Billet de blog 6 mars 2013

Stéphane Hessel ou le devoir d'être optimiste

« Nous avons eu terriblement besoin de lui. Nous avons encore besoin de nous inspirer de lui. Nous avons besoin, surtout, que d’autres Stéphane Hessel se lèvent et prolongent son action. » Par Jacques Gaillot, évêque de Partenia, Bertrand Gaufryau, chef d'établissement, Albert Jacquard, polytechnicien et généticien, et Philippe Meirieu, professeur à l'Université Lumière-Lyon 2, vice-président du conseil régional Rhône-Alpes, chargé de la formation tout au long de la vie.

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« Nous avons eu terriblement besoin de lui. Nous avons encore besoin de nous inspirer de lui. Nous avons besoin, surtout, que d’autres Stéphane Hessel se lèvent et prolongent son action. » Par Jacques Gaillot, évêque de Partenia, Bertrand Gaufryau, chef d'établissement, Albert Jacquard, polytechnicien et généticien, et Philippe Meirieu, professeur à l'Université Lumière-Lyon 2, vice-président du conseil régional Rhône-Alpes, chargé de la formation tout au long de la vie.


Stéphane Hessel avait pour habitude de dire « nous avons tous en nous la culture de la Paix ». En exprimant ainsi sa confiance absolue dans les possibilités de l’humain, contre toute forme de fatalisme et de résignation à la violence et à l’exclusion, il faisait la somme de ses indignations et de ses espérances. Mais, au-delà de cette culture de la résistance, il partageait avec ses interlocuteurs la volonté de faire du “ vivre ensemble ” et, plus encore, du “ faire ensemble ” l’enjeu essentiel de notre avenir. Car les défis de demain sont à la fois ceux du siècle dernier que nous n’avons pas su relever – le respect des droits de l’homme et du citoyen –, mais aussi ceux qui permettront aux générations futures de partager et de transmettre une planète préservée en s’appuyant des échanges équitables, en partageant, tout à la fois, nos ressources, mais aussi les inévitables contraintes liées à notre finitude.

Sa force de conviction, mais aussi sa capacité à donner du sens à ses engagements, ont été hier de formidables déclencheurs et appuis pour l’action de citoyens de toutes catégories, de tous âges. A travers sa volonté de faire de l’éducation un des axes fondamentaux de ses combats, Stéphane Hessel a clairement fait le choix de la construction d’une société de la coopération et non de l’individualisme forcené conduisant à la renaissance de nationalismes, de relents identitaires et de replis sur la frénésie consommatrice individuelle. Ainsi, a-t-il décliné, tout au long de sa vie, cette volonté à travers des actions et soutiens qui forçaient l’admiration et le respect : logement pour les plus démunis ; message d’humanisme, de non-violence et de durabilité à travers son ultime engagement en faveur de l’écologie ; engagement pour le droit des Palestiniens à vivre sur un territoire dans le respect des engagements de l’ONU de 1948 ; refus d’un colonialisme dont il n’a cessé de dénoncer les effets destructeurs ; participation à la construction d’une Europe respectueuse des valeurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, déclaration dont il a assisté de très près à la préparation avec René Cassin.

Ces engagements en faveur de la paix, s’appuyant sur la solidarité et les valeurs collectives de projets partagés, ont été un chemin, son chemin, afin d’éviter que les générations présentes et futures connaissent la haine et la barbarie des guerres du XXe siècle qui ont meurtri tant de peuples sur notre continent et au-delà.

Jamais, contrairement à ce que ses détracteurs ont pu dire ou écrire, Stéphane Hessel n’a eu d’indignations sélectives. Il a toujours été auprès des victimes, la voix des sans voix, le porte-parole des bâillonnés, le défenseur des humiliés. Comment en aurait-il pu être autrement, lui le prisonnier, torturé, qui rejoignit le Général de Gaulle en mars 1941 ! Comment aurait-il pu oublier ce qu’il a vécu dans sa chair, ses engagements au sein du Conseil national de la Résistance, à l’ONU ou bien son rôle comme ambassadeur de France, porteur de valeurs et d’un message universel d’humanité ?

Son honneur a été de prolonger ses engagements d’hier en actions et combats d’aujourd’hui pour aider les générations de demain à s’emparer des questions essentielles afin de construire une société empreinte d’humanisme, de solidarité et de non-violence. La dimension que Stéphane Hessel a prise dans notre histoire collective n’est pas le fruit du hasard d’une médiatisation surfaite ! Elle est le résultat d’une cohérence entre la pensée et l’action, entre l’idéal et l’engagement. Sa personnalité, faite de discrétion, de justesse dans ses propos, d’une gentillesse jamais niaise et d’un humour bienveillant en fait une boussole pour une société qui a plus que jamais besoin de phares de la pensée et de l’action. Il est une de ces « figures » qui dépasse sa propre histoire pour éclairer l’Histoire. Il a exprimé, comme d’autres avant lui, le surgissement de l’humain face à toutes les lâchetés et à tous les abandons. Nous avons eu terriblement besoin de lui. Nous avons encore besoin de nous inspirer de lui. Nous avons besoin, surtout, que d’autres Stéphane Hessel se lèvent et prolongent son action. Il faut s’indigner et s’engager, plus que jamais, pour construire ensemble un monde plus humain. Contre tous les replis égoïstes, contre le culte des rapports de force, contre la violence des marchands qui pillent le monde et celle des guerriers qui le mettent à sac, contre les technocrates qui nous assomment au quotidien avec un « réalisme » résigné et les intégristes autistes qui foulent aux pieds les humains en croyant servir « le ciel », nous avons besoin de milliers de Stéphane Hessel. Et c’est en les aidant à émerger que nous rendrons le plus bel hommage à celui qui vient de disparaître.

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