Déséquilibre de genre dans les hautes sphères politiques de l'UE

Malgré des déclarations volontaristes, les femmes resteront une nouvelle fois très minoritaires au plus haut niveau européen, là où la symbolique joue un rôle majeur. Et avec la nomination de l'Italienne Federica Mogherini, choisie pour son sexe, « il semblerait (...) que seules les femmes politiques aient un genre, alors que la majorité masculine n'en a pas », constate Maari Põim, analyste à la Fondation européenne d’études progressistes.

Malgré des déclarations volontaristes, les femmes resteront une nouvelle fois très minoritaires au plus haut niveau européen, là où la symbolique joue un rôle majeur. Et avec la nomination de l'Italienne Federica Mogherini, choisie pour son sexe, « il semblerait (...) que seules les femmes politiques aient un genre, alors que la majorité masculine n'en a pas », constate Maari Põim, analyste à la Fondation européenne d’études progressistes.


 

 

Au moment de son élection, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait promis 40 % de commissaires féminins. Au lieu d'atteindre cette égalité minimum, sa rhétorique politique s'est bien vite transformée en une négociation portant sur des substituts. Comme un geste d'expiation d'une cause sur le point d'être perdue, les femmes recevraient des portefeuilles importants et occuperaient, à l’instar de Federica Mogherini, des postes élevés.

Lors du dernier somment européen, le choix de Donald Tusk comme président du Conseil européen s’est fondé sur des considérations politiques, historiques et de sécurité. A aucun moment, il n'a été question de son sexe. Ce genre de considération, en revanche, s'est appliquée pour la ministre italienne des affaires étrangères, Federica Mogherini, prochaine cheffe de la politique étrangère de l'UE. En effet, aussi bien Federica Mogherini que celle qui la précédait, Catherine Ashton, ont été désignées pour le poste en tant que femmes. Il semblerait donc que seules les femmes politiques aient un genre, alors que la majorité masculine n'en a pas. Lorsque les résultats ont été connus, la rivale de Tusk, la première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt, a désigné Margrethe Vestager comme candidate au poste de commissaire, ce qui fait désormais un total de six candidats de sexe féminin à la Commission – la Belgique ayant nommé un peu plus tard dans la semaine Marianne Thysen. Avec seulement deux sièges restant à pourvoir, l'objectif de parité de Juncker semble prendre l'eau.

Bien que l’ambition chiffrée de Juncker soit soutenue par le président du Parlement européen, Martin Schulz, il semble probable qu'il dirigera une Commission plus déséquilibrée en termes de genre que celle du président José Manuel Barroso, déjà peu représentative. Mais il se pourrait qu'il y ait une issue de secours pour Juncker. Pour échapper à la vindicte féministe, d'autres arguments ont, dès le début, été introduits : mise en équilibre de la nouvelle Commission en termes d'opinions politiques, de géographie régionale et de situation économique comparative, de même que le manque de changement structurel dans les postes de dirigeants féminins au cours des dernières années.

Le Lobby européen des femmes (LEF) a gardé un œil attentif sur ses calculs tandis que de nombreux médias brossaient un portrait élogieux de Juncker pour illustrer le sujet : celui d’un homme faisant œuvre de pionnier en menant seul le combat pour l'égalité au niveau européen. Lui-même n’a-t-il pas déclaré qu’il ne s'était pas facilité la vie lorsqu'il avait adopté l'objectif de parité à l'intérieur d'une structure de telle que la Commission? A l’instar de certains gouvernements nationaux, l'un des virages possibles du discours visant un changement structurel serait de nommer un Commissaire européen pour l'égalité des genres et les droits des femmes, comme le LEF ainsi que les femmes du Parti des socialistes européens (PSE) l'ont demandé au cours de leurs dernières campagnes.

Même s'il est absolument crucial, afin de pouvoir progresser, qu'il y ait de plus en plus d'exigences institutionnelles strictes sur l'égalité des genres, comme les quotas de genre et de meilleurs rapports au sein des Etats membres, il faut également remettre en question le régime informel de genre dans le cadre des structures des partis. Du reste, malheureusement, le manque de soutien de la part des commissaires masculins envers l'égalité des genres reste incontesté, tandis que l'égalité des genres est définie de manière stéréotypée comme une « question de femmes ».

Selon la revue de la Commission européenne « Women and men in leadership positions in the European Union » (Les femmes et les hommes aux postes de dirigeants dans l'Union européenne) (2013), la représentation des femmes au sein de la Commission européenne a augmenté de 8 % au cours des vingt dernières années. Le dossier peu solide sur l'égalité des genres de Juncker menace même de mener ce modeste progrès à sa malheureuse fin. Maintenant que la nomination de 40 % de femmes à la Commission s'est avérée une mission impossible, il est peut-être temps de se demander si le vent conservateur ne soufflerait pas trop fort en Europe…

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