Le service après-vote

Séverine Tessier, fondatrice de l'association Anticor, et Françoise Gargan, journaliste, veulent promouvoir «une réponse démocratique à la corruption».

Séverine Tessier, fondatrice de l'association Anticor, et Françoise Gargan, journaliste, veulent promouvoir «une réponse démocratique à la corruption».
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puceinvite.jpgVous avez aimé 2002 et le 21 avril de sinistre mémoire? Vous allez adorer 2012. Le scénario de la prochaine élection présidentielle s'annonce sous de sombres auspices. Usées par la crise, les classes populaires et moyennes –30% de la population française– seraient sur le point céder aux sirènes des extrêmes ou de l'abstention. Exposés en priorité aux crises multiples –financière, dette, pouvoir d'achat, chômage–, ouvriers et employés ont l'impression désespérante que le pouvoir politique ne peut plus rien, ni pour eux, ni pour la France, ni pour l'Europe livrées aux caprices du marché. Pour ne rien arranger, l'ombre des affaires présumées revient noircir le tableau de la crise d'une démocratie représentative à bout de souffle.


Rien de nouveau sous le soleil –ou son éclipse civique? Bien sûr que si! Depuis 2002, la montée de l'action citoyenne, accélérée, diffusée, démultipliée par Internet, représente un réel motif d'espoir d'un possible renouveau. Après le crash politique du 21 avril 2002, nous avons mis en réseau des élus, des juges, des citoyens, au service de la lutte anti-corruption, partant du principe que la percée de l'extrême droite révèle aussi une crise civique. L'idée est simple: instiller une réponse démocratique à la corruption. Nous sommes rassemblés pour renforcer l'éthique et promouvoir les élus qui l'incarnent, parfois au prix du bannissement de leur propre camp politique. Il en est de même pour les lanceurs d'alerte dans les entreprises, qui se retrouvent placardés, harcelés, licenciés, et dans les pires scénarios menacés de mort.

Nos principes d'actions sont simples:

- la fraternité, notamment pour protéger les lanceurs d'alerte
- l'action citoyenne, pour stopper la corruption et diffuser des pratiques éthiques
- la co-élaboration des politiques publiques avec les élus pour reconstruire la démocratie
C'est un triptyque de départ pour sauvegarder la République, reconstruire la démocratie, et secouer la torpeur des professionnels de la lamentation.

Car, contrairement à ce que les manipulateurs d'opinion veulent nous faire croire, nous ne sommes pas démunis, désarmés, assistés face à la crise, l'affaiblissement de la démocratie représentative, et au retour des «scandales présumés», à Marseille comme dans les mallettes qui transiteraient entre l'Afrique pillée et la partie la plus «pourrie» de Paris. Nous voulons nous donner les moyens de lutter sabre au clair contre ce pillage des richesses publiques par une poignée d'élus corrompus, qui arrosent de cadeaux fiscaux notamment leurs corrupteurs. Les constitutions de partie civile de l'association Anticor dans quelques procès retentissants, comme celui des emplois fictifs de la ville de Paris, sont le signe intangible de cette volonté de démarchandiser le politique.

Mais le boycott des aigrefins de la République ne suffit pas. Il est en même temps absolument nécessaire de promouvoir et mettre en avant ces élus, ces candidats, qui ont le courage et l'audace de s'engager à servir honnêtement. Citoyens, électeurs, contribuables, nous demandons un pouvoir de contrôle sur l'action des élus. C'est l'essentiel de notre message: le service après vote. Comme nous l'avons fait dans notre charte, signée par plusieurs dizaines d'élus, nous proposons plus que des réformes institutionnelles, même si certaines sont d'urgence nécessaires, comme l'indépendance de la justice. Comment? La réponse est entre les mains des citoyens. Faisons émerger un pouvoir citoyen, par le contrôle et le co-pilotage des politiques publiques. Ces idées simples et révolutionnaires marquent les nouvelles frontières d'un savoir vivre ensemble...

L'avenir de la démocratie est la démocratie réelle.

 

Vient de paraître: «Corruption, stop ou encore? Manifeste pour l'action citoyenne», ed. Lignes de repères.

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