ce que proposent les « Matinales » en région. Pour la CGT, cela passe par le maintien des  locales et de leurs équipes, avec surtout  la diffusion de leurs éditions sur les boxes et satellites au moyen de la géolocalisation, ce qu’a toujours refusé l’actuelle direction prétextant un coût annuel trop élevé.

 

Le transfert des programmes jeunesse de France 3 sur France 4 suppose aussi de combler les cases laissées vacantes. Avec quels programmes ? Des rediffusions ?

 

Sur France 5, le souhait d'aller « un cran plus loin » (pourquoi pas 2 ou 3 ?) méritera d'être sérieusement précisé.

 

Sur France Ô et les Outremers, le texte est on ne peut plus laconique. Mme Ernotte annonce un énième plan stratégique pour « poursuivre le développement » alors que ce développement est entravé depuis des années. On note dans son CV que la future PDG de FTV se félicite d'avoir créé chez Orange des pôles régionaux aux Antilles, Guyane, Réunion et Saint Pierre et Miquelon, avec pleine responsabilité de l'ensemble des activités; un modèle pour les Première ? Avec quelles marges de manoeuvre budgétaires ?

 

Sur le numérique, manifestement point fort de Mme Ernotte, on sent la culture marketing d'Orange prendre le dessus, avec l'idée de mettre en place une stratégie d'offre numérique personnalisée pour chaque téléspectateur/client...

 

Mme Ernotte souligne que les délégations régionales manquent de collaborateurs aguerris sur le numérique. Ce ne sont pas seulement les antennes régionales. Il y a effectivement urgence à adapter les rédactions de FTV au numérique, à mieux former  les personnels en place qu’on a injustement considérés comme inaptes au web.

 

A Paris, les plates-formes numériques comme FranceTVinfo, Culture Box, FranceTV sports ou Geopolis ont été créées loin des rédactions nationales. En région, face à la force de frappe des quotidiens régionaux, les moyens humains  dédiés à l’info sur le web sont nettement insuffisants. Il faut impérativement rapprocher le numérique des antennes.

 

Sur le modèle économique, encore une fois, Mme Ernotte ne montre aucune ambition pour ré-ouvrir le dossier de la publicité, piste pourtant évidente et incontournable pour sortir de l'ornière financière. La CGT rappelle sa revendication constante d'un panachage dynamique de ressources conjuguant ressource publique réévaluée, publicité, parrainage, détention des droits, diversification. Pourquoi ne pas inverser la logique, rétablir la publicité après 20H et la réduire voire la supprimer dans les programmes jeunesse en journée?

 

La CGT estime que le simple retour d'un écran publicitaire sur France 2 et France 3 après 20 h pourrait permettre de dégager 70 à 100 M€ par an. Pourquoi Mme Ernotte n'explore-t-elle pas cette piste ? Aurait-elle pour consigne de protéger les actionnaires de TF1 et M6 ?

 

La monétisation des contenus que Mme Ernotte évoque est certes une piste intéressante, à la condition express que FTV puisse disposer de la détention des droits des programmes qu'elle finance. Or sur ce point également, Mme Ernotte se montre extrêmement silencieuse.

 

Enfin Mme Ernotte évoque les partenariats stratégiques sur les enjeux majeurs avec Radio France, l'INA et FMM, sur le transmédia par exemple. Pour mémoire la CGT avait intitulé un de ses tracts « Une BBC à la française, why not ? », il y a quelques années.

 

3. Service public, production privée, une télévision reflet de la France, les enjeux de l'info

 

Paradoxe criant: le chapitre sur le service public commence par un examen des liens avec les producteurs privés. Cherchons l'erreur !

 

Pour la CGT, il est urgent de revoir de fond en comble l'organisation du secteur en permettant à FTV de développer son intégration verticale, de la conception à la diffusion des programmes sur tous les supports, en passant par leur production et leur fabrication par les équipes en place.

 

Mme Ernotte évoque un pacte de refondation avec les producteurs. La CGT lui propose comme socle de promouvoir le pacte de priorité sur le recours aux moyens internes.


Mme Ernotte considère que l'alliance entre FTV et les producteurs privés est le seul moyen de renforcer l'exception culturelle française. En quoi les commandes obligatoires et le biberonnage des producteurs privés qui spolie FTV de tous ses droits patrimoniaux depuis 20 ans est-il un garant de l'exception culturelle? Mme Ernotte ignore-t-elle que c'est le système de la « vache à lait » (FTV finance chaque la production privée à hauteur de 460 M€) qui a placé la France dans le peloton de queue en matière de production audiovisuelle au niveau européen ?

 

Bien au contraire la CGT propose d'augmenter le niveau de production dépendante jusqu'à 30% comme le recommandait le rapport du sénateur Plancade, de permettre à FTV de détenir des parts de coproduction à due proportion de son investissement, de lui permettre de récupérer les mandats de commercialisation.

 

Mme Ernotte évoque l'exemple de la BBC qui tire le quart de ses ressources de la vente de ses programmes. Qu'elle commence donc par remettre en cause la règlementation anachronique qui prive FTV de toute capacité de se développer.

 

Le qualimat en plus de l'audimat est intéressant comme outil d'étude marketing, pour mieux cerner les attentes et la satisfaction des publics, certes, mais il ne doit pas masquer pour autant la nécessité pour FTV de maintenir les audiences dignes d'un grand bouquet de service public.

 

En dépit des plans « com » d'autocongratulation de l'actuelle direction, FTV ne ressemble pas au pays dans sa réalité. La diversité sociale et ethnique est très faible à l'antenne et marginale dans l'encadrement. Le constat est accablant. Pas sûr pour autant que la création d'un comité diversité associant les producteurs privés (encore eux!) suffise à inverser la tendance.

 

Sur l'offre culturelle que Mme Ernotte souhaite renforcer, elle évoque l'exemple de la BBC qui a récemment augmenté de 20% le budget qui lui est consacré. Encore une fois, d'où proviendront les moyens ?

 

Mme Ernotte imagine différentes initiatives pour restaurer la confiance des publics, l'accessibilité des comptes, la lutte contre les conflits d'intérêt (osera-t-elle s'attaquer aux liens consanguins qui existent entre FTV et les producteurs privés ?), le renforcement du rôle du médiateur ou la mise en place d'un conseil de jeunes (et de ruraux ? et de banlieusards ? et d'ultramarins ?).

 

Bien que  Mme Ernotte confirme  l’information comme une mission essentielle du service public, son projet reste vague, elliptique voire contradictoire.

 

Si la volonté de « sortir de la dictature de l'urgence », de « passer de l'émotion à la compréhension » est respectable, on ne comprend pas bien en quoi la poursuite d'Info 2015 qui scellera la suppression de la rédaction nationale de France 3 y contribuera.

 

En effet, Mme Ernotte entend bien « poursuivre la démarche fédératrice autour d’une équipe unique de journalistes y compris les équipes du numérique ». Ce projet de fusion des rédactions nationales de France 2, France 3 et des rédactions numériques est tout sauf fédérateur ! Les journalistes de la Rédaction Nationale de la 3 l’ont explicitement rejeté à 80% et l’expertise du cabinet CEDAET mandaté par le CHSCT est éclairante. 

 

Comment prôner le renforcement de l’identité des chaînes et persister à mettre tous les journalistes du Siège, toutes les éditions d’info nationales dans le même sac organisationnel et éditorial ? Comment accepter la poursuite d’info 2015 et sa  « news factory » tout en affirmant que « le traitement de l’info doit assurer  une pleine et entière liberté, être le lieu de l’esprit critique allié à une volonté de haute qualité ».

 

Une chaîne (numérique) d'info en continu de FTV, en partenariat avec FMM, Radio-France et l’INA, pourquoi pas ?  Une révolution culturelle, mais évoquée en toute fin de document, comme si Mme Ernotte n’y croyait pas elle-même. Et pourquoi pas une chaîne numérique hertzienne, alimentée par l’ensemble des rédactions. Pourquoi priver la majeure  partie de nos téléspectateurs – ceux qui regardent toujours  la télé – d’un service public continu de l’info ? Mme Ernotte n’écarte pas cette hypothèse... Mais qu’on devine très embryonnaire !

 

Si la méthode d'élaboration d'un projet pour l'entreprise partagé avec les salariés peut s'avérer intéressante sur le papier, le contexte économique de FTV risque de compliquer sérieusement l'exercice voire de l'empêcher.

 

La stabilisation du modèle économique de l'entreprise, le nerf de la guerre, est la première des priorités pour Mme Ernotte. C'est aussi, quoiqu'on en pense, la principale condition pour assurer l'indépendance de FTV, si fortement débattue à l'occasion de la désignation de la nouvelle PDG.


Cela seul pourrait permettre de construire, avec les salariés, notre entreprise de service public pour demain.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.